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mercredi 28 janvier 2026

BIENVENUE EN DYSTOPIE 2026

 
 

Comme les lecteurs du blog l’ont remarqué, et me l’ont signalé, celui-ci est resté silencieux depuis trois mois environ. Rien de grave, juste une activité personnelle très réorientée vers de l’associatif, avec une participation assez chronophage à la réserve préfectorale de défense et de protection civile…

L’actualité 2025 a été pourtant chargée, avec, en particulier, une présence massive d’évènements violents, que ce soit en Ukraine ou aux États-Unis. La guerre dans l’Est de l’Europe constitue la continuité d’une situation connue : suite à la révolution du Maïdan, le rapprochement entre l’Ukraine et l’Union Européenne, souhaité par les Ukrainiens, a fortement déplu à un pouvoir moscovite quasi-totalitaire, qui considère l’Ukraine comme une terre par essence russe. La situation mérite sans doute une analyse plus poussée, mais elle n’est pas le sujet de cet article de rentrée. En effet, à mon sens, 2025 a été caractérisée par des bouleversements majeurs dont l’origine se trouve essentiellement aux États-Unis. Je veux bien sur parler de l’élection de M. Donald Trump à la présidence de ce pays, de la montée en puissance de son administration, et des conséquences des politiques qu’elle met en place, conséquences qui s’exercent au niveau états-unien, mais aussi et surtout au niveau international. Et tout cela ressemble à une dystopie, c'est à dire à une fiction dépeignant une société organisée de telle façon qu'il soit impossible de lui échapper et dont les dirigeants peuvent exercer une autorité totale et sans contrainte de séparation des pouvoirs, sur des citoyens. Sauf que rien de ce qui suit n'est imaginaire ! 

Les évènements en cause sont tellement nombreux qu’il est difficile de savoir par où commencer. On retrouve d’ailleurs là une caractéristique de la politique de l’administration Trump, le « flood the zone », soit « inonder la zone » dans la langue de Molière, stratégie théorisée par le politicien d’extrême droite, très écouté à la Maison Blanche, M. Stephen Banon. Il s’agit de multiplier les annonces susceptibles d’être reprises par les médias, qu’elles soient excessives, vraies ou fausses n’ayant que peu d’importance. Le but est en effet de garder la maitrise de l’agenda de communication, et de distraire ces médias, mais aussi l’opposition politique et l’opinion publique de sujets importants possiblement défavorables au pouvoir en place. On est là dans une confusion entretenue entre communication et gouvernance. Ainsi, les annonces se succèdent à un rythme qui empêche toute hiérarchisation. Une déclaration en contredit une autre, parfois à quelques heures d’intervalle, sans que cela ne soit perçu comme un problème. L’incohérence n’est plus un dysfonctionnement mais elle devient une méthode. Dans l’univers dystopique de Trump, la politique ne résulte pas de décisions rationnelles. Elle est une scène où l’essentiel est d’occuper l’attention.

Cela ne suffirait cependant pas à assurer un pouvoir fort. Il faut également éliminer les contrepouvoirs. On peut tout d’abord penser aux contrepouvoirs politiques internes. Trump contourne ainsi systématiquement le Congrès, par son utilisation intensive des « executive orders ». Pourtant, dans le système américain, ces décrets ne doivent pas remplacer des lois votées par le Congrès. Leur usage permanent étend cependant le pouvoir présidentiel au-delà des limites prévues par la Constitution. On attend d’ailleurs l’avis de la Cour Suprême sur certains de ces décrets qui pourraient se voir annulés. Autres éléments attestant de la volonté hégémonique du président américain : M. Donald Trump a licencié un grand nombre d’inspecteurs généraux, chargés de surveiller et d’enquêter sur la gestion des agences, sans respecter les obligations légales de notification au Congrès. De plus, des tests de loyauté pour l’emploi dans l’administration ont été mis en place, notamment dans les services de renseignement ou les forces de l’ordre, avec pour effet de favoriser la fidélité politique plutôt que le mérite professionnel, un moyen de réduire la culture d’indépendance dans l’administration fédérale. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder qui a été nommé à la tête du FBI, de la CIA, ou des différents ministères. La plupart de ces personnes n’ont absolument pas les compétences nécessaires à leurs fonctions, mais ce sont tous des soutiens fidèles et inconditionnels de M. Donald Trump. Ces responsables agissent en disqualifiant les médias d’investigation, qualifiés d’ennemis. Au sein de leurs agences, les mécanismes de contrôle sont présentés comme des entraves illégitimes à la volonté populaire. On licencie les fonctionnaires intègres pour les remplacer par des agents moins qualifiés, mais loyaux au pouvoir en place, avec les conséquences que l’on a vues, par exemple au sein de la gestion du trafic aérien, ou, plus récemment au sein de la police de l’immigration (ICE). Celle-ci recrute des gens peu qualifiés, dont une trentaine sont des repris de justice (pour des infractions graves), les forme à la va-vite (22 semaines), ce qui a conduit en 6 mois à une vingtaine d’accidents armés, dont deux mortels, et à des interventions assez souvent illégales. Cette façon de procéder, assez généralisée, ne supprime pas immédiatement l’État de droit, mais elle l’érode. Elle installe l’idée que la légalité devient une opinion parmi d’autres, et que la loyauté personnelle vaut plus que la compétence ou l’indépendance.

Toujours à l’intérieur des Etats Unis, une des caractéristiques de la politique menée par M. Donald Trump a été le démantèlement voulu des capacités publiques. Porté par un Elon Musk « sous kétamine » pour reprendre les propos de M. Claude Malhuret, le DOGE (Department of Government Efficiency ou ministère de l’efficacité gouvernementale) s’est empressé de s’attaquer aux services publics. L’administration a ainsi proposé une réduction totale de 163 milliards de dollars du budget fédéral pour 2026 dans les dépenses non liées à la défense. Ces coupes visent surtout la santé, l’éducation, la recherche scientifique et l’environnement. Citons à titre d’exemple, le budget proposé pour les National Institutes of Health (NIH), financeurs de la recherche médicale, en baisse d’environ 40 % comparé à l’année 2025, soit près de 18 milliards de dollars de coupes, ou le budget de la National Science Foundation (NSF), qui finance une large partie des sciences universitaires et fondamentales, en baisse de plus de 55 %. La science est particulièrement visée, car elle constitue un des contrepouvoirs dont M. Donal Trump et ses sbires ont peur. Leur rapport à la science constitue d’ailleurs un marqueur central de la dérive en cours de « l’Empire américain ». Les agences sont soupçonnées, les chercheurs discrédités, les données relativisées dès lors qu’elles contredisent le récit politique. La vérité devient alors une variable d’ajustement. Ainsi, l’Environmental Protection Agency (EPA), un des principaux garants de la qualité de l’eau, de l’air et de la sécurité environnementale, a fait face à une réduction de budget d’environ 54 %, ce qui a induit la suppression de programme de recherches, mais aussi des baisses sensibles des subventions d’État pour des infrastructures d’eau potable et d’assainissement, jusqu’à 87 % dans certains fonds alloués aux agences de bassin. Citons aussi le budget de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), réduit de près de 25 à 28 %, menaçant ainsi la capacité nationale à gérer la météo, le climat et les océans. Au total, plus de 200 programmes fédéraux ont été arrêtés ou supprimés en 2025, notamment dans la recherche médicale, environnementale, la justice environnementale et le financement de projets de résilience climatique. Derrière la froide rigueur des chiffres, on constate donc que les coupes et restructurations budgétaires affectent des institutions centrales de la santé publique, de la recherche scientifique, de la protection de l’environnement. Dans tous ces domaines, l’expertise est perçue non comme un outil d’aide à la décision, mais comme une menace idéologique. Or, même lorsque le Congrès atténue certaines mesures, ou que des victoires judiciaires restituent une partie des budgets, l’effet cumulé reste une érosion significative de services publics essentiels. On induit ici un paradoxe, qui voit un pouvoir fort dans le discours, mais devenant faible dans l’expertise. Ceci produit un système vulnérable, dépendant de « consultants » idéologiques et d’improvisations stratégiques. La dystopie ici n’est pas seulement autoritaire ; elle est incompétente !

Il faut également éliminer les contrepouvoirs à l’extérieur des Etats-Unis. Plusieurs éléments caractérisent la politique états-unienne du jour. Ainsi, depuis le début de sa deuxième présidence (à partir de janvier 2025), les États-Unis ont proposé, ou se sont retirés de 66 organisations internationales, y compris des structures liées aux Nations Unies qu’ils jugeaient contraires à leurs intérêts. Les États-Unis se sont aussi retirés ou désengagés de plusieurs accords multilatéraux, par exemple de l’accord de Paris (alors que 77% des citoyens américains y sont favorables), du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, et plus récemment de l’Organisation Mondiale de la Santé. Le désengagement des Etats-Unis passe aussi par la suspension ou la réduction drastique de contributions financières à des fonds et mécanismes internationaux, notamment en matière de santé ou de climat, ce qui fragilise leur capacité d’action collective. Ils ont également saboté des mécanismes de régulation internationaux comme l’organe d’appel de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en refusant d’y confirmer des juges. On peut également mentionner le décret exécutif signé par M. Donald Trump qui impose sanctions financières et restrictions de visa à des responsables de la Cour pénale internationale (CPI), notamment ceux enquêtant sur des affaires liées aux actions américaines ou de ses alliés. Il en va de même pour des individus qui se sont opposés aux pouvoirs exorbitants des GAFAM, ou en dénonçant leurs abus. La méthode Trump, qui privilégie les pressions voire les menaces plutôt que la négociation, conduit à l’affaiblissement des cadres collectifs qui servaient précisément de contrepouvoirs internationaux. Ceci est dystopique parce que les structures censées protéger les entités que sont les États des abus d’une puissance extérieure sont vidées de leur fonction.

Comme si tout cela ne suffisait pas, les Etats-Unis s’attaquent plus particulièrement à leurs anciens alliés. Rappelons ici les volontés d’annexion émises par l’administration Trump : le Canada comme 51e état, la reprise du canal de Panama aux Panaméens, ou l’annexion du Groenland, territoire associé au Danemark. Pire que cela, l’administration Trump semble bien plus à l’écoute des attentes de M. Vladimir Putin au sujet de l’Europe et de l’Ukraine, qu’à celle des alliés historiques des États-Unis, à savoir les États européens. S’il fallait en douter encore, le lecteur repensera aux droits de douanes que le président des États-Unis a imposés aux pays de l’UE, sous des prétextes aussi fantaisistes que fallacieux. Nous sommes bien en présence d’un marqueur dystopique : le glissement de la coopération vers la désignation permanente d’ennemis, y compris parmi les proches. Les anciens alliés sont donc traités de façon autoritaire et/ou mensongère, soit comme de simples clients, soit comme des profiteurs, soit comme des rivaux économiques. Dans cette « logique » trumpienne, un pays n’est plus un partenaire mais un débiteur potentiel. La protection états-unienne devient donc conditionnelle et révocable. Dystopie à nouveau, donc, car on passe d’un monde structuré par des institutions à un monde gouverné uniquement par des rapports de force personnalisés. De plus, alors que les anciennes alliances étaient fondées sur la confiance et la stabilité des engagements, M. Donald Trump fait du chaos généré par son attitude globale, entre déclarations contradictoires, menaces publiques et humiliations diplomatiques, un outil. Or, un système international sans fiabilité, dans lequel les dirigeants (en particulier européens) ne savent plus si un traité signé aujourd’hui sera respecté demain, produit un climat de méfiance caractéristiques des dystopies politiques.

Dans ce schéma global, la ligne de fracture se situe donc entre aujourd’hui entre les régimes autoritaires (ou dictatoriaux), dans lequel on peut classer les Etats Unis de M. Donald Trump, et les démocraties, aussi imparfaites soient-elles, telles que la plupart des pays européens. Traditionnellement, l’alliance occidentale reposait sur une adhésion aux principes de l’État de droit et aux droits de l’Homme. Dans le monde merveilleux de M. Donald Trump, on substitue aux rapports entre nations régis par la diplomatie internationale, une diplomatie de l’affinité personnelle, du copinage, marquée par un éloge plus ou moins fort des dirigeants autoritaires. Les gouvernements européens ne sont plus jugés sur leurs institutions, mais sur leur degré d’alignement politique ou rhétorique. Ce remplacement du droit et des normes par le plus pur arbitraire relationnel est également un des marqueurs de dystopie.

Dans ce contexte malsain, les Etats-Unis en se retirant d’accords, se retirent de processus. Ils quittent les tables où se décident les normes, pour écrire les leurs qu’ils imposeront (ou tenteront d’imposer) ensuite aux autres. Dans « l’Amérique trumpienne », ce repli n’est pas seulement stratégique ; il est idéologique. Il repose sur l’idée que toute interdépendance est une perte de souveraineté et que toute règle commune est une contrainte injuste. Dans un monde pourtant traversé par des crises globales — climatiques, sanitaires, technologiques — cette posture produit une marginalisation progressive, devenue très perceptible au cours des 2 derniers mois.

Ce que je crains, ici, et de façon globale, c’est que nous ne soyons pas en présence d’une anomalie isolée. Je crains que ce que j’ai décrit ne s’inscrive dans d’une dynamique internationale plus profonde, caractérisée par l’affaiblissement de l’état de droit, le mépris des savoirs, la diplomatie du plus fort, et une gouvernance fondée sur le mensonge et l’émotion. Ce qui se joue aussi est la mise en place d‘une véritable concurrence entre réalité et narration, générant les fameux « faits alternatifs ». Ceci interpelle le chercheur que j’ai été pendant des années, tentant pas tous ses modestes moyens de faire émerger des consensus que l’on estimait proches de « vérités ». Aujourd’hui, lorsqu’un indicateur dérange, on attaque sa méthode. Lorsqu’un rapport alerte, on attaque ses auteurs. Lorsqu’une crise survient, on attaque ceux qui la décrivent. Bienvenue donc en dystopie 2026. À mon sens, il faut y voir un avertissement politique, surtout à la veille des échéances à venir dans notre pays. Ce moment montre qu’une démocratie peut basculer vers un régime autoritaire assez vite finalement, et pas forcément par la violence mais par un désordre organisé. En lien, 2026 ne s’est pas ouverte sur un coup d’État spectaculaire, ni sur un effondrement soudain des institutions. Elle s’est installée dans la continuité. Une continuité faite de glissements, de renoncements progressifs, de contradictions assumées et surtout, me semble-t-il, d’une fatigue démocratique devenue structurelle, en France comme en Europe. La dystopie contemporaine n’a pas la brutalité des fictions classiques, elle ne nécessite pas la présence de chars dans les rues. Elle avance néanmoins par chocs successifs et par saturation, que je vois comme une prédation des esprits. La question en suspens n’est plus de savoir ce qui a été détruit, car on le perçoit, mais ce qui peut encore être reconstruit… 

 

Crédit illustration :

Utopie ou dystopie. Image générée par IA. 2022. Auteur : Monsieur Vili - Wikimedia Commons.

jeudi 9 octobre 2025

« CHAT CONTROL », NOUVELLE MENACE SUR LES LIBERTÉS INDIVIDUELLES !

Très peu médiatisé, possiblement en raison des contextes nationaux et internationaux, le projet européen dit « Chat Control » pose pourtant de potentiels risques en matière de libertés publiques. Le lecteur trouvera ci-dessous quelques éléments qui permettent d’y voir plus clair. Par ailleurs, pour être totalement transparent, il convient de préciser que cet article a été écrit par l’auteur du blog, mais en s’appuyant - pour de larges extraits - sur une synthèse fournie par l’outil Chat GPT. L’authenticité des informations et références données par l’IA ont été néanmoins été vérifiées par l’auteur.

La proposition de règlement européen surnommée « Chat Control » a été lancée par la Commission Européenne le 11 mai 2022, sous l’impulsion de la commissaire Ylva Johansson, membre du parti social-démocrate suédois des travailleurs. Son intitulé officiel est « règlement établissant des règles pour prévenir et combattre les abus sexuels sur les enfants ». L’objectif affiché, fort louable au demeurant, est de lutter plus efficacement contre la diffusion en ligne de matériels pédopornographiques (aussi appelés CSAM, Child Sexual Abuse Material, 1). Le texte suit la procédure législative ordinaire de l’UE. La Commission a formulé la proposition initiale, puis le Parlement européen et le Conseil de l’UE (États membres) doivent conjointement l’adopter, ce qui a donné lieu à de vives négociations. Fin 2023, le Parlement – notamment sa commission LIBE (LiBertés civiles) – a exprimé de fortes réserves. Au même moment, les eurodéputés ont largement vidé de sa substance le projet initial : ils ont voté l’interdiction d’une surveillance indiscriminée des chats privés et affirmé la protection du chiffrement (2). Cette version amendée n’obligerait les contrôles qu’à l’encontre de cibles spécifiques et suspectées, contrairement au projet de départ qui imposait un scan généralisé de tous les messages sur toutes les plateformes. Depuis, les gouvernements européens restent divisés sur cette question. C’est finalement la présidence danoise du Conseil (débutée en juillet 2025) qui a remis le dossier sur la table comme priorité absolue. La Première ministre danoise, Mme. Mette Frederiksen, partisane de l’initiative, a relancé des négociations intensives en s’appuyant sur des éléments des compromis belge et hongrois de 2024 (3). Le texte danois réintroduit notamment l’idée d’un scannage obligatoire y compris avant chiffrement (en anglais, clientside scanning) et d’une classification des services en fonction du risque.

La proposition « Chat Control » suscite de vives inquiétudes en matière de vie privée, de protection des données et de libertés publiques. Ses détracteurs estiment qu’elle instaurerait une forme de surveillance de masse des communications privées sans précédent, en contradiction avec les droits fondamentaux garantis par l’UE (4). En effet, le règlement obligerait le scan automatique du contenu de tous les messages, images et vidéos échangés en ligne, y compris sur les messageries chiffrées de bout en bout ! Une telle intrusion généralisée violerait directement le secret des correspondances (articles 7 et 8 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE protégeant la vie privée et les données personnelles ; 5) . Aucune suspicion préalable ne serait requise pour fouiller ainsi les échanges de 450 millions d’Européens, ce qui pose un grave problème de proportionnalité aux yeux de nombreux juristes et défenseurs des droits.

En lien avec ce qui précède, le service juridique du Conseil de l’UE a estimé que le fait de filtrer les communications interpersonnelles de l’ensemble des citoyens serait incompatible avec le droit au respect de la vie privée et la jurisprudence européenne, qui proscrit les systèmes de surveillance généralisée non ciblée (4). De même, les autorités européennes de protection des données (EDPS et EDPB) ont, dans un avis conjoint de 2022, averti que le texte pourrait aboutir à un « scannage généralisé et indiscriminé du contenu de pratiquement toutes les communications électroniques », avec un effet dissuasif majeur sur l’exercice de la liberté d’expression en ligne (6). En clair, si les internautes savent que tous leurs messages sont passés au peigne fin, ils pourraient s’autocensurer et renoncer à communiquer librement par crainte d’être signalés aux autorités. Plus inquiétant, sans doute, le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU a lui aussi mis en garde contre ces conséquences et souligné qu’une telle surveillance sans discrimination serait difficile à justifier au regard du droit international des droits de l’Homme (7).

D’une façon générale, le diable se cache dans les détails. Si l’on ne peut contester la pertinence de la lutte contre la pédocriminalité, et sans nier l’importance du problème, le projet tel que présenté revient à essayer d’éliminer un moustique avec un bazooka. Il existe de plus des raisons techniques d’inquiétude. Une d’entre elles est le signalement de « faux positifs ». Les algorithmes de filtrage d’images et de textes ne sont, en effet, pas infaillibles : ils peuvent identifier à tort des contenus anodins comme potentiellement pédopornographiques (4). Des chiffres montrent que la grande majorité des signalements automatisés actuels sont infondés. Par exemple, en Irlande, seulement 20% des rapports transmis à la police sur la base de détections se révèlent concerner réellement du matériel d’abus d’enfants – 80% s’avèrent donc être des faux positifs ou du contenu non condamnable. De même, la police fédérale suisse a indiqué que 86% des signalements issus des scanners privés (comme sur Gmail ou Outlook) impliquaient en réalité des citoyens innocents, mis en cause à tort par la technologie. Deux conséquences graves à cela. Premièrement, des individus innocents seront montrés du doigt et possiblement soumis à la haine qui se déversera alors sur les réseaux dits sociaux. Deuxièmement, les autorités de police et de justice se verront ralenties par des de multiples enquêtes relatives aux signalements infondés.

Enfin, les défenseurs des droits craignent un glissement délétère. Une fois l’infrastructure technique en place pour scanner tous les messages à la recherche de CSAM, qu’est-ce qui empêcherait à l’avenir de l’étendre à d’autres contenus (5, 7) ? Et par voie de conséquence, quid des entraves potentielles à la liberté d’expression et au travail des journalistes, avocats ou défenseurs des droits qui verraient leur nécessaire confidentialité disparaître ? Plusieurs observateurs font le parallèle avec des régimes autoritaires : une telle censure automatisée pourrait demain servir à traquer la dissidence politique, ou tout autre contenu indésirable, si le périmètre du scan venait à s’élargir (5, 7). A l’heure où certains milieux sont plus prompts à dénoncer un pseudo « écoterrorisme » que les malfaiteurs qui peuplent leurs rangs, ou d’autres traquent leurs opposants politiques en qualifiant leurs opinions « d’extrémistes », et à un moment où la montée de ce qui ressemble fortement à un certain fascisme dans plusieurs pays européens est avérée, il y a là, me semble-t-il, de justes raisons de s’inquiéter…



Références :

1. Anonyme. Prévention des abus sexuels sur enfants en ligne. Conseil de l'Union européenne.
Consultable en ligne :
https://www.consilium.europa.eu/en/policies/prevent-child-sexual-abuse-online/#:~:text=Voluntary%20detection%20and%20reporting%20by,mean%20abuse%20can%20continue%20undetected

2. Jade Emy. Victoire de la vie privée : Le contrôle du Chat a été reporté pour la deuxième fois ! Octobre 2023.
Consultable en ligne :
https://securite.developpez.com/actu/349872/Victoire-de-la-vie-privee-Le-controle-du-Chat-a-ete-reporte-pour-la-deuxieme-fois-Voici-pourquoi-les-plans-de-balayage-CSAM-de-l-UE-doivent-echouer-d-apres-Tutanota/

3. Yaël Ossowski. Opinion Euroviews. Return of chat control: Something is rotten in the state of Denmark. Euronews. Août 2025.
Consultable en ligne :
https://www.euronews.com/next/2025/08/08/return-of-chat-control-something-is-rotten-in-the-state-of-denmark

4.Anonyme. Règlement établissant des règles en vue de prévenir et de combattre les abus sexuels sur enfants. Wikipédia.
Consultable en ligne :
https://en.wikipedia.org/wiki/Regulation_to_Prevent_and_Combat_Child_Sexual_Abuse

5. Rafael Pinto Borges. EU Chat Control law is a step towards mass surveillance. Brussels signal. Août 2025.
Consultable en ligne :
https://brusselssignal.eu/2025/08/eu-chat-control-law-is-a-step-towards-mass-surveillance/#:~:text=The%20law%E2%80%99s%20implications%20are%20profoundly,By

6. Anonyme. Avis conjoint 4/2022 de l’EDPB et du CEPD sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant des règles en vue de prévenir et de combattre les abus sexuels sur enfants. European data protection board. Juillet 2022.
Consultable en ligne :
https://www.edpb.europa.eu/system/files/2023-02/edpb_edps_jointopinion_202204_csam_fr.pdf

7. Anonyme. UN Human Rights Commissioner warns against chat control. Patrick Breyer website. Juillet 2022.
Consultable en ligne :
https://www.patrick-breyer.de/en/un-human-rights-commissioner-warns-against-chat-control/#:~:text=,censorship.%E2%80%9D

 

Crédit illustration :

Andy Yen. C’est au tour de l’Union européenne d’admettre que le « Chat Control » ne fonctionnera pas. Proton Blog.
https://proton.me/blog/fr/eu-chat-control

 

Remerciements :

Merci à M. Delgado pour avoir attirée mon attention sur ce sujet et pour les références de lecture.. 

 

 



jeudi 24 avril 2025

QUI SE CACHE DERRIÈRE L’INQUIÉTANT PRÉSIDENT AMÉRICAIN ?



Voilà quatre mois que M. Donald Trump a pris ses fonctions de président des Etats-Unis. En quatre mois, il aura déstabilisé le monde entier sur les plans sécuritaire, économique et environnemental. Il aura aussi dégradé une situation intérieure pas aussi brillante que présentée et surtout, il aura engagé son pays sur la voie de l’autoritarisme et possiblement de la dictature. C’est pour cela qu’il semble important de savoir s’il « roule seul » ou s’il ne constitue que l’avant-garde de forces bien plus importantes et dangereuses pour la sécurité mondiale.

Le bilan des quatre mois de l’administration Trump mériterait à lui seul un article pour en détailler les divers axes majeurs. En ce sens, le brillant discourt de M. Claude Malhuret (1) peut être réécouté à la fois pour sa pertinence et sa qualité de présentation, même si le constat qu’il y dressait reste encore partiel. Ce billet ne se veut ni ne peut prétendre à l’exhaustivité mais il tente de dégager quelques lignes de forces autour desquelles s’articule la politique états-unienne actuelle.

Les points marquants de ces quatre mois se regroupent autour de trois grands axes interpénétrés : l’économique, le politique, et le social, et ce au national comme à l’international. Or, de nombreux éléments factuels corroborent le fait que le projet Trump s’apparente clairement au « projet 2025 » de la Heritage Foundation (2). Ainsi, selon CNN plus de 140 personnes travaillant pour la campagne de M. Donald Trump ont contribué à la rédaction du projet 2025, dont six sont ses secrétaires de cabinet et un septième son premier adjoint au chef de cabinet (3). Par ailleurs, le vice-président lui-même, M. James D. Vance, a contribué à la rédaction du projet 2025 dont il a écrit l’avant-propos (4). Cet opus de plus de 900 pages promeut des idéaux extrêmes, alignés sur les éléments les plus radicaux de la chrétienté dont il se revendique. Il propose quatre objectifs principaux : démanteler l'administration, défendre les frontières de la nation, restaurer la famille en tant qu’élément central de la vie américaine, et garantir certains droits individuels aux citoyens, droits conçus comme étant d’essence divine…

Bien que cet élément ne soit pas présenté comme tel, le projet 2025 vise également au renforcement du pouvoir présidentiel. Ceci passe par la mise au pas « du département de la Justice (DOJ), du Federal Bureau of Investigation (FBI), du département du Commerce, de la Commission fédérale des communications et de la Federal Trade Commission (FTC) » (2). La suppression ou l’inactivation de plusieurs agences est également envisagée dans le projet 2025, dont celles œuvrant dans le domaine du changement climatique et de la santé, ainsi que la suppression du ministère de l’éducation nationale. Or les faits sont sans ambiguïté : ces agences et ce ministère sont bien dans le viseur de l’administration Trump, qui a eu parmi ses premières priorités de sortir des accords de Paris, de rouvrir des droits de forage pétrolier en Alaska, de faire disparaitre des serveurs les données de l’agence météorologique nationale, et de confirmer sa volonté de supprimer le ministère de l’éducation… En ce qui concerne la santé des Etats-Uniens, vaste sujet, le projet 2025 incite à ce que le département de la santé et des services sociaux (Department of Health and Human Services ou HHS) redevienne connu « sous le nom de Département de la Vie ». En ce sens, le projet 2025 combat le droit à l’avortement, qu’il souhaite criminaliser. Par ailleurs, rappelons que le ministre de la santé américaine n’est autre que le complotiste anti-vaccination bien connu, M. Robert F. Kennedy. Celui-ci s’est illustré en indiquant que le vaccin anti-Covid avait aggravé la pandémie dans certains pays, en établissant un lien qui n’existe pas entre autisme et vaccination, ou en affirmant que son ennemi juré le Dr. Anthony Fauci, immunologiste, et conseiller en chef de huit présidents américains, aurait formé une alliance de type Etat-profond dans le domaine de la santé avec M. Bill Gates et des chefs d’Etats étrangers...

Il n’est donc pas étonnant que derrière M. Donald Trump, se trouve un aréopage de personnalités issues de différents milieux, mais possédant des intérêts convergents. On peut globalement identifier trois secteurs d’influence, là aussi interpénétrés : des paléo-conservateurs chrétiens d’extrême droite, des capitalistes bon teint, et des libertariens dont le plus célèbre est dans doute M. Elon Musk.

Au titre des capitalistes bon teint soutiens de la politique de M. Donald Trump, nous retrouvons un ensemble de personnalités des milieux d’affaires, avec des individus issus des entreprises des énergies carbonées, mais également des personnalités issues du secteur dit de la « tech », Gafa en tête. On peut citer en sus du précédent nommé, M. Jeff Bezos, patron d’Amazon, M. Mark Zuckerberg, patron de Meta, ou Ms. Sundar Pichai et Sergei Brin, de Google. On trouve aussi des banquiers d’affaire tels M. Howard Lutnick, ancien patron de la banque d’investissement Cantor Fitzgerald et toute une série de responsables qui ont rapidement retirés leurs établissements de l'alliance bancaire pour le climat. Ceci est le cas des responsables de Morgan Stanley, Citigroup, Bank of America, Wells Fargo et Goldman Sachs… En termes d’objectifs, on peut y voir des entreprises qui cherchent à maximiser leur taux de profit, en soutenant des politiques de dérégulation massive, et/ou antisociale à base de « cost-killing ».

Les libertariens sont sans doute les plus complexes à cerner. Ils semblent cependant relever pour un grand nombre d’entre eux, d’un mouvement assez peu connu en France, appelé le « dark enlightenment ». Cette tendance néo réactionnaire, apparentée à la fachospère (on rappellera ici les saluts nazis produits par Ms. Stephen Bannon et Elon Musk), se veut anti-démocratique, anti-égalitariste et s’inscrivant fondamentalement « en réaction aux valeurs des Lumières » (5). Ainsi, ce mouvement vise à « favoriser un retour aux constructions sociétales traditionnelles et aux formes de gouvernement telles que le monarchisme absolu » (5). Proche et influencé par le libertarisme, « le mouvement plaide pour des cités-États capitalistes autoritaires qui se disputent les citoyens. Il rejette également les visions progressistes comme des menaces pour la civilisation occidentale » (5). Ce mouvement promeut également une certaine forme de racisme qu’il appuie sur des pseudos théories scientifiques. Pour ces néoréactionnaires, le statut socio-économique est « un indicateur puissant du QI ». Également, la méritocratie, thème repris in extenso par l’administration Trump, doit être mise en avant. Pour eux, il existe des arguments en faveur de l'infériorité raciale des Noirs, infériorité supprimée par la civilisation occidentale. La conquête spatiale, thème cette fois cher à M. Elon Musk, est un élément important de la sphère néo-réactionnaire, car elle est perçue « comme un filtre génétique hautement sélectif » qui « favorisera principalement les Blancs et les Asiatiques » (5).

Les paléo-conservateurs chrétiens d’extrême droite que l’on retrouve dans le projet 2025, ont les traits du vice-président, M. J.D. Vance, mais aussi de la porte-parole du gouvernement Trump, Mme Karoline Leavitt, elle-même à l’origine du chapitre « gouvernance conservatrice » du « programme de formation » du projet 2025. C’est aussi le cas de Ms. Peter Navarro, Brendan T. Carr, Michael Anton, Paul S. Atkins ou Steven G. Bradbury tous contributeurs du projet et membres de l’administration Trump. Comme l’écrivaient des membres du collectif Rogue ESR : « hostiles au programmes sociaux, [ces individus] souhaitent annihiler les droits civiques et entraver l’État pour le rendre incapable de justice sociale. Les MAGA militent contre l’impôt et dénoncent l’emprise des parasites d’en-bas sur l’État, attaquent les droits des femmes et s’en prennent aux migrants, aux minorités sexuelles et à leurs défenseurs, y compris universitaires. C’est à cette composante que l’on doit la stratégie [de l‘inondation permanente] consistant à sidérer par le déploiement permanent de la souveraineté grotesque » (6), entendre par là par le déploiement permanent de propos décalés, absurdes, voire injurieux, établis en mode de gouvernance.

Rien d’étonnant que ces trois cercles, paléo-conservateurs chrétiens d’extrême droite, capitalistes bon teint, et libertariens s’entendent finalement plutôt bien pour mettre à bas les institutions démocratiques et la société civile américaine, ainsi que « les droits civiques, les organismes de régulation climatique, environnementale, sanitaire et agro-industrielle, et les institutions scientifiques accusées de produire le fondement scientifique des régulations, de soutenir les droits des minorités sexuelles et ethniques, de documenter les inégalités et les injustices économiques et sociales » (6).

Le schéma est complet si on ajoute à cela que ces trois cercles du pouvoir « gèrent harmonieusement leurs différences en matière géopolitique puisqu’il s’agit de vassaliser des pays étrangers à des fins de prédation de matières premières et de captation de valeur par inféodation, [mais aussi] de soutenir les alliances entre extrême-droite et conservateurs partout en occident pour éradiquer le progressisme et les aspirations démocratiques ». Deux certitudes : Trump n’est pas seul dans ses délires, et dans « ce moment de bascule générale, nous avons très peu de temps pour tenter de juguler le désastre » (6).


Références :

1. Claude Malhuret. Discours prononcé à la tribune du Sénat. Mars 2025.
Consultable en ligne :
https://clio-texte.clionautes.org/discours-claude-malhuret-trump-ukraine.html

2. Collectif. Projet 2025. Wikipédia.
Consultable en ligne :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_2025

3. Steve Contorno. Trump claims not to know who is behind Project 2025. A CNN review found at least 140 people who worked for him are involved. CNN, juillet 2024.

4. Martin Pengelly. JD Vance writes foreword for Project 2025 leader's upcoming book ». The Guardian, juillet 2024.

5. Collectif. Dark Enlightenment. Wikipedia.
Consultable en ligne :
https://en.wikipedia.org/wiki/Dark_Enlightenment

6. Rogue ESR. La triple alliance étatsunienne. Mars 2025.
Consultable en ligne :
https://rogueesr.fr/category/billets/


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lundi 24 mars 2025

INQUIÉTANT PAPIER DU SAN FRANCISCO CHRONICLE...


J'ai eu la chance de travailler pendant 2 ans aux Etats-Unis, à la fin des années 80, dans un hôpital et deux universités américaines, dans l'Illinois puis en Californie. Je garde certaines habitudes de ces séjours, entre autres celle de lire de temps en temps les journaux de référence états-uniens, dont le Washington Post et le New York Times. J'y ajoute des journaux moins connus mais qui me rappellent mes lieux de séjours outre-Atlantique, à savoir le Chicago Tribune et le San Francisco Chronicle.

Ce dernier journal est l'un des plus importants journaux de Californie. Crée en 1865, plutôt démocrate aujourd'hui, il appartient à la Hearst Corporation fondée, elle, par le magnat de la presse William Randolf Hearst, celui-là même dépeint dans le film « Citizen Kane » d'Orson Welles. Or je viens de voir passer dans ce dernier journal un article très inquiétant (1), signé par M. Brett Wagner. Aujourd'hui retraité, cet auteur a été professeur en matière de sécurité nationale à l'U.S. Naval War College et chercheur adjoint au Center for Strategic and International Studies. Cet institut est bien entendu très proche des milieux de défense des Etats-Unis. Depuis 2000, il est d'ailleurs dirigé par M. John Hamre, qui fut le 26e ministre de la défense. J'ai traduit ce document en intégralité ci-dessous. Il est intitulé « Trump se prépare-t-il à invoquer l'Insurection Act » (loi fédérale des États-Unis qui autorise le président déployer l'armée sur le territoire des Etats-Unis pour mettre un terme aux troubles civils, à l'insurrection et à la rébellion). Voici ce qu'il dit :

« L'horloge tourne en regard d'une partie cruciale mais peu remarquée de la première série de décrets du président Donald Trump, celle qui charge les secrétaires du ministère de la défense et du ministère de la sécurité intérieure de soumettre un rapport conjoint, dans les 90 jours, recommandant « d’invoquer ou non la loi sur l’insurrection ». 

Beaucoup d’entre nous retiennent désormais leur souffle, sachant que ce rapport et ce qu’il contient pourraient nous conduire sur la pente glissante d'un pouvoir présidentiel incontrôlé, sous la direction d’un homme ayant une sympathie marquée pour les dictateurs à la poigne de fer. Le récent « massacre du vendredi soir » au Pentagone - c'est à dire le licenciement du plus haut officier en uniforme du pays et la révocation d'autres garde-fous bien connus (c'est-à-dire les meilleurs avocats en uniforme de l'armée de terre, de la marine et de l'air) se dressant entre le président et son intention déclarée de longue date de déclarer la loi martiale à son retour au pouvoir - a ajouté au suspense. Coïncidence? En attendant de le savoir, c'est le moment de regarder cela de plus près. 

Supposons, par exemple, que Trump invoque la loi sur l’insurrection et déclare la loi martiale. Il ne serait même pas tenu, de par la loi, d’alléguer une « insurrection ». Il suffirait d’affirmer qu’une « obstruction illégale » a rendu « impossible l’application des lois des États-Unis » (comme l’a fait le président Dwight D. Eisenhower lorsqu’il a ordonné à la Garde nationale de l’Arkansas d’imposer la déségrégation dans les écoles de Little Rock, Arkansas). Or, c’est là que toutes les fausses affirmations et les mensonges purs et simples propagés par Trump et ses alliés politiques entreront en jeu : Trump alléguant faussement, par exemple, qu’une ville entière du Colorado a été prise par des gangs de rue vénézuéliens, qu’une ville de l’Ohio a été envahie par des réfugiés haïtiens qui mangent tous les chats et tous les chiens, et d’autres affirmations non étayées selon lesquelles « des millions et des millions » de « clandestins » affluent dans notre pays chaque semaine (ou chaque jour selon la personne qui mentira alors). 

Chacune de ces fausses affirmations et purs mensonges pourraient être distillés pour déclarer la loi martiale en phrases accrocheuses (commençant par le terme « attendu que ») pour établir la prémisse juridique qui permettra d'invoquer la loi sur l’insurrection, et de poser le prédicat pour fouiller chaque maison, où bon leur semblera, sous prétexte de rechercher des immigrants sans papiers qui n’existent pas. Malgré la complexité logistique qui y est liée, et sans parler de facteurs tels que la taille du territoire et de la population des États-Unis, une mise en œuvre de la loi martiale pourrait cependant être rapide. Prenons par exemple cette ville du Colorado, Aurora : pendant les mois qui ont précédé l’élection, Trump et ses sbires ont répandu des mensonges insensés, promettant de vastes descentes des services de l’immigration s’ils étaient élus.

Il se trouve qu’Aurora possède déjà son propre bureau d’immigration et de douane, et qu’une base militaire existante vient d’être utilisée comme centre de détention « temporaire ». Le projet 2025 propose en outre d’aller au-delà du plan de Trump, en cours mais qui serait progressivement abandonné, visant à héberger jusqu’à 30 000 détenus en continu dans la base de la marine américaine de Guantanamo Bay, à Cuba. Pour cela, il est proposé d'amener Guantanamo chez nous, chez vous, en créant des Guantanamo supplémentaires dans tout le pays. L’un de ces potentiels Guantanamo qui, je crois, est à l’étude est l’ancien centre de détention de Leavenworth, un ancien avant-poste du « complexe industriel carcéral » à but lucratif du pays, situé près de Kansas City, dans le Missouri. Les habitants des environs sont en armes, dans l’espoir d’empêcher la réouverture du site, précédemment fermé en raison de violations flagrantes des droits de l’homme. J'ai récemment fait un voyage pour le voir et j'ai été horrifié à l'idée que des centaines, voire de milliers de familles sans papiers pourraient être rassemblées là comme le bétail qui paissait de l'autre côté de la route.

Bien entendu, n’importe lequel de ces Guantanamos pourrait également être utilisé pour détenir des américains, puisque Trump tâte le terrain en matière de suppression du droit du sol de certains de nos concitoyens. Le vice-président J.D. Vance a même suggéré que si les tribunaux se prononçaient contre le président au sujet de la suppression du droit du sol [droit de naissance dans le texte], alors son cher leader pourrait simplement ignorer l'ordonnance. « Mais qu’en est-il de la désobéissance civile ? » demanderiez-vous ; « Vous ne pouvez pas transformer l’Amérique en Corée du Nord du jour au lendemain ! » La seule chose qui a arrêté Trump la dernière fois qu’il a ordonné à l’armée d’ouvrir le feu sur les manifestants américains (« ne pouvez-vous pas simplement leur tirer dessus ? Il suffit de leur tirer dans les jambes ou quelque chose du genre ? ») a été le refus de son secrétaire à la défense et général en chef de l’époque d’exécuter son ordre. Quatre ans plus tard, l'investisseur en capital-risque qui devrait être notre prochain général en chef est un des chéris des mouvements d'action politique conservatrice qui, selon Trump, portait un chapeau MAGA lorsque tous deux se sont rencontrés en Irak...

D’autres postes vacants attendent aussi d’être pourvus. Il en est ainsi de meilleurs avocats en uniforme de l’armée de terre, de la marine et de l’air, des généraux trois étoiles chargés d’examiner les ordres du commandant en chef et du secrétaire à la défense, afin d'en évaluer la légalité. Cherchant à lever tout doute sur les raisons pour lesquelles les officiers précédents avaient été limogés, l'actuel secrétaire à la défense Pete Hegseth a récemment expliqué que cette mesure avait été prise de manière préventive, pour les empêcher de bloquer « les ordres donnés par un commandant en chef ». Merci d'avoir tout haut ce qui devait resté caché. On dirait que Trump est sur la bonne voie pour trouver les bons « béni-oui-oui » cette fois-ci... 

En attendant, ne quittez pas Elon Musk des yeux. En effet, est-ce un hasard si le président a laissé totale liberté à l’homme le plus riche du monde pour accéder à tous les ordinateurs du gouvernement, ​​permettant à son plus grand donateur de campagne - le propriétaire de l’une des plus grandes sociétés d’intelligence artificielle au monde - d’accéder à tout ce que le gouvernement sait sur vous, au moment même où il pourrait se préparer à imposer la loi martiale ? C’est un fait qu’aucun d’entre nous ne devrait considérer comme une simple coïncidence ».

Ce texte est donc très inquiétant puisqu'il indique que depuis sa nomination, tout se passe comme si M. Donald Trump, après avoir éliminé tous les contre-pouvoirs, s'apprêtait à déclarer la loi martiale aux Etats-Unis, sous des prétextes totalement fallacieux, le tout avec l'aide de M. Elon Musk et de ses affidés. 

J'espère pour les Etats-Unis et pour la sécurité du monde que les propos traduits ci-dessus resteront au niveau de l'erreur d'analyse. Malheureusement, plus les jours passent, plus on s'aperçoit de l'énormité de la dérive - par de nombreux cotés totalitaire - de l'actuel gouvernement des Etats-Unis. Or, le pire est toujours possible. Comme le disait M. Claude Malhuret dans son discours devenu célèbre dans le monde entier (2) : « Jamais aucun [président américain] n’a piétiné la constitution américaine, pris autant de décrets illégaux, révoqué les juges qui pourraient l’en empêcher, limogé d’un coup l’état-major militaire, affaibli tous les contre-pouvoirs et pris le contrôle des réseaux sociaux. Ce n’est pas une dérive illibérale, c’est un début de confiscation de la démocratie. Il n’a fallu qu’un mois, trois semaines et deux jours pour mettre à bas la République de Weimar et sa constitution ». Ne pas l'oublier...    


Références :

1. Brett Wagner. Is Trump preparing to invoke the Insurrection Act? Signs are pointing that way.
The San Francisco Chronicle. Mars 2025.
Consultable en ligne :
https://www.sfchronicle.com/opinion/openforum/article/insurrection-act-president-trump-20201819.php 

2. François Vignal. « Cour de Néron », « bouffon sous kétamine », « roi du deal » : l’intégralité du discours du sénateur Claude Malhuret sur les Etats-Unis. Public Sénat. Mars 2025.
Consultable en ligne :
https://www.publicsenat.fr/actualites/international/cour-de-neron-bouffon-sous-ketamine-roi-du-deal-lintegralite-du-discours-du-senateur-claude-malhuret-sur-les-e 

 

Crédit illustration :

Dessin de Barry Blitt pour "The new Yorker". Janvier 2025.
Vu sur le Courrier International.
Consultable en ligne :
https://www.courrierinternational.com/une/une-du-jour-donald-trump-dictateur-en-devenir

 

 


lundi 30 décembre 2024

MAUVAISE ANNÉE POUR LA DÉMOCRATIE !

 


Oui, mauvaise année pour la démocratie et aussi, malheureusement, pour nos démocraties… Un petit tour d’horizon que je n’espère pas trop déprimant pour finir cette année et commencer la suivante.

Il y a eu tellement de mauvaises nouvelles en 2024 que je ne sais plus par où commencer. Aussi je me propose de sérier les questions du niveau le plus lointain au niveau le plus proche. Commençons par les conflits armés, tant ceux-ci sont présents dans les actualités. En Ukraine, la situation est toujours aussi meurtrière, avec selon les chiffres obtenus de différentes sources, plus d’1 250 000 personnes qui auraient été tuées ou blessées. Parmi celles-ci, 300 000 soldats (225 000 Russes et 75 000 Ukrainiens) tués depuis 2022 et 800 000 blessés (400 000 Russes et autant d’Ukrainiens). On peut ajouter à cela les quelques 50 000 civils qui ont été tués, blessés, déportés ou qui ont disparu du coté ukrainien pour l’écrasante majorité… Tout cela résultant de la folie d’un dictateur, M. Vladimir Putin en l’occurrence, qui n’admet pas le souhait des Ukrainiens de s’éloigner de la zone d’influence russe. Une étape cruciale a été la destitution, constitutionnelle pourtant, du président ukrainien qui était très favorable à la Russie, en 2014, par le parlement. Pour les lecteurs qui s’intéressent à la genèse du conflit, de l’Euromaïdan à la situation de ce jour, via l’annexion de la Crimée et du Dombass, les pages Wikipédia qui s’y rapportent sont remarquables et proches de ce que l’on peut lire dans les ouvrages de références (voir par exemple 1,2). Une des raisons de s’inquiéter est l’internationalisation du conflit. D’un côté, la Russie est clairement aidée par l’Iran, par la Corée du Nord qui fournit maintenant des contingents, et probablement discrètement par la Chine, qui fournit de l’électronique permettant à la Russie de contourner en partie les blocus de matériel imposés en représailles. De l’autre côté, le monde occidental ne peut plus laisser M. Vladimir Putin menacer le territoire européen, l‘Ukraine aujourd’hui, et possiblement les Etats Baltes plus tard. Nous livrons donc des quantités massives d’armement, avec, pour le moment, aucune participation de troupes de l’OTAN, à l’exception possible de formateurs militaires. Seule raison d’espérer, l’épuisement des belligérants pourrait conduire à un cessez le feu, et possiblement une « mauvaise paix » dans cette région du monde. Question démocratie, puisque c’est le sujet de cet article, nous avons là, avec « l’union » Russie, Iran, Corée du Nord et Chine, quatre pays tenus par une belle brochette de pouvoirs autoritaires. Or en Europe, plusieurs dirigeants de pays où des coalitions d’extrême-droite sont au pouvoir, se comportent finalement en alliés objectifs de la Russie, M. Viktor Orban en Hongrie et M. Robert Fico, en Slovaquie en tête. La montée de l’extrême-droite en Autriche, en Allemagne et en Flandres, voire en France, avec leur dirigeants pro-russes, constitue donc un risque gravissime pour l’Union Européenne et pour nos démocraties, aussi imparfaites soient elles.

Autre conflit inquiétant, le Moyen Orient. La situation qui était déjà mauvaise, a rapidement dégénéré après l’attaque révoltante du Hamas sur des populations israéliennes civiles, sauvagement massacrées. Tout aussi révoltante a été l’action du gouvernement israélien, qui, sous couvert de défense du pays, un droit effectivement imprescriptible, a mené des opérations militaires qui ont conduit à d'autres séries de massacres de civils dans la bande de Gaza. Le bilan est catastrophique. Plus de 4 000 israéliens ont été tués, blessés ou déportés. Plus de 150 000 Gazaouis ont été tués ou blessés, très majoritairement des femmes et des enfants, et plus de deux millions ont été déportés sur le territoire, soit 90% de la population (3). Là aussi les pages Wikipédia sont riches d’informations (4). On constatera avec effroi que l’armée israélienne a répondu aux massacres des populations civiles israéliennes par le Hamas par des massacres de populations gazaouis d’une magnitude sans commune mesure. Des hôpitaux ont été visés comme des usines de production électrique, des écoles, et mêmes de crèches... À tel point que des juristes, plusieurs pays, des ONG, soupçonnent Israël de commettre un génocide à Gaza, et d’avoir cumulé crimes de guerre et crimes contre l’Humanité. Une Commission d'enquête de l'ONU accuse aussi Israël de ces mêmes « crimes de guerre et crimes contre l’humanité », et, logiquement, elle accuse également le Hamas de « crimes de guerre » commis en Israël. La Cour Pénale Internationale a délivré également un mandat d’arrêt contre le premier ministre israélien M. Benyamin Netanyahou et son ministre de la défense, M. Yoav Gallant, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés. Là aussi, trois membres du Hamas, Ms. Ismaël Haniyeh, Mohammed Deïf et Yahya Sinwar feront l’objet d’un autre mandat pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis sur le territoire d’Israël et de l’État de Palestine. Pour ces trois derniers, l’action sera sans aucun doute éteinte en raison de leurs morts, attribuées à Israël. 

En tentant de prendre du recul, outre le bilan catastrophique de ce conflit (et encore ai-je passé sous silence la situation au Liban), il me semble que nous n’avons pas réalisé que nos démocraties et au-delà l’idéal démocratique en sortent laminés. Deux raisons à cela. La première est qu’Israël se veut et se décrit comme un état démocratique. Mais peut-on vraiment dire cela d’un état qui ne respecte pas les résolutions de l’ONU, qui ne respecte pas le droit de ses minorités et dont les dirigeants font, à tout le moins, l’objet de suspicions de génocide, de crime de guerre et de crime contre l’Humanité ? Est-ce l’image que nous, peuples en théorie fidèles aux lumières, souhaitons donner de nos valeurs ? La seconde est liée à la première. Comment expliquer l’assourdissant silence de nos démocraties face à ce qui se passe en Israël et en Palestine, ou au Liban. Tout s’est passé, depuis plus d’un an, comme si nos démocraties occidentales regardaient ailleurs, sans réaliser que ce silence interroge sur ce « deux poids, deux mesures » qui différencie le traitement réservé à un état peu recommandable comme Israël, et celui réservé à un autre état aussi peu recommandable, la Russie ? Ce silence, mâtiné de quelques plus que timides froncements de sourcils, interroge aussi sur le consentement tacite de nos dirigeants vis-à-vis du génocide possiblement perpétré à Gaza. Plus grave, dans l’œil d’autres pays, d’autres citoyens du monde, il rend nos pays occidentaux et par conséquence nos démocraties possiblement complices des crimes commis en Palestine. J’exagère, direz-vous ? Alors, comment interpréter les déclarations de certains de nos ministres disant que M. Benjamin Netanyahou bénéficierait d’une « immunité » s’il se rendait sur le sol français… contrairement à toutes nos obligations de signataire des traités internationaux relatives aux cours de justice internationales.

Autre raison de s’inquiéter : l’élection de M. Donald Trump aux Etats-Unis. Dans ce cas particulier, la validité de l’élection n’est pas à remettre en cause contrairement d’ailleurs à ce qu’avait tenté de faire ce même personnage lors de sa défaite de 2020. Non, le risque pour la démocratie réside ici dans le recours à la collecte de données personnelles à des fins de ciblage politique, à la large diffusion de publicités mensongères, à la circulation de messages soutenant les théories du complot, bref aux mensonges. Cela pour permettre l’élection d’un individu poursuivi en justice et condamné pour trente-quatre chefs d’accusation dans l’affaire des falsifications comptables en lien avec les paiements secrets faits à une actrice pornographique*… Deuxième défaite de la démocratie : cette déliquescence résulte en grande partie du contrôle exercé sur les réseaux sociaux et de l’argent injecté par deux milliardaires que je qualifierais de déjantés. Bref, tout cela s’inscrit dans un contexte maintenant connu de vérité alternative, un concept qui fait que le vrai et le faux ont finalement la même valeur (5,6). Seul motif d’espérer, cette déchéance morale pourrait conduire à une situation de pourrissement interne des Etats-Unis qui affaiblirait complètement le pays, provoquant enfin un sursaut démocratique. J’avoue croire peu à cette perspective et espère aujourd’hui simplement que les Etats-Unis n’entraineront pas l’UE dans une longue et douloureuse chute. Pour cela, encore faudrait-il un réveil de l’UE et une remise en cause sérieuse de son alignement sur les Etats-Unis…

La situation intérieure française ne permet pas non plus d’espérer beaucoup pour notre démocratie. Je ne fais pas partie de ceux qui remettent en cause les résultats d’élections, ni le choix de notre président, M. Emmanuel Macron, de dissoudre l’assemblée. De même, je ne vois aucun motif constitutionnellement valide pour penser qu’il pourrait être destitué. En revanche, je suis très contrarié par le fait que ce même président n’ait pas respecté, non pas la Constitution, mais son esprit. Il a ainsi « joué la montre », en cachant derrière un faux semblant, ses choix politiquement discutables. Il a outrepassé ses prérogatives en arguant qu’il était guidé par une volonté de nommer quelqu’un qui pourrait éviter d’être censuré, alors que ce choix de censure - ou non - aurait dû être celui du Parlement, et pas celui de l’exécutif. Enfin, il a, à deux reprises, choisi de nommer un premier ministre issu de minorités parlementaires. Ces mêmes deux premiers ministres ont nommé des ministres également issus de ces groupes parlementaires minoritaires, qui tentent par tous les moyens d’appliquer la même politique délétère rejetée par une majorité de Français, si l’on agrège le NFP et le RN. L’agrégation est osée, j’en conviens, mais elle a néanmoins conduit à la censure du gouvernement de M. Michel Barnier et elle n'empêchera pas plus sans doute celle du gouvernement actuel. Une autre menace pour la démocratie française réside dans le poids de plus en plus lourd que pèse des milliardaires dans l’audiovisuel et les médias, à l’image de la situation aux USA ou au Royaume Uni. L’impact de cette mainmise se fait sentir dans les médias de masse tels Europe 1, C8 ou CNews appartenant au groupe Bolloré, où l’on n’hésite plus maintenant à tenir propos ouvertement racistes ou mensongers (7). Elle se fait aussi sentir dans les palais de la République où ces mêmes milliardaires murmurent à l’oreille de nos décideurs (8). Comment s’étonner ensuite des dénis de démocratie que je décris ci-dessus, qui conduiront inéluctablement à renforcer les scores du RN dans un amalgame entre « tous pourris », « à quoi cela sert de voter pour reprendre les mêmes », « on a tout essayé sauf l’extrême droite » ou « il nous faudrait une bonne dictature » …  

Le ton de cet article peut paraitre lourd en cette fin d’année, mais je ne vois pas de raison d’être particulièrement joyeux. Peut-être suis-je assez sensible à ces situations de conflit et de mensonge, car je suis totalement absent des réseaux dits sociaux, où la vérité alternative fait loi. Peut-être aussi parce que je traine derrière moi quelques 40 ans de recherche publique, au cours desquels j’ai toujours tenté, sur des sujets parfois délicats comme les dossiers OGM, et avec d’autres, de démêler le vrai du faux pour faire émerger non pas la vérité, ce serait présomptueux, mais un consensus étayé… Or comme je l’ai montré je le crains, nos sociétés dites démocratiques s’éloignent de plus en plus de cet idéal. Et même au plan loco-local, dans notre commune, les choses ne vont pas bien. Le vivre-ensemble personnifié par les associations ne s’est jamais aussi mal porté, le fonctionnement démocratique de la commune est à l’arrêt et la désinformation et le mensonge y ont aussi largement cour (9). Mais bonne année quand même !

* Note ajoutée le 31/12 : et condamné hier 30/12/24 au civil pour agression sexuelle !

 

Références

1. Guerre russo-ukrainienne. Wikipédia.
Consultable en ligne :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_russo-ukrainienne

2. Révolution de la Dignité (Maïdan)
Consultable en ligne :
https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_de_la_Dignit%C3%A9

3. Anonyme. À Gaza, deux millions de déplacés internes sont confinés sur 11 % du territoire. Le Courrier International. Aout 2024.

4. Guerre Israël-Hamas (depuis 2023)
Consultable en ligne :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_Isra%C3%ABl-Hamas_(depuis_2023)

5. Brian Myles. Le trumpisme en continu. Le devoir. Novembre 2024.
Consultable en ligne :
https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/823360/editorial-presidentielle-americaine-trumpisme-continu?

6. Alexandra Schwartzbrod. Présidentielle américaine : la démocratie dans tous ses états. Libération. Novembre 2024.
Consultable en ligne :
https://www.liberation.fr/idees-et-debats/editorial/presidentielle-americaine-la-democratie-dans-tous-ses-etats-20241104_FUBNNHIVG5EC5EVCJY2SVWE2LE/

7. Caroline Constant, Tom Demars-Granja, Honorine Letard. Quelle riposte à la bollorisation des médias ? L’Humanité. Septembre 2024.
Consultable en ligne :
https://www.humanite.fr/en-debat/arcom/quelle-riposte-a-la-bollorisation-des-medias

8. On lira avec intérêt l’enquête du « Nouvel Obs » d’Octobre 2024, à ce sujet. Une petite partie est consultable en ligne :
https://www.nouvelobs.com/politique/20241030.OBS95680/l-influent-bernard-arnault.html

9. On lira les articles de ce blog traitant regroupés sous l’onglet Forges les Bains dans la version web de ce site, ou que l’on peut trouver dans la version téléphone par exemple sous le titre « Les petits et gros mensonges de la municipalité ». Voir par exemple :
https://dessaux.blogspot.com/2024/06/les-petits-et-gros-mensonges-de-la.html
https://dessaux.blogspot.com/2024/09/les-petits-et-gros-mensonges-de-la.html
https://dessaux.blogspot.com/2024/11/les-petits-et-gros-mensonges-de-la.html

 

Crédit illustration :

Image du film éponyme, de et avec Jean Yanne.