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mercredi 28 janvier 2026

BIENVENUE EN DYSTOPIE 2026

 
 

Comme les lecteurs du blog l’ont remarqué, et me l’ont signalé, celui-ci est resté silencieux depuis trois mois environ. Rien de grave, juste une activité personnelle très réorientée vers de l’associatif, avec une participation assez chronophage à la réserve préfectorale de défense et de protection civile…

L’actualité 2025 a été pourtant chargée, avec, en particulier, une présence massive d’évènements violents, que ce soit en Ukraine ou aux États-Unis. La guerre dans l’Est de l’Europe constitue la continuité d’une situation connue : suite à la révolution du Maïdan, le rapprochement entre l’Ukraine et l’Union Européenne, souhaité par les Ukrainiens, a fortement déplu à un pouvoir moscovite quasi-totalitaire, qui considère l’Ukraine comme une terre par essence russe. La situation mérite sans doute une analyse plus poussée, mais elle n’est pas le sujet de cet article de rentrée. En effet, à mon sens, 2025 a été caractérisée par des bouleversements majeurs dont l’origine se trouve essentiellement aux États-Unis. Je veux bien sur parler de l’élection de M. Donald Trump à la présidence de ce pays, de la montée en puissance de son administration, et des conséquences des politiques qu’elle met en place, conséquences qui s’exercent au niveau états-unien, mais aussi et surtout au niveau international. Et tout cela ressemble à une dystopie, c'est à dire à une fiction dépeignant une société organisée de telle façon qu'il soit impossible de lui échapper et dont les dirigeants peuvent exercer une autorité totale et sans contrainte de séparation des pouvoirs, sur des citoyens. Sauf que rien de ce qui suit n'est imaginaire ! 

Les évènements en cause sont tellement nombreux qu’il est difficile de savoir par où commencer. On retrouve d’ailleurs là une caractéristique de la politique de l’administration Trump, le « flood the zone », soit « inonder la zone » dans la langue de Molière, stratégie théorisée par le politicien d’extrême droite, très écouté à la Maison Blanche, M. Stephen Banon. Il s’agit de multiplier les annonces susceptibles d’être reprises par les médias, qu’elles soient excessives, vraies ou fausses n’ayant que peu d’importance. Le but est en effet de garder la maitrise de l’agenda de communication, et de distraire ces médias, mais aussi l’opposition politique et l’opinion publique de sujets importants possiblement défavorables au pouvoir en place. On est là dans une confusion entretenue entre communication et gouvernance. Ainsi, les annonces se succèdent à un rythme qui empêche toute hiérarchisation. Une déclaration en contredit une autre, parfois à quelques heures d’intervalle, sans que cela ne soit perçu comme un problème. L’incohérence n’est plus un dysfonctionnement mais elle devient une méthode. Dans l’univers dystopique de Trump, la politique ne résulte pas de décisions rationnelles. Elle est une scène où l’essentiel est d’occuper l’attention.

Cela ne suffirait cependant pas à assurer un pouvoir fort. Il faut également éliminer les contrepouvoirs. On peut tout d’abord penser aux contrepouvoirs politiques internes. Trump contourne ainsi systématiquement le Congrès, par son utilisation intensive des « executive orders ». Pourtant, dans le système américain, ces décrets ne doivent pas remplacer des lois votées par le Congrès. Leur usage permanent étend cependant le pouvoir présidentiel au-delà des limites prévues par la Constitution. On attend d’ailleurs l’avis de la Cour Suprême sur certains de ces décrets qui pourraient se voir annulés. Autres éléments attestant de la volonté hégémonique du président américain : M. Donald Trump a licencié un grand nombre d’inspecteurs généraux, chargés de surveiller et d’enquêter sur la gestion des agences, sans respecter les obligations légales de notification au Congrès. De plus, des tests de loyauté pour l’emploi dans l’administration ont été mis en place, notamment dans les services de renseignement ou les forces de l’ordre, avec pour effet de favoriser la fidélité politique plutôt que le mérite professionnel, un moyen de réduire la culture d’indépendance dans l’administration fédérale. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder qui a été nommé à la tête du FBI, de la CIA, ou des différents ministères. La plupart de ces personnes n’ont absolument pas les compétences nécessaires à leurs fonctions, mais ce sont tous des soutiens fidèles et inconditionnels de M. Donald Trump. Ces responsables agissent en disqualifiant les médias d’investigation, qualifiés d’ennemis. Au sein de leurs agences, les mécanismes de contrôle sont présentés comme des entraves illégitimes à la volonté populaire. On licencie les fonctionnaires intègres pour les remplacer par des agents moins qualifiés, mais loyaux au pouvoir en place, avec les conséquences que l’on a vues, par exemple au sein de la gestion du trafic aérien, ou, plus récemment au sein de la police de l’immigration (ICE). Celle-ci recrute des gens peu qualifiés, dont une trentaine sont des repris de justice (pour des infractions graves), les forme à la va-vite (22 semaines), ce qui a conduit en 6 mois à une vingtaine d’accidents armés, dont deux mortels, et à des interventions assez souvent illégales. Cette façon de procéder, assez généralisée, ne supprime pas immédiatement l’État de droit, mais elle l’érode. Elle installe l’idée que la légalité devient une opinion parmi d’autres, et que la loyauté personnelle vaut plus que la compétence ou l’indépendance.

Toujours à l’intérieur des Etats Unis, une des caractéristiques de la politique menée par M. Donald Trump a été le démantèlement voulu des capacités publiques. Porté par un Elon Musk « sous kétamine » pour reprendre les propos de M. Claude Malhuret, le DOGE (Department of Government Efficiency ou ministère de l’efficacité gouvernementale) s’est empressé de s’attaquer aux services publics. L’administration a ainsi proposé une réduction totale de 163 milliards de dollars du budget fédéral pour 2026 dans les dépenses non liées à la défense. Ces coupes visent surtout la santé, l’éducation, la recherche scientifique et l’environnement. Citons à titre d’exemple, le budget proposé pour les National Institutes of Health (NIH), financeurs de la recherche médicale, en baisse d’environ 40 % comparé à l’année 2025, soit près de 18 milliards de dollars de coupes, ou le budget de la National Science Foundation (NSF), qui finance une large partie des sciences universitaires et fondamentales, en baisse de plus de 55 %. La science est particulièrement visée, car elle constitue un des contrepouvoirs dont M. Donal Trump et ses sbires ont peur. Leur rapport à la science constitue d’ailleurs un marqueur central de la dérive en cours de « l’Empire américain ». Les agences sont soupçonnées, les chercheurs discrédités, les données relativisées dès lors qu’elles contredisent le récit politique. La vérité devient alors une variable d’ajustement. Ainsi, l’Environmental Protection Agency (EPA), un des principaux garants de la qualité de l’eau, de l’air et de la sécurité environnementale, a fait face à une réduction de budget d’environ 54 %, ce qui a induit la suppression de programme de recherches, mais aussi des baisses sensibles des subventions d’État pour des infrastructures d’eau potable et d’assainissement, jusqu’à 87 % dans certains fonds alloués aux agences de bassin. Citons aussi le budget de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), réduit de près de 25 à 28 %, menaçant ainsi la capacité nationale à gérer la météo, le climat et les océans. Au total, plus de 200 programmes fédéraux ont été arrêtés ou supprimés en 2025, notamment dans la recherche médicale, environnementale, la justice environnementale et le financement de projets de résilience climatique. Derrière la froide rigueur des chiffres, on constate donc que les coupes et restructurations budgétaires affectent des institutions centrales de la santé publique, de la recherche scientifique, de la protection de l’environnement. Dans tous ces domaines, l’expertise est perçue non comme un outil d’aide à la décision, mais comme une menace idéologique. Or, même lorsque le Congrès atténue certaines mesures, ou que des victoires judiciaires restituent une partie des budgets, l’effet cumulé reste une érosion significative de services publics essentiels. On induit ici un paradoxe, qui voit un pouvoir fort dans le discours, mais devenant faible dans l’expertise. Ceci produit un système vulnérable, dépendant de « consultants » idéologiques et d’improvisations stratégiques. La dystopie ici n’est pas seulement autoritaire ; elle est incompétente !

Il faut également éliminer les contrepouvoirs à l’extérieur des Etats-Unis. Plusieurs éléments caractérisent la politique états-unienne du jour. Ainsi, depuis le début de sa deuxième présidence (à partir de janvier 2025), les États-Unis ont proposé, ou se sont retirés de 66 organisations internationales, y compris des structures liées aux Nations Unies qu’ils jugeaient contraires à leurs intérêts. Les États-Unis se sont aussi retirés ou désengagés de plusieurs accords multilatéraux, par exemple de l’accord de Paris (alors que 77% des citoyens américains y sont favorables), du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, et plus récemment de l’Organisation Mondiale de la Santé. Le désengagement des Etats-Unis passe aussi par la suspension ou la réduction drastique de contributions financières à des fonds et mécanismes internationaux, notamment en matière de santé ou de climat, ce qui fragilise leur capacité d’action collective. Ils ont également saboté des mécanismes de régulation internationaux comme l’organe d’appel de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en refusant d’y confirmer des juges. On peut également mentionner le décret exécutif signé par M. Donald Trump qui impose sanctions financières et restrictions de visa à des responsables de la Cour pénale internationale (CPI), notamment ceux enquêtant sur des affaires liées aux actions américaines ou de ses alliés. Il en va de même pour des individus qui se sont opposés aux pouvoirs exorbitants des GAFAM, ou en dénonçant leurs abus. La méthode Trump, qui privilégie les pressions voire les menaces plutôt que la négociation, conduit à l’affaiblissement des cadres collectifs qui servaient précisément de contrepouvoirs internationaux. Ceci est dystopique parce que les structures censées protéger les entités que sont les États des abus d’une puissance extérieure sont vidées de leur fonction.

Comme si tout cela ne suffisait pas, les Etats-Unis s’attaquent plus particulièrement à leurs anciens alliés. Rappelons ici les volontés d’annexion émises par l’administration Trump : le Canada comme 51e état, la reprise du canal de Panama aux Panaméens, ou l’annexion du Groenland, territoire associé au Danemark. Pire que cela, l’administration Trump semble bien plus à l’écoute des attentes de M. Vladimir Putin au sujet de l’Europe et de l’Ukraine, qu’à celle des alliés historiques des États-Unis, à savoir les États européens. S’il fallait en douter encore, le lecteur repensera aux droits de douanes que le président des États-Unis a imposés aux pays de l’UE, sous des prétextes aussi fantaisistes que fallacieux. Nous sommes bien en présence d’un marqueur dystopique : le glissement de la coopération vers la désignation permanente d’ennemis, y compris parmi les proches. Les anciens alliés sont donc traités de façon autoritaire et/ou mensongère, soit comme de simples clients, soit comme des profiteurs, soit comme des rivaux économiques. Dans cette « logique » trumpienne, un pays n’est plus un partenaire mais un débiteur potentiel. La protection états-unienne devient donc conditionnelle et révocable. Dystopie à nouveau, donc, car on passe d’un monde structuré par des institutions à un monde gouverné uniquement par des rapports de force personnalisés. De plus, alors que les anciennes alliances étaient fondées sur la confiance et la stabilité des engagements, M. Donald Trump fait du chaos généré par son attitude globale, entre déclarations contradictoires, menaces publiques et humiliations diplomatiques, un outil. Or, un système international sans fiabilité, dans lequel les dirigeants (en particulier européens) ne savent plus si un traité signé aujourd’hui sera respecté demain, produit un climat de méfiance caractéristiques des dystopies politiques.

Dans ce schéma global, la ligne de fracture se situe donc entre aujourd’hui entre les régimes autoritaires (ou dictatoriaux), dans lequel on peut classer les Etats Unis de M. Donald Trump, et les démocraties, aussi imparfaites soient-elles, telles que la plupart des pays européens. Traditionnellement, l’alliance occidentale reposait sur une adhésion aux principes de l’État de droit et aux droits de l’Homme. Dans le monde merveilleux de M. Donald Trump, on substitue aux rapports entre nations régis par la diplomatie internationale, une diplomatie de l’affinité personnelle, du copinage, marquée par un éloge plus ou moins fort des dirigeants autoritaires. Les gouvernements européens ne sont plus jugés sur leurs institutions, mais sur leur degré d’alignement politique ou rhétorique. Ce remplacement du droit et des normes par le plus pur arbitraire relationnel est également un des marqueurs de dystopie.

Dans ce contexte malsain, les Etats-Unis en se retirant d’accords, se retirent de processus. Ils quittent les tables où se décident les normes, pour écrire les leurs qu’ils imposeront (ou tenteront d’imposer) ensuite aux autres. Dans « l’Amérique trumpienne », ce repli n’est pas seulement stratégique ; il est idéologique. Il repose sur l’idée que toute interdépendance est une perte de souveraineté et que toute règle commune est une contrainte injuste. Dans un monde pourtant traversé par des crises globales — climatiques, sanitaires, technologiques — cette posture produit une marginalisation progressive, devenue très perceptible au cours des 2 derniers mois.

Ce que je crains, ici, et de façon globale, c’est que nous ne soyons pas en présence d’une anomalie isolée. Je crains que ce que j’ai décrit ne s’inscrive dans d’une dynamique internationale plus profonde, caractérisée par l’affaiblissement de l’état de droit, le mépris des savoirs, la diplomatie du plus fort, et une gouvernance fondée sur le mensonge et l’émotion. Ce qui se joue aussi est la mise en place d‘une véritable concurrence entre réalité et narration, générant les fameux « faits alternatifs ». Ceci interpelle le chercheur que j’ai été pendant des années, tentant pas tous ses modestes moyens de faire émerger des consensus que l’on estimait proches de « vérités ». Aujourd’hui, lorsqu’un indicateur dérange, on attaque sa méthode. Lorsqu’un rapport alerte, on attaque ses auteurs. Lorsqu’une crise survient, on attaque ceux qui la décrivent. Bienvenue donc en dystopie 2026. À mon sens, il faut y voir un avertissement politique, surtout à la veille des échéances à venir dans notre pays. Ce moment montre qu’une démocratie peut basculer vers un régime autoritaire assez vite finalement, et pas forcément par la violence mais par un désordre organisé. En lien, 2026 ne s’est pas ouverte sur un coup d’État spectaculaire, ni sur un effondrement soudain des institutions. Elle s’est installée dans la continuité. Une continuité faite de glissements, de renoncements progressifs, de contradictions assumées et surtout, me semble-t-il, d’une fatigue démocratique devenue structurelle, en France comme en Europe. La dystopie contemporaine n’a pas la brutalité des fictions classiques, elle ne nécessite pas la présence de chars dans les rues. Elle avance néanmoins par chocs successifs et par saturation, que je vois comme une prédation des esprits. La question en suspens n’est plus de savoir ce qui a été détruit, car on le perçoit, mais ce qui peut encore être reconstruit… 

 

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Utopie ou dystopie. Image générée par IA. 2022. Auteur : Monsieur Vili - Wikimedia Commons.

mercredi 27 août 2025

C’EST LA RENTRÉE ET C’EST DÉJÀ LE BAZAR !


Il n’aura échappé à personne que le mois d’août touche à sa fin et qu’il flotte d’ores et déjà dans l’air une odeur de rentrée. Celle-ci s’annonce mouvementée aux plans social et politique, et pour cause…

Plusieurs informations ont été distillées depuis juin par le gouvernement, et nommément par le premier ministre, M. François Bayrou, en regard du budget de l'État et de la dette qui s’accroit lentement mais sûrement. Il a été ainsi évoqué la nécessité de réaliser 40 milliards de réduction budgétaire. Si on ne peut nier que la dette du pays s’accroit depuis des années, et en particulier depuis le « quoi qu’il en coûte » de la période CoViD et post-CoViD, les analyses diffèrent sensiblement sur les causes profondes et les éventuels remèdes à apporter. Du coté de l’extrême-droite et des « Républicains » qui les ont rejoints, le discours pointe du doigt l’immigration qui couterait trop cher à la France, la plupart des immigrés venant chercher ici des aides sociales et médicales dont ils ne disposent pas dans leur pays d’origine. On retrouve également dans les causes des déficits budgétaires proposées par ces clans politiques, l’effroyable « assistanat » qui gangrènerait le pays. Celui-ci mêle sous ce vocable, les bénéficiaires du RSA (que l’on doit faire travailler gratuitement), les personnes touchant les allocations de rentrée (tout cela pour acheter des écrans plats ou des TV) et bien sur ces fainéants de chômeurs qui profitent des allocations pour ne pas travailler (je cite de tête « l'argumentaire »). Comme le pensent aussi les macronistes, on ajoutera une couche sur la « fraude massive » aux aides sociales des bénéficiaires, qui coûte « un pognon de dingue », que l’on se gardera bien de mettre en perspective. À gauche, l’analyse de la situation est plus limitée, même si l’on pointe du doigt – et en partie avec raison – l’existence des niches fiscales et la limitation volontaire des recettes dans le budget de l’Etat.

Ce dernier point est bien évidemment critique, car on ne peut passer sous silence les milliards auxquels les gouvernements Sarkozy, Hollande et Macron ont renoncé. Citons parmi ceux-ci, les aides aux entreprises à hauteur de plus de 200 milliards annuellement, sans contrepartie sur l’emploi. Ajoutons la faible motivation de la recherche des fraudes fiscales à hauteur de 60 à 80 milliards annuellement selon les sources syndicales, et la même faible motivation à traquer les fraudes sociales du côté des employeurs et des professions dites libérales, estimées à 15 milliards d’euros. Si le lecteur n’est pas persuadé de cette absence de volonté, rappelons que depuis sa création en 2008, la DGFiP a perdu plus de 33 000 ETP (équivalent temps plein) soit près de 30 % du total de ses effectifs en 17 ans ! En 2025, 550 emplois supplémentaires y seront supprimés, soit 25 % du total des suppressions dans la fonction publique d’État ! Trois éléments peuvent être ajoutés à cette liste. En premier lieu, la suppression emblématique de l’ISF, qui prive l’Etat de 5 à 7 milliards de recettes annuelles, montant sensiblement équivalent à, deuxième item, celui du crédit impôt-recherche. Cette aide a été jugée sévèrement par la Cour des Comptes, qui indique dans un langage très diplomatique, qu’elle n’a pas démontré d’utilité dans sa forme actuelle. Elle bénéficie en effet majoritairement aux grandes entreprises et aux cabinets d’études qui les aident dans la préparation de leurs dossiers ! Enfin, troisième élément, l’absence de volonté de taxation des « ultra riches », qui a trouvé son apogée dans le rejet par le Sénat de la « taxe Zucman » (du nom de l’économiste fondateur de l’observatoire européen de la fiscalité) sur les plus hauts patrimoines et revenus. Selon des sources syndicales non contestées, en taxant de 1% le patrimoine des 1% des Français les plus riches, on obtiendrait 30 milliards de recettes. Ajoutons à cela que selon l’Institut des politiques publiques, les ultra-riches français subissent 27% de prélèvements (tous impôts confondus) sur leurs revenus, contre 50% en moyenne pour le reste de la population française. Si on élargit à l’ensemble de leur patrimoine, et pas seulement aux revenus, ces prélèvements ne représentent plus que 0,2% de leur richesse. Ainsi, si on se limite aux 1 800 foyers fiscaux qui disposent de 100 millions d’euros ou plus de patrimoine, une imposition à 1% pourrait rapporter entre 10 et 20 milliards d’euros par an…

Face à ces chiffres qui commencent à percoler dans l’opinion publique, il se trouve que le gouvernement de M. François Bayrou a demandé des efforts majoritairement aux classes moyennes et moyennes supérieures, ainsi qu’aux classes défavorisées. Sont également ciblés les actifs du monde du travail qui devront travailler deux jours gratuitement, ainsi que les retraités, mis à contribution par la non revalorisation des pensions, et par une imposition plus élevée dès lors que leur pension dépassera 1700 euros mensuellement. De façon fort compréhensible, cela a entraîné des réactions virulentes, dont la plus visible à ce jour s’incarne dans le mouvement « bloquons tout », qui propose, dès le 10 septembre, des blocages de routes, un boycott de supermarchés et des banques, et des menaces de grève dans différents secteurs-clefs… La situation s’est complexifiée avec la volonté affichée par le premier ministre de proposer un vote de confiance à l’Assemblée le 8 du même mois. De nombreux partis, et des analystes politiques prédisent que ce vote de confiance se traduira par la chute du gouvernement, et certains espèrent même que ce départ entrainera une démission – aujourd’hui très hypothétique – du Président de la République. On se trouverait alors dans une situation compliquée avec une absence de budget visant un redressement financier et une situation sociale tendue. Bref, nous sommes dans un beau bazar !

Une porte de sortie – pour le moment rejetée par M. Emmanuel Macron, serait une nouvelle dissolution de l’Assemblée, avec l’espoir de changer la majorité actuellement détenue par les partis agrégés au sein du NFP, nouveau front populaire. Leur succès électoral vient en effet - en très grande partie - de leur volonté de ne présenter que des candidats uniques dans les circonscriptions, et cela a payé. Malheureusement pour « la gauche », il est fort probable qu’une telle unité ne soit plus d’actualité. Entre le refus d’une partie du PS de voter pour un candidat LFI, la position jusqu’au-boutiste de ce même parti, la méfiance des écologistes et des communistes vis-à-vis de partenaires possibles, il semblerait qu’un laminage du nombre de députés de gauche soit une hypothèse envisageable en cas d’élections législatives. Comme le dit Mme. Marine Tondelier, responsable des écologistes : « je veux bien que quand on est que dix, on se divise en deux groupes de cinq, puis en trois groupes de deux, mais on va finir nulle part avec l’extrême droite au pouvoir et l’histoire nous jugera ». C’est le pari que le Président de la République pourrait néanmoins faire, jouant une nouvelle fois sur le réflexe dit républicain qui fera préférer un macroniste à un représentant de l’extrême droite, pour se construire une nouvelle majorité entre centristes et Républicains à l’Assemblée, une fois l'actuelle majorité de gauche disparue. Ce pari reste très risqué pour lui et, au-delà et surtout, pour le pays…



Crédit illustration :

Dessin de Dave Whamond - Andrew McMeel for UFS. 



mercredi 16 juillet 2025

NOUS FAIRE PRÉFÉRER LES TRANSPORTS EN COMMUN…

Francilien de longue date, j’ai toujours, comme beaucoup de mes concitoyens, utilisé les transports en commun et je continue de les utiliser. D’autant que nous avons la chance de disposer de la gare autoroutière de Briis qui nous donne un accès facile et peu couteux aux réseaux de trains SNCF et RATP en gare de Massy-Palaiseau. Néanmoins, les dernières modifications d’Ile de France Mobilités (IdFM), l’établissement public qui gère les transport en commun dans notre région, avec entre autres l’abandon de ticket papier, compliquent sensiblement les choses.

Ayant récemment dû effectuer un trajet entre la gare autoroutière de Briis et Paris, j’ai constaté qu’il était impossible de racheter les tickets T qui donnaient accès au bus à destination de Massy-Palaiseau. Prenant conseil auprès d’amis, et lisant les instructions disponibles sur le net sur le site d’IdFM, je suis rapidement tombé dans un véritable cauchemar administratif qui vaut cependant d’être conté.

Premier point, comme utilisateur occasionnel, il m’est proposé d’acheter pour 2 euros une carte Navigo Easy qui me permet d’acheter des tickets T et, théoriquement, des billets de RER. Je prends le bus à Briis, me rends à Massy, et je demande alors au guichet comment charger ma carte en ticket de RER Massy Paris. Réponse de l’employée du guichet, fort aimable au demeurant : « malheureusement, ce n’est pas possible pour le moment » … J’ai donc acheté des tickets papier pour l’aller-retour Massy-Paris. Cette employée m’a fort intelligemment indiqué que la tarification allait se complexifier, et elle m’a incité à bien relire les informations présentées sur le site IdFM, ce que j’ai fait. Et oui, effectivement, cela va se complexifier. Respirez à fond, préparez l’aspirine, les détails de l’affaire vous sont donnés ci-dessous.

Il se trouve que sur le « passe » Navigo Easy, on devrait pouvoir « charger » des billets de RER donnant accès au RER et au train, ainsi qu’au métro (billets dit métro-train-RER), mais ceux-ci ne seront pas utilisables pour le tram, ni pour le bus. Enfin pas tout à fait puisque l’on pourra quand même accéder à certaines lignes de tram, mais pas à toutes ! Pour accéder au tram et au bus, il faudra des billets spécifiques, dits tram-bus. La logique s’arrête là, puisque ces billets tram-bus ne donnent pas accès à tous les trams. Trois lignes sont exclues ! Pourquoi ? Mystère ! 

Encore plus fort, les billets métro-train-RER, cités plus haut, ne seront pas utilisables sur le RER B pour aller à Roissy, ni sur la ligne 14 prolongée à Orly. Pour cela, il vous faudra un billet là aussi spécifique appelé « Paris-région <> aéroports ». Celui-ci vous permettra de rejoindre Orly et Roissy. Quoi que, atteeeeeeeeeenndez ! Ah non, vous ne pourrez pas aller à Roissy comme vous voulez, mais seulement par le RER, et pas par le bus. Pour aller à Roissy avec le bus, il vous faut un autre ticket, appelé « RoissyBus », qui accrochez-vous, vous permet aussi d’aller à Orly même si son nom ne le dit pas… Vous vous dites, bon, pour aller à l’aéroport, je vais prendre le passe une journée, dit forfait Navigo jour. Et bien là, double erreur ! Tout d’abord, le passe jour ne permet pas l’accès aux aéroports. Ensuite, il ne peut être chargé sur la carte Navigo Easy ! Juste pour rire : easy en anglais signifie simple…

Vous trouvez donc que cela n’est pas simple, mais compliqué. Moi aussi. Pour se faire une idée du bazar que constituent les tarifications des transports en commun en Ile de France, je ne peux que suggérer au lecteur de consulter le site Ile de France Mobilités, et tout particulièrement la liste des titres de transport (https://www.iledefrance-mobilites.fr/titres-et-tarifs/liste)... D’autant que le diable se cache dans les détails. Ainsi, même si je n’ai pas lu toutes les informations contenues sur ce site, je me suis intéressé plus avant au « forfait Améthyste », qui offre la gratuité pour les seniors, adultes handicapés ou inaptes au travail, anciens combattants ou veuves de guerre. Il se trouve que ce forfait est attribué sous conditions de ressources et en fonction des politiques des départements. Ainsi selon que vous habitez Paris, le Val de Marne, ou la Seine et Marne, votre forfait Améthyste ne vous donnera pas accès, ni aux mêmes zones de gratuité, ni aux mêmes tarifs. Je cite les informations données par IdFM : « Les forfaits Améthyste sont réservés aux personnes âgées ou handicapées sous conditions de ressources ou de statut, résidant en Île-de-France. Ils sont financés par les Départements d’Île-de-France, qui décident des conditions d’éligibilité et des zonages de validité attribués. Ils peuvent également demander une participation financière aux bénéficiaires ».

Comment, dans ces conditions, inciter à l'utilisation des transports en commun ? On se le demande. Dans ce magma d'inepties, la seule « bonne nouvelle », si on peut l'appeler de la sorte, pourrait être la mise en place d'un « forfait pollution » à 4 euros, qui permet un usage large de tous les moyens de transports franciliens.  

En lien, j’entendais voilà deux ou trois mois sur une radio publique, Mme Valérie Pécresse, vanter la disparition des tickets papier et l’émergence du système Navigo rechargeable. « Plus de transparence et plus de simplicité pour l’usager, possibilité de valider avec son téléphone », disait-elle sans rire. Il se trouve en effet, que Mme Valérie Pécresse, présidente du conseil régional de l’Ile de France, est également présidente du conseil d’administration d’Ile de France Mobilités. Pourquoi ai-je l’impression qu’elle ne doit pas souvent utiliser les transports en commun de notre région, et utiliser sa carte Navigo, pour sortir de telles âneries, démontrant encore une fois - et s’il en était besoin - l’incroyable décalage entre le citoyen de base et nos « élites » politiques ?



Crédit illustration

D’après un dessin de Hic :
http://grasseatous.viabloga.com/news/transports-a-grasse-rien-ne-va-plus

jeudi 24 avril 2025

QUI SE CACHE DERRIÈRE L’INQUIÉTANT PRÉSIDENT AMÉRICAIN ?



Voilà quatre mois que M. Donald Trump a pris ses fonctions de président des Etats-Unis. En quatre mois, il aura déstabilisé le monde entier sur les plans sécuritaire, économique et environnemental. Il aura aussi dégradé une situation intérieure pas aussi brillante que présentée et surtout, il aura engagé son pays sur la voie de l’autoritarisme et possiblement de la dictature. C’est pour cela qu’il semble important de savoir s’il « roule seul » ou s’il ne constitue que l’avant-garde de forces bien plus importantes et dangereuses pour la sécurité mondiale.

Le bilan des quatre mois de l’administration Trump mériterait à lui seul un article pour en détailler les divers axes majeurs. En ce sens, le brillant discourt de M. Claude Malhuret (1) peut être réécouté à la fois pour sa pertinence et sa qualité de présentation, même si le constat qu’il y dressait reste encore partiel. Ce billet ne se veut ni ne peut prétendre à l’exhaustivité mais il tente de dégager quelques lignes de forces autour desquelles s’articule la politique états-unienne actuelle.

Les points marquants de ces quatre mois se regroupent autour de trois grands axes interpénétrés : l’économique, le politique, et le social, et ce au national comme à l’international. Or, de nombreux éléments factuels corroborent le fait que le projet Trump s’apparente clairement au « projet 2025 » de la Heritage Foundation (2). Ainsi, selon CNN plus de 140 personnes travaillant pour la campagne de M. Donald Trump ont contribué à la rédaction du projet 2025, dont six sont ses secrétaires de cabinet et un septième son premier adjoint au chef de cabinet (3). Par ailleurs, le vice-président lui-même, M. James D. Vance, a contribué à la rédaction du projet 2025 dont il a écrit l’avant-propos (4). Cet opus de plus de 900 pages promeut des idéaux extrêmes, alignés sur les éléments les plus radicaux de la chrétienté dont il se revendique. Il propose quatre objectifs principaux : démanteler l'administration, défendre les frontières de la nation, restaurer la famille en tant qu’élément central de la vie américaine, et garantir certains droits individuels aux citoyens, droits conçus comme étant d’essence divine…

Bien que cet élément ne soit pas présenté comme tel, le projet 2025 vise également au renforcement du pouvoir présidentiel. Ceci passe par la mise au pas « du département de la Justice (DOJ), du Federal Bureau of Investigation (FBI), du département du Commerce, de la Commission fédérale des communications et de la Federal Trade Commission (FTC) » (2). La suppression ou l’inactivation de plusieurs agences est également envisagée dans le projet 2025, dont celles œuvrant dans le domaine du changement climatique et de la santé, ainsi que la suppression du ministère de l’éducation nationale. Or les faits sont sans ambiguïté : ces agences et ce ministère sont bien dans le viseur de l’administration Trump, qui a eu parmi ses premières priorités de sortir des accords de Paris, de rouvrir des droits de forage pétrolier en Alaska, de faire disparaitre des serveurs les données de l’agence météorologique nationale, et de confirmer sa volonté de supprimer le ministère de l’éducation… En ce qui concerne la santé des Etats-Uniens, vaste sujet, le projet 2025 incite à ce que le département de la santé et des services sociaux (Department of Health and Human Services ou HHS) redevienne connu « sous le nom de Département de la Vie ». En ce sens, le projet 2025 combat le droit à l’avortement, qu’il souhaite criminaliser. Par ailleurs, rappelons que le ministre de la santé américaine n’est autre que le complotiste anti-vaccination bien connu, M. Robert F. Kennedy. Celui-ci s’est illustré en indiquant que le vaccin anti-Covid avait aggravé la pandémie dans certains pays, en établissant un lien qui n’existe pas entre autisme et vaccination, ou en affirmant que son ennemi juré le Dr. Anthony Fauci, immunologiste, et conseiller en chef de huit présidents américains, aurait formé une alliance de type Etat-profond dans le domaine de la santé avec M. Bill Gates et des chefs d’Etats étrangers...

Il n’est donc pas étonnant que derrière M. Donald Trump, se trouve un aréopage de personnalités issues de différents milieux, mais possédant des intérêts convergents. On peut globalement identifier trois secteurs d’influence, là aussi interpénétrés : des paléo-conservateurs chrétiens d’extrême droite, des capitalistes bon teint, et des libertariens dont le plus célèbre est dans doute M. Elon Musk.

Au titre des capitalistes bon teint soutiens de la politique de M. Donald Trump, nous retrouvons un ensemble de personnalités des milieux d’affaires, avec des individus issus des entreprises des énergies carbonées, mais également des personnalités issues du secteur dit de la « tech », Gafa en tête. On peut citer en sus du précédent nommé, M. Jeff Bezos, patron d’Amazon, M. Mark Zuckerberg, patron de Meta, ou Ms. Sundar Pichai et Sergei Brin, de Google. On trouve aussi des banquiers d’affaire tels M. Howard Lutnick, ancien patron de la banque d’investissement Cantor Fitzgerald et toute une série de responsables qui ont rapidement retirés leurs établissements de l'alliance bancaire pour le climat. Ceci est le cas des responsables de Morgan Stanley, Citigroup, Bank of America, Wells Fargo et Goldman Sachs… En termes d’objectifs, on peut y voir des entreprises qui cherchent à maximiser leur taux de profit, en soutenant des politiques de dérégulation massive, et/ou antisociale à base de « cost-killing ».

Les libertariens sont sans doute les plus complexes à cerner. Ils semblent cependant relever pour un grand nombre d’entre eux, d’un mouvement assez peu connu en France, appelé le « dark enlightenment ». Cette tendance néo réactionnaire, apparentée à la fachospère (on rappellera ici les saluts nazis produits par Ms. Stephen Bannon et Elon Musk), se veut anti-démocratique, anti-égalitariste et s’inscrivant fondamentalement « en réaction aux valeurs des Lumières » (5). Ainsi, ce mouvement vise à « favoriser un retour aux constructions sociétales traditionnelles et aux formes de gouvernement telles que le monarchisme absolu » (5). Proche et influencé par le libertarisme, « le mouvement plaide pour des cités-États capitalistes autoritaires qui se disputent les citoyens. Il rejette également les visions progressistes comme des menaces pour la civilisation occidentale » (5). Ce mouvement promeut également une certaine forme de racisme qu’il appuie sur des pseudos théories scientifiques. Pour ces néoréactionnaires, le statut socio-économique est « un indicateur puissant du QI ». Également, la méritocratie, thème repris in extenso par l’administration Trump, doit être mise en avant. Pour eux, il existe des arguments en faveur de l'infériorité raciale des Noirs, infériorité supprimée par la civilisation occidentale. La conquête spatiale, thème cette fois cher à M. Elon Musk, est un élément important de la sphère néo-réactionnaire, car elle est perçue « comme un filtre génétique hautement sélectif » qui « favorisera principalement les Blancs et les Asiatiques » (5).

Les paléo-conservateurs chrétiens d’extrême droite que l’on retrouve dans le projet 2025, ont les traits du vice-président, M. J.D. Vance, mais aussi de la porte-parole du gouvernement Trump, Mme Karoline Leavitt, elle-même à l’origine du chapitre « gouvernance conservatrice » du « programme de formation » du projet 2025. C’est aussi le cas de Ms. Peter Navarro, Brendan T. Carr, Michael Anton, Paul S. Atkins ou Steven G. Bradbury tous contributeurs du projet et membres de l’administration Trump. Comme l’écrivaient des membres du collectif Rogue ESR : « hostiles au programmes sociaux, [ces individus] souhaitent annihiler les droits civiques et entraver l’État pour le rendre incapable de justice sociale. Les MAGA militent contre l’impôt et dénoncent l’emprise des parasites d’en-bas sur l’État, attaquent les droits des femmes et s’en prennent aux migrants, aux minorités sexuelles et à leurs défenseurs, y compris universitaires. C’est à cette composante que l’on doit la stratégie [de l‘inondation permanente] consistant à sidérer par le déploiement permanent de la souveraineté grotesque » (6), entendre par là par le déploiement permanent de propos décalés, absurdes, voire injurieux, établis en mode de gouvernance.

Rien d’étonnant que ces trois cercles, paléo-conservateurs chrétiens d’extrême droite, capitalistes bon teint, et libertariens s’entendent finalement plutôt bien pour mettre à bas les institutions démocratiques et la société civile américaine, ainsi que « les droits civiques, les organismes de régulation climatique, environnementale, sanitaire et agro-industrielle, et les institutions scientifiques accusées de produire le fondement scientifique des régulations, de soutenir les droits des minorités sexuelles et ethniques, de documenter les inégalités et les injustices économiques et sociales » (6).

Le schéma est complet si on ajoute à cela que ces trois cercles du pouvoir « gèrent harmonieusement leurs différences en matière géopolitique puisqu’il s’agit de vassaliser des pays étrangers à des fins de prédation de matières premières et de captation de valeur par inféodation, [mais aussi] de soutenir les alliances entre extrême-droite et conservateurs partout en occident pour éradiquer le progressisme et les aspirations démocratiques ». Deux certitudes : Trump n’est pas seul dans ses délires, et dans « ce moment de bascule générale, nous avons très peu de temps pour tenter de juguler le désastre » (6).


Références :

1. Claude Malhuret. Discours prononcé à la tribune du Sénat. Mars 2025.
Consultable en ligne :
https://clio-texte.clionautes.org/discours-claude-malhuret-trump-ukraine.html

2. Collectif. Projet 2025. Wikipédia.
Consultable en ligne :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_2025

3. Steve Contorno. Trump claims not to know who is behind Project 2025. A CNN review found at least 140 people who worked for him are involved. CNN, juillet 2024.

4. Martin Pengelly. JD Vance writes foreword for Project 2025 leader's upcoming book ». The Guardian, juillet 2024.

5. Collectif. Dark Enlightenment. Wikipedia.
Consultable en ligne :
https://en.wikipedia.org/wiki/Dark_Enlightenment

6. Rogue ESR. La triple alliance étatsunienne. Mars 2025.
Consultable en ligne :
https://rogueesr.fr/category/billets/


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Image Pipxabay générée par IA :
https://pixabay.com/fr/illustrations/dark-vador-atout-donald-trump-8295914/





mercredi 12 février 2025

ODIEUSE RÉCUPÉRATION DE L'EXTRÊME-DROITE FRANÇAISE


Une fois n'est pas coutume, je publie ici une copie très large d'un article récent du journal L'Humanité. Je n'aurais pu écrire mieux sur ce sujet ! Ce papier détaille comment l'extrême droite française, de plus en plus présente en particulier sur les réseaux dits sociaux, a récupéré l'affaire Louise, du nom de l'adolescente tuée entre Epinay-sur-Orge et Longjumeau. Instructif !

L'article en référence (1) revient tout d'abord sur les circonstance matériel du drame. Je n'en ferai pas état ici. D'une part, l'objet du blog n'est pas la présentation d'affaires criminelles ou crapuleuses et, d'autre part, ce n'est pas le sujet de ce billet. Je reprends donc le texte de l'article à partir de l'ouverture de l'enquête par le parquet d'Evry. 

Je cite : « Le parquet d’Évry a annoncé l’ouverture d’une enquête « pour meurtre sur mineur », confiée à la direction de la criminalité organisée et spécialisée des Yvelines et à la direction nationale de la police judiciaire. Un couple d’une vingtaine d’années a d’abord été placé en garde à vue, puis relâché, à ce stade sans poursuites. Depuis trois suspects, deux hommes et la mère de l’un d’eux, ont été à leur tour placés en garde à vue. « Les enquêteurs de la DCOS 78 ont procédé, dans le cadre de l’enquête ouverte par le parquet concernant le meurtre de la jeune Louise, à l’interpellation ce soir à 20 heures d’un homme, âgé de 23 ans », a indiqué le procureur de la République d’Évry, Grégoire Dulin, dans un communiqué diffusé dans la nuit de lundi à mardi 11 février.

Il a précisé que le suspect était entendu pour meurtre sur une mineure de moins de 15 ans. Le parquet avait fait état auparavant de l’arrestation de l’autre homme, lui aussi âgé de 23 ans et mis en cause pour meurtre sur une mineure de moins de 15 ans, et de sa mère. Âgée de 55 ans, cette dernière est interrogée pour non-dénonciation de crime.

À Épinay-sur-Orge, comme dans tout le pays, l’émotion est vive. Des fleurs et des bougies ont été déposées à l’entrée du collège, en souvenir de l’enfant et en soutien à sa famille. Une centaine de personnes ont également assisté à une messe, donnée en sa mémoire, alors que de nombreuses autres se sont rassemblées sur le parvis. Olivier Marchau, le maire (sans étiquette) d’Épinay-sur-Orge, qui était présent pour ce « moment de recueillement », a annoncé la mise en place de « cellules psychologiques » pour les habitants et dans l’établissement de Louise.

Face à ces manifestations respectueuses, une odieuse instrumentalisation est pourtant à l’œuvre. L’extrême droite, qui capitalise sur les faits divers pour mieux les imputer à son obsession, l’immigration, n’a pas attendu bien longtemps. Le père de la victime aurait pourtant demandé « qu’aucune récupération politique ne soit réalisée sur (leur) malheur », affirme, dans un post sur X du 8 février, l’animateur de télévision Christophe Beaugrand-Gerin, qui précise que les membres de la famille de l’enfant sont « des proches ». Cette demande légitime – qui ne devrait même pas avoir à être énoncée – n’a pas empêché une récupération alimentée par la fuite des noms de deux suspects.

Le média d’extrême droite Frontières nomme ainsi explicitement l’un des premiers suspects, mentionnant son « origine nord-africaine », alors que sa compagne n’est qu’évoquée. L’article, mis à jour, indique que le couple a été relâché… mais le nom demeure. Le JDD [Note du rédacteur : Journal du Dimanche, devenu publication d'extrême droite depuis son rachat par le groupe Bolloré] évoque un suspect de « type nord-africain », donnant le prénom et l’initiale du nom de famille des deux personnes.

Et certains ne rechignent pas à l’amalgame nauséabond et à l’accusation sans preuve. Dans un post sur X, le journaliste pour Frontières et CNews Jordan Florentin exhumait des publications où la sœur de la victime, présentée comme une « militante d’extrême gauche », y aurait « partag (é) les positions de LFI et des propos anti-RN. Sa petite sœur vient d’être tuée dans un bois par un homme de type nord-africain ». Lamentable exploitation politicienne où le pseudo journaliste ose railler la sœur de la victime pour mieux y mêler LFI… L’intéressé a depuis supprimé son tweet « par respect pour la famille » – quid du respect des personnes relâchées et du travail de la justice ? –, mais celui-ci circule toujours sous forme de capture d’écran. Pour l’extrême droite, de toute façon, le meurtrier est toujours un étranger, et l’étranger est toujours un meurtrier en puissance.

D’autres naviguent dans ces mêmes eaux fétides, tel Damien Rieu, cofondateur du mouvement d’extrême droite Génération identitaire – dissous en 2021 par le ministère de l’Intérieur –, membre de Reconquête et de son collectif Parents vigilants. Dans un post du 8 février sur le réseau social d’Elon Musk, il déclare : « En Sicile, la mafia impose l’omerta sur les crimes commis par ses hommes sous la menace de représailles. En France, la gauche impose le silence sur les crimes commis par ses immigrés sous la menace du procès en « récupération ». #Louise ». Une comparaison scandaleuse et une accusation sans la moindre preuve.

Impunité et aplomb sur un réseau social dont le propriétaire s’adonne au salut nazi obligent, certains vont jusqu’à demander le rétablissement de la peine de mort, menacent les autorités de se charger eux-mêmes de régler le problème ou hurlent au « francocide », agitant plus ou moins implicitement le chiffon rouge d’un prétendu « grand remplacement ». La haine enfle, soigneusement attisée sur le dos d’une enfant assassinée. Et tant pis pour le respect de la douleur inimaginable de sa famille ». Fin de citation.

Depuis, un suspect a été arrêté, ses proches également. L'enquête se poursuit avec l'élément probant qu'est l'analyse des traces ADN, compatibles avec celles du suspect. Le procureur de la République d'Evry, M. Grégoire Dulin, a annoncé que les gardes à vue seraient prolongées et qu’une conférence de presse serait tenue pour faire le point sur les avancées le 12 février 2025 au soir.

Remarquablement, le nom du nouveau suspect circule également sur le net, mais n'étant pas à consonance africaine ou étrangère et au contraire bien franchouillarde, la « fachosphère 2.0 » se tait sur le sujet... 


Remerciements :

Je remercie vivement le journal « L'Humanité » pour l'autorisation de publication de son article à titre gracieux.

 

Référence :

1. Jessica Stephan. Meurtre de Louise : vive émotion et odieuse récupération de l’extrême droite. L'Humanité. Février 2025.
Consultable en ligne :
https://www.humanite.fr/societe/extreme-droite/mort-de-louise-vive-emotion-et-odieuse-recuperation-de-lextreme-droite

 

Crédit illustration :

Dessin de Biche pour Charlie :
https://charliehebdo.fr/2023/11/societe/antisemite-francais-eternel-insoumis/

 

 

dimanche 9 février 2025

LES UNIVERSITÉS ET INSTITUTS DE RECHERCHE SUR LA PAILLE !

On le sait, notre pays fait face depuis des années à un problème de finances publiques, les dépenses excédant les recettes. Ceci conduit à financer le déficit par l’emprunt, creusant ainsi la dette et obérant l’action publique sur le long terme… On en voit les conséquences depuis des années, tant la dégradation des services publics est prégnante, de la justice à l’hôpital, des forces de sécurité à l’école… Aujourd’hui, ce billet jette un regard sur la situation de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR), dans une situation plus que critique…

Avant d’aborder le cœur du sujet, il convient que je précise ma pensée. Pour avoir travaillé avec différents services de l’État, j’ai constaté que d’une façon globale notre secteur public souffre d’un excès d’administratifs et d’un manque d’opérationnels. Il y a donc ici des efforts à faire pour rétablir une plus juste répartition des effectifs. Cependant, le problème majeur ne se situe pas là, mais plutôt au niveau de la façon dont les budgets ont été conçus depuis longtemps. Premier point, par volonté et dogmatisme politiques, les recettes de l’État ont été sensiblement rabotées depuis des années. Ainsi, rien qu'en 5 ans, de 2017 à 2022, la politique menée par M. Emmanuel Macron a conduit à une réduction de 80 milliards des recettes publiques. La Cour des Comptes s’en est émue dans un rapport où elle indiquait qu’il était « nécessaire de préserver les recettes des administrations publiques » (1). Ces pertes de recettes sont liées à la suppression ou à la baisse d’impôts tels la taxe d’habitation, l’impôt sur les sociétés ou des impôts de production. On peut y ajouter l’existence de niches fiscales peu efficaces, voire contre-productives tels le crédit d’impôt recherche (autour de 7 à 8 milliards aujourd’hui) et les aides bénéficiant directement aux industries des hydrocarbures, très polluantes. Terminons par les exonérations de cotisations qui « plombent les recettes de la Sécu, comme les primes exceptionnelles défiscalisées ou encore la suppression du forfait social. Résultat, pour 2022, les pertes brutes de recettes liées à ces allègements dépasseraient 83 milliards d’euros, selon les estimations du gouvernement, un montant que la Cour considère comme « sous-évalué » » (2).

Deuxième point : s’ajoutent à ce qui précède l’évasion et la fraude fiscales, pour un montant estimé de 80 à 100 milliards (3), un sujet que nos élites politiques ne semblent pas très pressées de prendre à bras le corps. Ainsi, le nombre d’agents de l’État en charge des finances publiques et des contrôles ne cesse de diminuer depuis 20 ans (3 000 postes perdus), comme diminuent les contrôles sur site des entreprises et des particuliers, malgré les annonces en trompe l’œil du gouvernement (4). On est passé par exemple de 38 359 vérifications générales de comptabilité des entreprises en 2008 à 21 324 en 2022 (alors que leur nombre a cru), et de 4 166 examens de situation fiscale personnelle de particuliers en 2008 à 2 293 en 2024 (4). Sans commentaires !

Tout ce qui précède fait donc que nombre de services publics n’ont plus les moyens de fonctionner correctement. Et comme dans toutes situations budgétaires dégradées, deux domaines sont les premiers à faire les frais de nouvelles restrictions : la culture et la recherche… J’en veux pour preuve les propos récent de M. Antoine Petit, actuel président du CNRS, nommé par M. Emmanuel Macron. M. Petit a indiqué au personnel de son centre de recherches (24 000 personnes) qu’il ne financerait plus de façon conséquente que 25% des laboratoires de recherches (soit 1 sur 4), qu’il appelle à la façon « start-up nation » de son mentor, du terme ronflant de « keylabs ». Faut-il voir là la traduction d’une certaine forme du « darwinisme social » dont il avait fait preuve en énonçant qu’il fallait « une loi ambitieuse, inégalitaire – oui, inégalitaire, une loi vertueuse et darwinienne, qui encourage les scientifiques, équipes, laboratoires, établissements les plus performants à l’échelle internationale » ? Possible. La réalité est pourtant moins clinquante. Les premiers essais de keylabs n’ont, en effet, pas été du tout concluants. « Il serait dommage de ne pas rappeler le glorieux bilan d’un des plus anciens et des plus connus : celui opéré par le Professeur Raoult qui, à la tête de l’université Aix-Marseille-II, en préleva les « meilleurs » chercheurs pour constituer ce qu’on n’appelait pas encore un KeyLab : l’IHU Méditerranée Infection. Le rayonnement de ce KeyLab fut tel qu’il fut salué par M. Elon Musk, le 16 mars 2020, par un tweet qui déclencha l’exaltation de la classe politique mondiale : « Maybe worth considering chloroquine for COVID-19 ». […] Le 9 avril 2020, sur les conseils insistants de M. Bernard Arnault, M. Macron rendait visite à la star mondiale autour de laquelle s’organisait ce KeyLab pionnier. Des mois plus tard, en septembre 2021, il rendrait publique son évaluation mûrement réfléchie : « Il faut rendre justice à Didier Raoult qui est un grand scientifique ». La même année, René Ricol (commissaire général à l’investissement) confirma le verdict : « Quoi qu’on en dise, l’IHU de Didier Raoult à Marseille est un succès » » (5). La suite de l’histoire on la connait : des rétraction d’articles, des poursuites pour des expériences menées sur des humains sans autorisation… Au vu de tout cela, il faudrait donc être très borné pour contester le bien-fondé de ces keylabs ! Nous sommes bien sûr dans ce propos sur du second degré !

Derrière les mouvements de mentons virils des promoteurs de ces keylabs, se cache une vérité plus dérangeante ; celle de la chute des budgets dévolus à l’ESR. Selon mes collègues du collectif Rogue ESR, si le budget brut alloué à l’ESR est en augmentation régulière depuis 15 à 20 ans, il n’en va pas du tout de même si on le calcule à euros constants, c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation. Dans ces conditions, il baisse depuis la loi de programmation de 2021 de 1,6% par an, nous ramenant ce jour aux valeurs de 2011, presque 15 ans en arrière. Et pire, si l’on s’intéresse au budget par étudiant, celui-ci baisse depuis 2012 en moyenne de 1,25% par an, nous ramenant aux valeurs d’avant 2005. Le graphe ci-dessous (tiré de 5) est en l’espèce très parlant. 

 


Légende : budget total de l’Université et de la recherche décomposé en trois parties : la charge de service public pour l’Université, la charge de service public pour la recherche et la part de budget transférée au privé ou à des institutions publiques.
(A) Représentation sans compensation de l’inflation. (B) Représentation en euros de 2024, avec compensation de l’inflation (INSEE). (C) Budget de l’Université (programme 150) rapporté au nombre d’étudiants à l’Université, avec compensation de l’inflation (projections de la Banque de France) (5).


 

La conséquence de tout cela se traduit dans la production scientifique : « Depuis l’adoption de la loi de programmation de la recherche, les budgets pour l’Université et pour la recherche publique chutent rapidement, du fait de l’inflation. […] Le projet annuel de performances accélère son ambition de déclin rapide de la production scientifique française. La cible de production scientifique était de 1,3% de la production mondiale en 2023, de 1,2% en 2024. Elle est désormais de 0,9%. La cible de production scientifique était de 6,6% de la production européenne en 2023, de 6,2% en 2024. Elle est désormais de 5,2%. L’indicateur comparant la production scientifique française à celle de l’Allemagne et du Royaume-Uni a été supprimé. La haute fonction publique est donc consciente de ce que les réformes structurelles menées conduisent à un décrochage scientifique beaucoup plus rapide que la simple baisse des budgets — l’utilisation d’indicateurs quantitatifs ineptes n’enlève rien à ce constat » (5).

En lien avec ce que je décrivais plus haut dans l’article, des solutions existent. Il faut pour cela avoir le courage de supprimer le crédit impôt recherche dont l’efficacité est remise en cause par la Cour des Comptes, et qui représente à lui seul presque 2 fois et demi le budget du CNRS. Rogue ESR propose aussi de réformer d’urgence « le financement public de l’alternance (20,4 milliards d’euros auxquels il faut ajouter 7,2 milliards d’euros d’apprentissage) » (5) pour le réallouer en partie au service public. « Les économies budgétaires réalisables sont considérables : les centre de formation en alternances, sociétés commerciales, redistribuent 32,5% des excédents sous la forme de dividendes aux actionnaires » (5)...

L’enseignement supérieur et la recherche sont sur la paille, c’est donc un fait. Nous n’en sortirons qu’en construisant un modèle alternatif à celui qui a conduit à 20 ans de décrochage scientifique, de précarisation, de paupérisation et d’insignifiance bureaucratique. Malheureusement, nous n’en prenons pas le chemin !



Références :


1. Anonyme. La situation et les perspectives des finances publiques. Rapport de la Cour des Comptes. Juillet 2022.
Consultable en ligne :
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/la-situation-et-les-perspectives-des-finances-publiques-13

2 Christian Chavagneux. Baisses d’impôts : il faut arrêter le quoi qu’il en perde ! Alternatives Économiques. Juillet 2022.
Consultable en ligne :
https://www.alternatives-economiques.fr/christian-chavagneux/baisses-dimpots-faut-arreter-quoi-quil-perde/00103988

3. Tristan Gaudiaut. Fraude fiscale : La fraude fiscale surpasse la fraude sociale. Statista. Octobre 2024.
Consultable en ligne :
https://fr.statista.com/infographie/29761/comparaison-fraude-fiscale-fraude-sociale-montants-detectes-et-estimes/

4. Anonyme. Lutte contre la fraude fiscale : parlons chiffres et revenons sur terre. ATTAC-France. Mars 2024.
Consultable en ligne :
https://france.attac.org/actus-et-medias/salle-de-presse/article/lutte-contre-la-fraude-fiscale-parlons-chiffres-et-revenons-sur-terre

5. Anonyme. Analyse du projet de loi de finance 2025. Rogue ESR. Octobre 2024.
Consultable en ligne :
https://rogueesr.fr/category/billets/


Crédit illustration (haut de page) :

Tiré de :
https://dialectical-ecologist.fr/un-financement-perenne-pour-une-recherche-scientifique-independante-et-de-qualite/
D'après Rhodo.

 

 

 

 

lundi 20 janvier 2025

AU SUJET DU TRACT CITANT CE BLOG...

 


Je reçois depuis quelques jours des messages de lecteurs m’indiquant qu’un tract circulant à Forges cite ce blog. Les rumeurs circulant également très vite, il me semble important d’effectuer une mise au point afin de clarifier la situation.


Le tract est distribué par des soutiens d’un parti politique, la France Insoumise (LFI), qui par ce biais exerce ses prérogatives démocratiques d’expression publique. Elle a donc, à mon sens, toute légitimité à le faire, d’autant que ce blog est public et donc accessible à tous sur internet. Il peut donc être cité en tant que tel sans problème.

En revanche, je ne suis en aucun cas à l’origine de ce tract. Je n’en n’ai donc ni l’initiative, ni la paternité. Je n’ai pas non plus contribué à sa rédaction. Par ailleurs, je ne suis pas membre de LFI, ni d’aucune structure politique d’ailleurs. Il m’est en effet difficile d’être en accord avec la totalité des prises de position de partis, mais il m’arrive d’en approuver certaines. LFI ne déroge pas à la règle. Ainsi, si je suis plus que réservé sur l'intransigeance de leurs élus, si je ne supporte que difficilement l'attitude de M. Jean-Luc Mélenchon, si je doute des aspects financiers de leur programme, leurs propositions liées à la nécessaire transition écologique me parlent. Je constate en effet avec effroi, chaque jour, qu’elle est la grande oubliée de la politique actuelle, au niveaux international, nationale et même loco-local. En lien, mes engagements ont toujours été exclusivement associatifs et syndicaux, et tournés d’une part vers la défense des plus faibles, et d’autre part, vers le développement durable.

Ceci dit, les extraits du tract qui m’ont été communiqués portent à la fois sur des éléments de politique nationale et locale, dans un contexte des élections municipales à venir. J’espérais, après les élections de 2020, que les nouveaux élus forgeois fassent preuve de plus de discernement, de solidarité et d’intérêt pour la commune une fois aux affaires. J’ai rapidement constaté qu’il n’en était rien. Dans notre commune, nous sommes aujourd’hui confrontés, à mon sens, à des élus qui ne répondent pas aux demandes des administrés, qui les baladent, qui les trompent. Ils fonctionnent (entre guillemets !) en dilettantes. Il est donc nécessaire qu’une opposition se réveille et qu’une alternative à la médiocrité se mette en place à Forges. A titre personnel, j’ai déjà dit et expliqué qu’après 12 ans de mandat municipal, des heures de réunions ici et là, des astreintes de week-end et de nuit, une crise des migrants fatigante, et nombre de réalisations structurantes pour la commune, j’avais décidé de ne pas me représenter à des élections municipales, ce que j’ai fait en 2020 et que je referai en 2026. Je ne suis donc candidat à rien.

L’équipe municipale en place - qui d’ailleurs se délite - a été élue en raison de la division de la liste majoritaire précédente. Elle l’a aussi été de par les mensonges qu’elle et ses proches ont propagés autour de la présence des migrants, n’hésitant pas à s’afficher en grande partie aux côtés d’élus du rassemblement national (front national à l’époque). Elle continue à employer cette stratégie de « vérités alternatives », et à diffuser approximations et contrevérités, sur le mode de l’entre-soi et de la détestation de tout ce qui leur est étranger tant sur le plan des idées, des concepts que de l’appartenance socio-culturelle. Depuis cinq ans, ce blog dénonce les irrégularités que ces élus commettent, leurs erreurs, leurs mensonges, et au-delà leur vilénie intellectuelle et morale, et il continuera à le faire.


samedi 18 janvier 2025

A PROPOS DU RECENSEMENT...

La commune de Forges fait partie du lot des communes dont la population doit être recensée en 2025. La plupart des foyers locaux ont reçu l'avis s'y rapportant avec, curiosité étonnante, un délai de réponse extrêmement court par rapport aux années précédentes. De mémoire, les précédents épisodes avaient laissé grosso modo un mois entre la date de dépôt des documents et celle de retour. En ce mois de janvier, nous avons reçu les documents en milieu de semaine dernière (donc autour du 16 janvier) avec une demande de réponse pour le 21 janvier. Surprenant...

Je ne sais s'il s'agit d'un bug au niveau de l'INSEE ou de la commune, mais j'ai tendance à penser que le problème est communal, puisque les dates de fin d'opération annoncées par l'INSEE sont le 6 mars pour les DOM-TOM et le 15 février pour la métropole... Je sais pertinemment qu'il ne faut pas attendre le dernier moment pour collecter les données, d'autant qu'il faut parfois rencontrer les personnes recensées et que ceci n'est possible que lorsque qu'elles sont disponibles. Néanmoins, là, la marche est haute. Cela me fait penser aux demandes de subvention exigées par la mairie à l'origine pour fin novembre alors qu'elle ne procédait à leur examen qu'en... février.

Le souci n'est cependant pas là en ce qui concerne ce dernier recensement ; il se trouve dans la nature des questions nouvelles et pour certaines très intrusives qui sont posées aux Forgeois, et au-delà à la population française. Rappelons ici l'objet du recensement, je cite ici ce qui est écrit sur le site officiel service-public.fr : « Réalisé par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) et les communes, le recensement permet de savoir combien de personnes vivent en France et d'établir la population officielle de chaque commune. Il fournit des informations sur les caractéristiques de la population : âge, profession, moyens de transport utilisés, conditions de logement... C'est grâce à ces données que les projets qui vous concernent peuvent être pensés et réalisés. En effet, de ces chiffres découle la participation de l'État au budget des communes. Du nombre d'habitants dépendent le nombre d'élus au conseil municipal, la détermination du mode de scrutin, le nombre de pharmacies, etc. La connaissance de ces statistiques est un des éléments qui permettent de définir les politiques publiques nationales. Au niveau local, elle sert à prévoir les équipements collectifs nécessaires (écoles, hôpitaux, infrastructures des transports, etc.). L'analyse de ces données aide également à cibler les besoins en logements, elle permet aux entreprises de mieux connaître leurs clients, aux associations de mieux répondre aux besoins de la population ».

Au vu de ce qui précède, on peut donc comprendre la nouvelle question relative au temps de télétravail. Je suis en revanche plus réticent sur celle concernant les pathologies dont nous serions susceptibles de souffrir, celle-ci relevant finalement d'une forme de secret médical. Qui plus est, même en regard de la situation de l'hôpital, cette question ne m'apparait pas nécessaire puisque, de toutes façons, le choix de limiter le soutien à nos hôpitaux (euphémisme) est fait depuis des années. Tout au plus pourrait on y voir, en accord avec la rapporteuse spéciale de l’ONU sur les droits des personnes handicapées, la possibilité d'acquérir une vision plus fine de la situation. Je la cite, dans sa version de 2019 : « En ce qui concerne les personnes handicapées, les données sociodémographiques et les statistiques ventilées par handicap font cruellement défaut. Le questionnaire du recensement national ne comprenait aucune question sur le handicap. L’enquête la plus récente sur la santé et le handicap, qui remonte à 2008, avait permis d’estimer qu’il y avait 12 millions de personnes handicapées en France »... Il convient cependant de pondérer le propos en remarquant que depuis cette date, des enquêtes multiples ont été produites par la DRESS (direction de la recherche, des études et de la statistique), par l'INSEE lui même (enquête HID), ou par l'INED (institut national d'études démographiques)... 

Le point le plus problématique est la question des origines ethniques des individus recensés. On demande en effet maintenant de préciser l'origine des parents, via l'indication du pays de naissance... Il me semble que cette information n'est en aucun cas nécessaire à l'accomplissement des objectifs du recensement. Ce point de vue est aussi celui de syndicats telles la CGT, Solidaires, et la FSU, ou d'organisations telles le mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) ou la ligue des droits de l’homme (LDH). Ainsi la LDH considère que « donner cette information de manière officielle pour des besoins d’études statistiques, c’est peut-être offrir une base pour des politiques qui divisent et qui discriminent. Si certains mouvements politiques avaient accès à ces données, ils pourraient s’en servir pour autre chose ». A la CGT, même son de cloche : « aucune politique publique ne justifie que l’origine immigrée de nos parents soit collectée dans notre bulletin individuel. Cette question présente beaucoup de dangers ». Quant à la FSU, elle indique assez justement que « cette question est un pas pour traiter différemment les personnes dont les parents sont nés en France et les personnes dont les parents sont nés ailleurs. Il n’est pas envisageable que l’origine géographique de nos parents devienne une donnée de référence pour les politiques qui nous concernent. L’égalité des droits, ce doit être pour toutes et tous. Dans le contexte politique actuel, à l’heure de la dangereuse montée de l’extrême-droite dans les têtes et dans les urnes, la FSU appelle à ne pas répondre à cette question ».

Même si l'INSEE nous garantit un anonymat dans les réponses, je partage entièrement ce point de vue et j'incite donc les lecteur du blog à ne pas répondre à cette question, qui reste heureusement facultative.

 

Crédit illustration :

Le blog de Pierette Richard
https://pierrette-richard.over-blog.com/2019/01/le-recensement.ca-prend-du-temps.html