dimanche 26 juillet 2026

ACÉTAMIPRIDE, LE GRAND MÉPRIS

Image illustrative de l’article Acétamipride

La loi d'urgence agricole, un texte validé par le sénat et l'assemblée nationale, permet d'envisager des dérogations pour l'utilisation de certains pesticides de la famille des néonicotinoïdes, dont l'acétamipride. Les néonicotinoïdes (NNI) sont utilisés pour lutter contre de nombreux insectes ravageurs des cultures en perturbant leur système nerveux. Or, cette utilisation est très controversée en raison des effets possibles ou avérés sur la santé humaine et sur l’environnement. Cela n’a cependant pas eu l’air d’affecter nos représentants outre mesure…

Côté science, il est pourtant clairement établi que les néonicotinoïdes présentent certains dangers. Le lecteur qui souhaite se faire une idée générale sur le sujet pourra consulter les pages Wikipédia dédiées aux NNI (1), particulièrement bien faites. Il existe par ailleurs des centaines de publications, donc de travaux, qui permettent de dégager de façon consensuelle le risque pour les pollinisateurs, notamment les abeilles. Même à faibles doses, en ciblant les récepteurs d'un neurotransmetteur central, l'acétylcholine, ces composés perturbent l’orientation de ces insectes, ainsi que leur capacité à se nourrir, leur reproduction et leur résistance aux maladies. L’exposition répétée à cette molécule, comme à d'autres néonicotinoïdes, peut donc contribuer à l’affaiblissement des colonies et au déclin des populations d’insectes pollinisateurs.

Ces pesticides ne touchent pas uniquement les abeilles et les insectes dits nuisibles qui constituent leur cible primaire. Ils peuvent également affecter d’autres organismes, comme les papillons, certains oiseaux et les organismes vivant dans les sols et les milieux aquatiques. Comme ils persistent dans l’environnement, ils risquent de contaminer les sols, les eaux souterraines et les rivières. Ils peuvent ainsi se diffuser dans les écosystèmes et perturber la biodiversité (2). Là aussi, même si je ne cite qu'une référence récente, il existe des dizaines et des dizaines de travaux qui vont tous dans le même sens en termes de dangerosité environnementale.

Les NNI peuvent aussi avoir des conséquences sur la santé humaine. L’exposition peut se produire lors de leur utilisation agricole, par l’alimentation ou par la contamination de l’eau. Les recherches scientifiques ont notamment étudié leurs effets potentiels sur le système nerveux, le développement et le système hormonal. Même s'il reste des zones d'ombre, plusieurs travaux ont indiqué un impact sur le système reproducteur des mammifères, avec une réduction de la spermatogenèse. Des analyses épidémiologiques montrent, chez l'Homme, l'émergence de lien entre exposition de fœtus aux NNI et dysfonctionnements métaboliques, perturbation endocrinienne, et de façon assez tranchée, retards de développement neurologique. Un lien est également suggéré, mais non avéré, entre l'apparition de certaines cancer (sein et foie en particulier) et exposition aux NNI.

Le texte de la loi d'urgence agricole révèle donc, de façon criante, le peu d'attention que nos politiques portent aux données scientifiques. Ce n'est pas la première fois que des données objectives font l'objet d'un « classement vertical » par nos représentants, au sein desquels on ne trouvera que peu de scientifiques. On trouvera en revanche, beaucoup de lobbyistes à proximité de ces représentants, et je ne crains que l'explication de nombre de nos problèmes se situe précisément là. Je rappelle ainsi le discours de certains députés, sénateurs ou ministres, comme M. Laurent Duplomb ou Mme. Aurore Bergé, indiquant sur le modèle du « TINA » cher à Mme. Margaret Thatcher « qu'il n'y avait pas d'alternative à l'usage des NNI ». C'est évidemment faux : on peut remplacer les NNI par autres produits, ou d'autres actions correctives. Je cite ici M. Hervé Jactel, ingénieur agronome, expert auprès de l’Anses, qui indiquait dès 2018 que sur plus de 152 usages agricoles des NNI en France, il existait dans 96 % des cas une solution alternative crédible. Le problème est que ces usages nécessitent des modifications de la conduite des cultures, des itinéraires techniques, plus d'investissement temps, et une plus grande complexité des moyens de lutte, ce qui est orthogonal au modèle agricole dominant, celui d'une agriculture à hauts rendements et hauts intrants, défendu par les syndicats agricoles majoritaires ou les plus virulents, très écoutés à l'assemblée et au sénat...

De même, et là possiblement davantage au niveau européen que français, des lobbyistes de tous bords remettent assez systématiquement en cause les études scientifiques. Ces lobbyistes représentent les industriels de l'agrochimie, et promeuvent une vision de l'agriculture conforme finalement à celle portée par les syndicats agricoles français majoritaires. Ainsi, après les premières alertes scientifiques et les évaluations de l’EFSA, l’industrie a soutenu auprès des instances européennes que certaines études de laboratoire ne reflétaient pas suffisamment les conditions réelles des champs et que les effets observés sur les abeilles restaient non démontrés. Un autre sujet de préoccupation concerne la transparence des données utilisées pour évaluer les pesticides. En 2023, des chercheurs ont rapporté que Bayer et Syngenta n’avaient pas transmis à certaines autorités européennes plusieurs études de toxicité neurologique qui avaient été communiquées aux autorités américaines.

Au-delà de ces éléments, et tout aussi perturbant que ce que je décris ci-dessus, il me semble que La loi d'urgence agricole est également un pied de nez majeur fait, in fine, à nos concitoyens par nos politiques. Je rappelle ici que la ré-autorisation de l'acétamipride avait fait l'objet d'une pétition citoyenne s'y opposant, sur le site de l'Assemblée Nationale en février dernier, pétition qui avait recueilli presque 500 000 signatures après qu'une première pétition, lancée en 2025 en ait recueilli plus de 2 millions. De tout cela, nos élites politiques s'en moquent...


Références :

1. Néonicotinoïde. Wikipédia.
Consultable en ligne :
https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9onicotino%C3%AFde

2. D. Pietrzak et coll. 2020. Fate of selected neonicotinoid insecticides in soil-water systems: Current state of the art and knowledge gaps. Chemosphere Sep:255:126981.

 

Crédit illustration :

Acétamipride, formule chimique.

 


mercredi 22 juillet 2026

LES ARRÊTÉS PRÉFECTORAUX,
À FORGES, RIEN À CIRER…

Dans un billet récent publié sur ce blog (1), j’expliquais comment, en juin dernier, la municipalité avait sciemment fait l’impasse sur l’application d’un arrêté préfectoral, arrêté qui interdisait la vente et la consommation d’alcool sur la voie publique… Ce refus d’application d’une directive préfectorale me semblait d’autant plus grave que les élus en charge avaient été prévenus par les élus de la minorité de l’existence de cet arrêté, sans grand effet. Il ne s'agissait donc plus, à mon sens, d'une simple erreur d'appréciation, mais d'une défaillance grave du sens des responsabilités qu'exige l'exercice d'un mandat public.

Comme si cela ne suffisait pas, la commune a remis le couvert récemment, en prenant une nouvelle fois des libertés avec un autre arrêté préfectoral, répertorié 2026-DDT-DAEF, en date du 7 juillet 2026, « portant restrictions temporaires pour la prévention et protection des forêts contre l’incendie » (2). Parmi les mesures implémentées par la préfecture, l’accès aux bois et forêts de plus de 0,5 ha était interdit au public général, mais toujours autorisé aux propriétaires et services publics. Les parcelles, mais également routes forestières et sentiers, étaient concernés.

En ce sens, les accès de tous les chemins communaux donnant accès aux espaces forestiers, comme également l’accès au bois des Touaines, auraient dû faire l’objet d’un balisage en interdisant l’entrée. De même, la rue du ruisseau dans son prolongement, qui devient un chemin vicinal, pouvait être considérée comme route forestière et son accès aurait dû être interdit.

Or, que croyez-vous qu’il arriva ? Le 7 juillet, rien. Le 8, rien. Le 9, rien… Aucune restriction affichée, rien sur le site de la mairie à ces dates… Devant l’inaction municipale, les élus de la minorité ont de nouveau saisi Madame la maire par un courriel autour du 11 juillet. De nouveau, aucune réponse de la mairie ni le 12, ni le 13, ni le 14… Le 15, miracle, un barriérage a finalement été installé rue du ruisseau, mais rien n’a été fait dans les bois ou chemins communaux… Il se trouve que l’arrêté préfectoral expirait à l’origine le 15. La barrière a donc été posée une douzaine d’heures avant le terme, et une semaine complète après émission de l’arrêté par la préfecture ! Au moins, ce barriérage aura été utile puisqu’en raison de la sècheresse et des températures toujours hautes, l’arrêté a été prorogé jusqu’au 17…

J’avoue ne toujours pas comprendre ce qui se passe, ou plutôt ce qui ne se passe pas dans la tête de nos élus. D’autant que les communes alentours, Briis, Angervilliers et Limours pour ne pas les nommer, avaient installé dès le 8 juillet de la « Rubalise » interdisant l’accès aux chemins forestiers. A Forges, encore une fois, rien de cela. Pourtant l’incendie de Fontainebleau a montré, à ceux qui doutaient, que le risque feu est bien réel. Et même, plus près de chez nous, doit on rappeler que le champ de la vallée Maréchal a récemment brulé…

Pourquoi donc cette inaction forgeoise ? Je pense qu’elle résulte de plusieurs facteurs. En premier lieu, je me demande si les arrêtés préfectoraux sont lus et compris. Ensuite, il faut agir. Or, si nos élus sont très actifs en termes de communication, ils ne le sont pas prêts à l'action. J’en veux pour preuve ce regrettable non-respect sur le terrain de l’arrêté feu de forêt alors que le site de la mairie parle à plusieurs endroits de l’attention communale à la sécurité des personnes. Je me demande donc si dans notre commune la parole publique a encore un sens lorsqu’elle n’est pas suivie d’effets. En tardant à prendre les mesures qui s’imposaient, la municipalité a encore une fois donné l’image d’une administration dilettante. Il convient ici de rappeler que le non-respect d’un arrêté préfectoral peut engager la responsabilité de la commune et de ses représentants, notamment lorsque l’inaction contribue à exposer les citoyens à un risque qui aurait pu être prévenu, avec des conséquences potentiellement lourdes pour tous...



Références :

1. Une grave défaillance du sens des responsabilités ! Ce blog.
Consultable en ligne :
https://dessaux.blogspot.com/2026/07/une-grave-defaillance-du-sens-des.html

2. Arrêté préfectoral
https://www.ville-palaiseau.fr/fileadmin/medias/Actualites/Environnement/ARRETE_RESTRICTIONS_TEMPORAIRES_PROTECTION_DES_FORETS.pdf 

 

Crédit illustration

Le feu de la vallée Maréchal. Juillet 2026. 
Document issu d'un réseau social local.

vendredi 17 juillet 2026

UNE GRAVE DÉFAILLANCE
DU SENS DES RESPONSABILITÉS !


Certains lecteurs très copains avec l’actuelle équipe municipale vont encore pleurnicher, mais je me dois de dénoncer, encore une fois, la légèreté de l’actuelle équipe municipale majoritaire. Malheureusement, sur ce coup, on pourrait même parler d’irresponsabilité plus que de légèreté. Explications.

Samedi 27 juin, s’est tenu la traditionnelle fête des Thermes, au parc du même nom. Depuis une vingtaine d’année au moins, cette fête combine ambiance musicale, défilé aux lampions, feu d’artifice ou spectacle de drones, et restauration. Cette année, alors que nous étions en vigilance canicule renforcée, et pour limiter le risque d’incendie*, il a été décidé par Madame la Préfète de l’Essonne, en date du 23 juin, l’annulation de tous les feux d’artifice et feux festifs. Cet arrêté préfectoral a été parfaitement suivi à Forges.

De façon, très surprenante, la commune s’est en revanche affranchie d’un autre arrêté préfectoral, l’arrêté 2026-PREF-DCSIPC-SIPC-1123 du jeudi 25 juin 2026, qui, je cite, portait « interdiction temporaire de consommation et de vente à emporter de boissons alcoolisées sur la voie publique dans le département de l’Essonne pendant toute la période de maintien du niveau de vigilance rouge canicule ». Selon cet arrêté, qui je le rappelle ne concerne pas les cafés et restaurants servant de l’alcool à table ou au bar, la vente d’alcool, y compris bières et cidres, aurait dû être interdite à la fois à la fête des Thermes. Il n’en a rien été.

Le lecteur pourrait arguer du fait qu’il s’agit d’un simple oubli. Mon avis est que même si nous étions dans ce cas, cet oubli aurait pu avoir des conséquences grave pour l’équipe municipale dans l’hypothèse où une consommation d’alcool excessive par des participants aurait nécessité l’intervention des secours. Or cet arrêté trouve sa raison d’être dans la surcharge de notre système de santé, soumis à des tensions fortes en cette période de canicule. Il visait donc à ne pas aggraver une situation déjà dégradée. Il me semble donc surprenant de constater qu’un arrêté émanant d’une autorité supérieure, en l’occurrence la préfecture, ait pu être traité avec autant de légèreté.

La situation est malheureusement bien plus sérieuse que celle qui résulterait d’un oubli. En effet, constatant la vente d’alcool en cours, des citoyens informés ont contacté un élu de la liste minoritaire, qui a immédiatement contacté un élu de la liste majoritaire pour appeler son attention sur ce point préoccupant. Il n’a reçu pour toute réponse qu’un propos vague, indiquant il s’agissait d’une manifestation municipale et que Madame la maire avait sans doute obtenu l’autorisation de vente. Ceci est bien sur plus que douteux, et je ne pense pas m'avancer outre mesure en disant que je n'y crois pas une seconde ! D’ailleurs, les communes alentours, dont Briis et Fontenay, avaient signalé cette interdiction à leurs habitants et s’y étaient, elles, tenues. 

Mon avis est que l’on se trouve là dans une situation de « je-m’en-foutisme » crasse. Même prévenus, les élus de la majorité n’ont pas bougé le petit doigt pour arrêter la vente d’alcool. Pourtant, la mission première d’un élu sage est la protection des personnes et des biens, et l’exemplarité. Dans cette regrettable situation, l'arrogance a pris le pas sur la responsabilité. Ce sont les citoyens qui auraient pu en supporter les conséquences. D’une façon générale, lorsqu'une équipe municipale choisit d'ignorer un arrêté préfectoral, y compris après en avoir été alertée, il ne s'agit plus, à mon sens, d'une simple erreur d'appréciation, mais d'une défaillance grave du sens des responsabilités qu'exige l'exercice d'un mandat public…

* Dont on a vu hier la matérialité lors du feu de chaume de la Vallée Maréchal.

mardi 30 juin 2026

ÉLECTIONS ANNULÉES À LIMOURS :
POUR L'EXTRÊME DROITE, C'EST CADEAU !

L'art de faire annuler son scrutrin

Comme certains lecteurs du blog le savent déjà, le résultat des élections municipales de Limours, de mars dernier, a fait l’objet d’un recours au tribunal administratif (TA) par certains membres de la liste portée par M. Tony Gomes (liste soutenue par le parti d’extrême-droite « Reconquête »). En date du 16 juin dernier, la 6e chambre du TA de Versailles a décidé l’annulation des opérations électorales de Limours, invalidant du même coup la nomination de l’équipe municipale et possiblement celle des conseillers communautaires.

Il convient de revenir brièvement sur les raisons qui ont conduit à l’annulation du scrutin, annulation qui, précisons-le, peut faire l’objet d’un appel auprès du Conseil d’État. Deux griefs sont présentés. Les plaignants indiquent tout d’abord que les présidents des bureau de vote ont, je cite le jugement du TA (1), opposé un « refus systématique et prolongé d’accéder à quatre* bureaux de vote […] aux colistiers de la liste « À la reconquête de Limours » ». Ils indiquent ensuite que « le scrutin est également entaché d’irrégularités en raison du refus opposé aux candidats de procéder à la lecture et la contresignature des procès-verbaux individuels dans chaque bureau […] ainsi que du procès-verbal global ».

En la matière, la défense des élus de l’actuelle majorité de Limours allègue que la liste conduite par M. Gomes n’ayant « ni désigné, ni notifié aucun délégué en application [..] du code électoral » implique « qu’aucun des candidats de cette liste n’était habilité à contrôler le déroulement des opérations électorales au sein des bureaux de vote ». Or, dans les considérants de son jugement, le TA soutient l'inverse, indiquant que, selon l’article L. 67 du code électoral, « tout candidat ou son représentant dûment désigné dispose du droit de contrôler toutes les opérations de vote dans les locaux où s’effectuent ces opérations » et rappelle que les « candidats [...] peuvent décider d’exercer eux-mêmes le droit de contrôler l’ensemble des opérations électorales qu’ils tiennent de l’article L. 67 de ce code, notamment par une présence permanente dans les bureaux de vote ». Il confirme que les candidats de la « liste « À la reconquête de Limours », conduite par M. Gomes, n’ont pas pu accéder à trois des quatre bureaux de vote de la commune [...] afin d’exercer leur droit » de contrôle. Il note aussi que dans deux des bureaux, les assesseurs étaient tous membres de la l’actuelle majorité (liste « Aimons Limours » portée par M. Armand Douin). Tous ces éléments constituent pour le TA une altération possible de la sincérité du scrutin, et des un motif suffisant d’invalidation de l’élection.

Notons également que l’écart des voix constatés très favorable à la liste « Aimons Limours » ne suffit pas comme argument pour démontrer la non-recevabilité de la requête d’annulation portée par la liste de M. Tony Gomes.

Plusieurs éléments m’étonnent dans cette affaire. Le premier est l’incroyable gaffe de la liste portée par M. Armand Douin, ou plutôt sa méconnaissance du code électoral. Si M. Armand Douin est novice dans son rôle d’élu municipal, il se trouvait à la tête d'une liste dont certains membres étaient des élus de longue date. Plusieurs d'entre eux, sans vouloir les offenser, n’étaient donc pas précisément des perdreaux de l’année en politique. Faut-il alors y voir les conséquences d’une certaine forme de suffisance, ou de certitude de remporter l’élection, entraînant une baisse de vigilance sur le respect des procédures ? Ou serait-ce une variation sur le mode « on a toujours fait comme cela », dont on connait les risques induits que la sociologue Diane Vaughan a théorisé sous le vocable de « normalisation de la déviance » (2) ? Tout cela est vraisemblable. En tout état de cause, cette affaire est également une piqure de rappel pour les communes alentours

Le deuxième élément de surprise est la rapidité et la précision des éléments fournis par les plaignants pour faire valoir leur droit. Il est donc loisible de penser que la liste de M. Tony Gomes a bénéficié de l’aide des structures nationales du parti Reconquête, qui fait preuve, comme toute l’extrême-droite française, d’une volonté d’installation locale de plus en plus prégnante. En la matière, la légèreté de la liste « Aimons Limours » lors des opérations électorales est un cadeau en or massif offert à un parti politique dont les positions, comme celles du RN, sont déjà très largement soutenues par des médias aux mains de millionnaires et aux ordres… ou plutôt devrais-je dire à leur botte.  

Troisième élément de surprise, aucun mot, aucune information dans les publications municipales de Limours. Les éditoriaux du maire sont totalement silencieux à ce sujet, comme s’il ne fallait surtout pas aborder cette question. Idem pour Limours magazine, dont les deux derniers numéros ne mentionnent aucunement le recours, pourtant déjà déposé à la date de leur parution. Bref, c’est motus et bouche cousue. En matière de transparence, il reste donc des progrès à faire, surtout lorsque l’on constate que l’actuelle municipalité limourienne se targue de pratiquer la démocratie participative…

Il faut maintenant attendre un éventuel appel au Conseil d’Etat. En l'absence d'appel, l'élection est annulée, il faudra revoter. Si appel il y a, et si celui-ci confirme le jugement de première instance il y a, il faudra aussi revoter à Limours, avec un résultat électoral qui pourrait voir la liste « À la reconquête de Limours » progresser, se stabiliser, ou régresser, bien malin étant celui qui prétendrait pronostiquer le résultat de ce nouveau scrutin. Il faudrait aussi possiblement revoter à la CCPL pour les désignations des présidents et vice-présidents, des élections qui ont été elles-mêmes entachées d’irrégularité, cette fois du fait d’un personnel communal forgeois. Bref, tout cela laisse  présager un beau pataquès

* le TA estimera que l'accès a été refusé à 3 des bureaux et non pas 4

 

Références : 

1. Décision 2603603 - TA Versailles - 6e chambre. Audience du 4 juin 2026,  mise à disposition au greffe, 16 juin 2026.

2. Sarah Lemay. La normalisation de la déviance. La gazette de la Mauricie. Février 2024.
Consultable en ligne :
https://gazettemauricie.com/la-normalisation-de-la-deviance/ 

 

Crédit illustration :

Dessin de Cambon pour « la lettre du cadre territorial »

mardi 23 juin 2026

A FORGES, LA CHALEUR ARRIVE, MAIS L’ANTICIPATION RESTE AU FRAIS !




r/enseignants - Je pense à vous :( (@GrosPascal)


Il n’aura échappé à personne que nous connaissons depuis quelques jours une chaleur très en dehors des moyennes météorologiques de la saison. Depuis deux jours, nous sommes même en vigilance canicule, les températures dépassant allègrement 34° de jour et 20° de nuit. Cette situation implique de prendre quelques dispositions au niveau municipal. Si le recensement des personnes âgées les plus fragiles a été mis en place, et si je ne doute pas que ces personnes soient appelées ou visitées au moins une fois par jour, du côté des écoles, la situation semble avoir au moins en partie relevée de l’improvisation la plus totale…

Je n’en veux pour preuve qu’un message provenant de la mairie de Forges. Ce message indique que, je cite, « au vu des températures élevées annoncées pour lundi et mardi, il est recommandé aux familles qui en ont la possibilité de venir récupérer leur enfant avant le déjeuner ». Il est précisé « afin de faciliter l'organisation des services, nous vous remercions de bien vouloir procéder à la désinscription de votre enfant des temps concernés [et] informer l'enseignant ainsi que le service scolaire de votre choix ». Sur le principe, rien de critiquable, au contraire. Ce qui est critiquable, en revanche, c’est la date de rédaction et de réception, puisque la missive a été écrite le vendredi 19 par Mme la maire et l’adjointe au scolaire, et reçu par les parents en fin de journée, après redirection par la directrice d’école et le périscolaire… Or, il suffit de s’intéresser un peu à la météo pour remarquer que différents modèles prévisionnels indiquaient dès mardi 16 juin, et pour certains même dès lundi 15 juin, soit 5 jours avant, un épisode caniculaire intense pour les journées des 21, 22, 23, 24 et possiblement 25 juin. Est-ce que cela a inquiété en mairie ? Apparemment non !

Autre élément de la légèreté municipale, il est demandé aux parents, sur les sites d’information de Forges, la désinscription des enfants ne restant pas à la cantine, mais il est aussi précisé au sujet de celle-ci que « les délais ne permettent plus d'annuler les repas auprès d'Yvelines Restauration. Ainsi, si votre enfant ne déjeune pas au restaurant scolaire, le repas restera facturé ». On est d’accord que l’on est bien là dans du foutage de gueule, non, et ce pour deux raisons. La première est que la désinscription est demandée par la commune, et que la notification tardive aux parents lui est totalement imputable. La seconde est qu’il serait possible à la commune de prendre en charge le coût des repas commandés et non utilisés, sans que cela ne grève le budget de façon irrémédiable. Mais pas à Forges ! En ce sens, l’équipe municipale tient parole. Elle avait annoncé dans son « non-programme » de campagne que son objectif était de continuer, et effectivement, promesse tenue, elle continue dans un dilettantisme avéré. Regrettable ! 

 

Note ajoutée le 26/06 :

Comme pour me donner raison, et je l'en remercie, Madame la maire a remis le couvert. Hier, jeudi 25 juin, des parents d'élèves ont reçu un message de sa part vers midi, indiquant que le périscolaire le soir fermait à 18H00 « en raison des fortes chaleurs ». Il est donc demander aux parents de prendre les dispositions qui s'impose, sous-entendu de récupérer leur enfant avant 18H00. Or, cela fait au moins 5 ou 6 jours que l'on disposait des prévisions météos, et quel que soit le modèle utilisé, toutes prédisaient autour de 38 à 40° à Forges les 24, 25 et  26 juin. Fallait-il attendre le 25 à midi pour s'en rendre compte et agir ? Ou est-on bien en plein je-m'en-foutisme ? 

 

Crédit illustration :

Dessin de Pascal Gros, vu sur :
https://www.facebook.com/lesdessinsdegros/
(publié avec l'aimable autorisation de l'auteur que je remercie ici)



mardi 19 mai 2026

UNE HISTOIRE DE FASCINES


 Dans un article récent, je parlais du baratin auquel la réélection de l’équipe municipale allait nous exposer. Il n’aura pas fallu attendre trop longtemps pour en constater les premiers éléments. Ceux-ci portent sur la pose de fascines en bout de champ, rue du ruisseau et rue d’Adélaïau…


Les fascines sont des structures en général composées de branchages enchevêtrés, maintenus en position par des piquets enfoncés dans les sols. Elles ont pour objectif de réduire la vitesse de ruissellement de l’eau, permettant ainsi de limiter les ravinements sur les sols agricoles, et la disparition de ces sols. Elles sont également, dans les endroits sensibles à ce phénomène, en capacité de limiter l’érosion éolienne, dans les cas où les sols sont particulièrement légers. Elles sont donc primairement des dispositifs de lutte contre l’érosion, et non pas des dispositifs de lutte contre les inondations.

A Forges, la pose de ces fascines a été effectuée voilà peu. Après 6 ans sans action, et en lien avec des questions évoquées lors des réunions publiques pré-électorales, la question des coulées de boues d’origine agricole avait « réémergé », si je peux me permettre ce qualificatif en la matière. Coïncidence ou non, en février, la municipalité avait fait poser deux fascines aux endroits mentionnés plus haut, le tout comme à son habitude à grand renfort de communication. Or, puisque la commune vantait la concertation avec les habitants, je suis rapproché de certains d’entre eux qui m’ont indiqué ne jamais avoir été contactés… Ce ne serait pas la première fois que la mairie nous baratine à ce sujet. Je rappellerai ici la soi-disant concertation sur l’éclairage public, ou une soi-disant commission ouverte, ou plutôt entrebâillée, réservée finalement à quelques amis et proches soigneusement choisis.

Passons sur ce qui précède, car le véritable problème est que ces deux fascines n’auront sans aucun doute - et en l’état - qu’une efficacité limitée. Cet avis est motivé par plusieurs observations. Tout d’abord, la menace constatée sur ces deux sites n’est pas la seule arrivée de boue, c’est également une arrivée d’eau massive en provenance du bassin versant. Or, si la fascine peut dans certain cas limiter la vitesse d’écoulement des eaux, elle ne peut en limiter le volume qu'à la marge telle qu’elles sont posées à Forges. L’eau provient en effet, comme je l’écris ci-dessus, de tout le bassin versant, et elle se déverse par un linéaire bien plus important que celui de la fascine. À Adélaïau, par exemple, l’eau arrive en quantité par le chemin rural, mais aussi par le champ situé au-dessus de la ferme, et également par des ruissellements dans la rue de Launay, en direction du hameau de Launay-Maréchaux. La longueur active de la fascine est de 15 m environ, la verse de l’eau s’effectue, elle, par un linaire de 220m environ. On peut faire un constat similaire pour la fascine posée rue du ruisseau. 

Deuxième problème, pour que les fascines soient efficaces, il faut en poser de multiples, à différents endroits des bassins versants, comme illustré de façon schématique dans le document ci-dessus. L’idée est de limiter l’arrivée de l’eau en plusieurs endroits, à plusieurs niveaux, et éventuellement de la détourner des secteurs de la commune à protéger. Ce point illustre toute la difficulté qu’il y a à se protéger des ruissellements d’origine agricole, dans un « paysage » (au sens écologique du terme) où les structures qui permettaient de limiter fortement ces écoulements ont disparu. J’entends par là qu’une lutte efficace contre les ruissellements d’origine agricole inclurait la pose de novo de haies sur la totalité du bassin versant, ainsi que la recréation des noues et des fossés. Tous ces aménagements sont orthogonaux avec l’agriculture intensive qui repose en grande partie sur le machinisme agricole et l’ouverture des surfaces cultivées. En disant cela, il me faut être clair. Je ne jette pas la pierre aux agriculteurs qui sont, pour nombre d’entre eux, les victimes bien avant d‘être les acteurs d’un système de culture à haute intensité. Le problème est que ce mode de production induit des impacts environnementaux forts, dont les ruissèlements que nous observons dans notre commune ne constituent que la partie émergée de l’iceberg…

 

Crédit illustration :

Photo personnelle et https://www.grandsitesaintevictoire.com/actualites/des-fascines-en-pins-dalep/

jeudi 7 mai 2026

À FORGES, C’EST REPARTI POUR QUELQUES ANNÉES DE BARATIN !



Les élections municipales ont vu de nombreuses équipes réélues dans la communauté de communes du pays de Limours. Forges n’échappe pas à la règle, puisque l’équipe en place a été reconduite, malgré un bilan factuellement négatif et une très forte abstention. Analyse.

L’équipe municipale de Forges sur le mandat 2020-2026 s’est illustrée par un dilettantisme certain, un mépris constant vis-à-vis de certains Forgeois, et un nombre assez incroyable de bêtises en tous genres, voire d’irrégularités possiblement répréhensibles. J’ai listé certains de ces évènements dont dans deux articles récents (1,2). Cela n’a pas empêché sa réélection, face à une liste concurrente. Une des raisons que l’on peut mettre en avant est le fait que ces errements multiples ont été efficacement masqués aux yeux des Forgeois par une communication outrancière, parfois mensongère, mais finalement payante. En s’appropriant des réalisations qui ne sont pas les leurs, en organisant un battage médiatique autour d’autres réalisations qui ne relèvent que de l’activité normale d’une municipalité, l’équipe en place a mis en place la stratégie « trumpienne » du « flood the zone ». Comme je l'écrivais plus tôt, dans un autre billet, le but poursuivi ici est de « garder la maitrise de l’agenda de communication, et de distraire ... l’opposition politique et l’opinion publique de sujets importants possiblement défavorables au pouvoir en place. On est là dans une confusion entretenue entre communication et gouvernance ». Au niveau communal, la municipalité en multipliant les communications, a donné l’impression qu’elle agissait, distordant ainsi la réalité. Je rapproche cet élément de l’analyse faire par M. Paul Watzlawick qui écrivait dans un de ses ouvrages que l’on peut considérer  « qu’il existe différentes versions de la réalité, dont certaines peuvent être contradictoires, et qui sont toutes des effets de la communication, non le reflet de vérités objectives et éternelles » (3).

Le deuxième élément assez paradoxal, en regard des résultats électoraux, est la différence flagrante entre programmes des listes en présence. Du côté de la liste réélue, le programme minimaliste, consistait surtout à dire « on continue ». On continue à quoi, mystère ? La liste d’opposition, elle, présentait un programme très structuré, novateur et par certains aspects ambitieux. Les résultats montrent que celui-ci n’a pas suffisamment retenu l’attention d’une majorité d’électeurs. Une des explications est que les programmes proposés ne semblent pas être décisifs dans le choix des électeurs, au niveau municipal au moins. Il me semble, et n’y voir là qu’une impression, que cela traduit deux éléments à prendre en compte. Le premier est probablement l’inquiétude vis-à-vis du changement, que l’on peut traduire sous le vocable connu de « prime au sortant », autrement dit « on sait ce que l’on a, et pas ce que l’on pourrait avoir ». Le second est que du moment que les trottoirs sont balayés, et qu’il ne s’est rien passé de grave dans la commune, une majorité de Forgeois se contente finalement de la situation. En ce sens, malgré les constats faits, l’absence d’une véritable opposition lors de la mandature précédente a pesé sans doute très lourd, en renforçant l’impression - fausse - que tout se passait normalement dans cette commune, loin de la « réalité objective » mentionnée plus haut.

Cette analyse quelque peu désolante doit cependant être pondérée par deux autres éléments. Le premier se trouve dans les résultats somme toute encourageants obtenus par la liste d’opposition, constituée en partie de Forgeois de fraîche date, très insatisfaits du fonctionnement municipal, rejoints en cela par plus de 600 électeurs. Le second, plus significatif à mon sens, est le volume de l’abstention, puisqu’un peu plus d’un inscrit sur 2 seulement s’est donné la peine de voter. Il s’agit d’une tendance globale au niveau national, sans doute significative d’un désintérêt de la politique, certains de nos concitoyens ayant d’autres priorités, voire d’autres urgences telles que des fins de mois à boucler. Il peut aussi s’agir non plus d’un désintérêt, mais d’une méfiance, d'une défiance, sur le mode connu du « tous pourris », ou « cela ne changera rien pour moi ». 

La vision décrite ci-dessus est erronée car c’est au niveau local que beaucoup de choses se jouent. Je pense en particulier au soutien aux plus fragiles, aux plus faibles, ceux que l’actuelle municipalité ne semble pas considérer comme des vrais Forgeois… Une éventuelle réduction du budget social de la commune pourrait très fortement les affecter. De même, l’absence de concertation avec les habitants, tout en faisant croire l’inverse, qui a été un des marqueurs communaux des années passées, pourrait bien perdurer. Il reste, si l’on veut faire bouger les curseurs, à comprendre comment mobiliser ceux que j'appellerai « les découragés de la politique ». L’enjeu est important, surtout à l'approche d’échéances électorales critiques, où l’on pourrait voir arriver aux affaires des extrémistes droitiers, à « coloration » raciste, xénophobe, et antisociale. En ce sens, la réélection à Forges d’une équipe qui s’est construite contre l’accueil de migrants et en défilant aux côtés du FN de l’époque, est un signal localement particulièrement inquiétant (4).



Références :

1. Les petits et gros mensonges du mandat 2020-2023 (1). Ce blog. Consultable en ligne.
https://dessaux.blogspot.com/2026/02/les-petits-et-gros-mensonges-du-mandat.html

2. Les petits et gros mensonges du mandat 2020-2023 (2). Ce blog. Consultable en ligne.
https://dessaux.blogspot.com/2026/03/les-petits-et-gros-mensonges-du-mandat.html

3. Paul Watzlawick. La réalité de la réalité. Le Seuil, éditeur. 1976.

4. Le Parisien revient sur l' épisode des migrants hébergés à Forges. Ce blog. Consultable en ligne.
https://dessaux.blogspot.com/2024/03/le-parisien-revient-sur-le-penible.html



Crédit illustration :

Dessin original de Deligne :
https://www.urtikan.net/dessin-du-jour/presidentielles-2012-vers-un-record-d-abstentionnistes/
Publié à l'origine via Urtikan.net, et ici avec l'aimable autorisation de l'auteur, que je remercie vivement.

jeudi 12 mars 2026

CACHEZ CES PANNEAUX
QUE JE NE SAURAIS VOIR !


 

Un très court billet pour m’étonner de la disparition des panneaux électoraux des endroits où ils se trouvaient habituellement installés dans notre commune…

Dans quelques jours, les élections municipales ! J’ai un espoir, minime mais réel, de voir l'actuelle liste municipale battue, afin que notre commune retrouve de l’air, de la joie, de la motivation et surtout un traitement équitable des citoyens et des associations. J’ai en effet suffisamment dénoncé ici les agissements lamentables de l’équipe actuelle pour me dire qu’à quelques jours des élections, on avait maintenant tout vu. Mais non !

Denier gag en date, donc, le déplacement des panneaux électoraux des endroits où ils étaient habituellement installés. L’intérêt de ces panneaux est d’informer la population de la tenue des élections, et de présenter, certes de façon très succincte (en général une affiche d’un format contraint), les listes ou candidats en présence. Bref, j’y vois un élément de démocratie locale, sans doute très formel, mais néanmoins indispensable. En général, les panneaux sont installés de façon visible, informative, au centre des bourg ou à proximité de lieux où les citoyens se promènent et où ils sont susceptibles d’être vus. En général… Car, lors de cette campagne, les règles ont changé. Si quelques panneaux sont restés disposés dans des endroits visibles (écoles et place du Gal. Leclerc par exemple), certains ont été déplacés et rendus quasiment invisibles. C’est le cas du panneau qui se trouvait à l’entrée de la mairie, rue du Dr. Babin, qui a tout simplement disparu. Il semblerait qu’il soit maintenant positionné rue de l’église, quasiment en face d’un autre panneau électoral d’ailleurs ! Lors de mon passage, l’un des deux était en partie caché par une poubelle. Je me demande cependant pourquoi en mettre deux, l’un face à l’autre…


La situation est encore bien plus cocasse dans les hameaux
. En général, comme je l’expliquais plus haut, on les place au centre des hameaux. Ces derniers jours, l’usage a changé. À Chardonnet (photo ci-dessus), le panneau est à la sortie ouest du hameau, quasiment dans les champs. À Ardillières (photo ci-dessous), au lieu d’une installation sur la placette centrale, il est maintenant accolé à la dernière maison du village, à un endroit où personne ne s’arrête. Le summum est atteint à Bois d’Ardeau (photo d'illustration, en haut de page), ou le panneau est installé au milieu de nulle part, quasiment sous le pont de l’autoroute… 

Je me demande quelles sont les motivations de l’équipe en place, puisque le positionnement de ces panneaux est décidé par le maire, mais j’ai quand même l’impression qu’il s’agit d’une tentative partielle d’invisibilisation… Alors que dans le même temps Madame la maire et son équipe se gausse d’une soi-disant transparence. Encore une fois, aujourd’hui comme au cours des 6 dernières années, il y a un monde entre ce qui est dit et fait dans cette commune. Espérons simplement que ce triste épisode se termine dimanche prochain !


jeudi 5 mars 2026

LES PETITS ET GROS MENSONGES DU MANDAT 2020-2026 (2)


L'effort de décryptage des propos de l'équipe en place, relatifs à son bilan, se poursuit, avec sans doute la partie la plus croustillante du programme. En effet, le discours le plus décalé de la réalité - pour rester politiquement correct - et le plus caractéristique de l’autosatisfaction dont font preuve Mme Martin et ses co-listiers, reste celui qui concerne les associations. 

Pour aborder cette question , je procède ici comme précédemment : les propos de l'équipe en place apparaissent en italique, les miens en caractères droits.

Le premier chantier a été de mettre en place un traitement transparent, ouvert et équitable des demandes de subventions fondé sur un document commun renseigné par chaque association requérant une subvention.

Le traitement évoqué n’a malheureusement jamais été transparent. Pendant tout ce mandat, les demandes de nombreuses associations forgeoises se sont trouvées confrontées assez systématiquement à des non-réponses, ou à des refus d’explications. Un clientélisme certain, pour ne pas parler de ségrégation, existe aussi : ainsi selon le quartier de Forges où vous habitez, vous disposerez ou non de tables et de barnum municipaux pour une fête des voisins. Selon que vous appartenez à telle ou telle association, vous disposerez pour l’année des clefs pour accéder à la salle municipale ou non, et selon l'association à laquelle vous appartenez, vous aurez la possibilité ou non d’organiser des actions dans les fêtes locales susceptibles de vous fournir un soutien financier… La version actuelle de, je cite, « la transparence et l'équité » !

Le montant global affecté à ces subventions a été maintenu en dépit des contraintes budgétaires et que des subventions de projet ont été mises en place : elles permettent de financer une action exceptionnelle d’une association en direction des Forgeois. 

C’est faux, et c’est donc un mensonge. Le montant des subventions aux associations a été sensiblement réduit au cours de la mandature. L’analyse financière des données budgétaires publiques, montre que ces subventions sont passées de 64 000 euros environ en 2020 pour le dernier budget voté par la mandature précédente, à 15 900 euros en 2025 environ, auxquels s’ajoutent 8 700 euros environ au titre des subventions conditionnelles. Celles-ci sont liées aux soi-disant « actions exceptionnelles » en direction des Forgeois, alors que celles-ci relèvent le plus souvent de l’action normale de l’association. En rendant exceptionnel ce qui devrait être a priori la norme, la commune choisit donc délibérément de réduire encore plus les subventions versées.  Et même si je prend en compte les subventions anciennement attribuées à la MCL, on constate que les subventions aux associations ont été divisées par deux environ en 6 ans ! 

Un cadre de partenariat a été proposé avec un engagement réciproque municipalité – association : il décrit des règles générales et communes de fonctionnement, sans pour autant être rigide pour s’adapter aux spécificités.

De nouveau, des propos inaudibles ! Tout d'abord, ce cadre de partenariat a été rejeté massivement par les associations. Elles ne l’ont pas signé en raison de l’existence de clauses léonines, voire illégales, que l’actuelle municipalité a pourtant tenté d’imposer, même après que l'on en ait fait la remarque. Ces clauses introduisaient en effet un déséquilibre majeur entre les obligations des uns et des autres, et introduisait de facto un asservissement du monde associatif forgeois au bénéfice des actions de la municipalité. Par ailleurs, plus fondamentalement, ce cadre induisait un risque indirect majeur, celui de donner à la commune autorité pour s’immiscer dans les règles de fonctionnement des associations.

Au-delà des subventions dont nous avons déjà parlé, de nombreuses ressources communales sont mobilisées. Les salles bien entendu dont les heures d’ouverture ont sensiblement augmenté sur ce mandat, avec une optimisation des créneaux (y compris l’extension de leur ouverture sur des périodes de vacances quand cela est possible) pour répondre à la forte demande, ce qui implique le partage des salles plutôt que les espaces réservés à une seule activité.

Là on nage dans l’Orwellien, dans une réalité alternative, un autre monde. Dans les faits, la municipalité a fermé au cours de ce mandat 500 m2 environ d’espaces associatifs. Je les liste : salle polyvalente parties haute et basse, ancienne AMM, salle multi-usage de la maison des associations, et salle de réunion de la maison des associations. Emblématique de la considération de l'équipe de Mme Martin, la maison des associations a d'ailleurs débaptisée. Ces divers changements ont pour conséquence l'entassement de nombreuses associations dans les mêmes locaux, mais en proposant des horaires inadaptés. Ou plutôt, devrais-je dire, en imposant ces horaires ! Certaines associations ne disposent pas toujours des créneaux d'ouverture des salles pour leur année d'activité. De plus, cette municipalité n’a pas hésiter à donner des priorités d’usage à des associations extérieures à la commune, au détriment des associations forgeoises, et ce, encore une fois, dans l’opacité la plus totale !

La municipalité a également ouvert les événements communaux à un plus grand nombre d’associations (fête de la Châtaigne, de la musique, de la Saint Patrick, Olympiades, Journées du Patrimoine, Brocante, Forges Rose, Téléthon…), favorisé la mutualisation des moyens et de projets entre associations.

Le discours sur la facilitation de l’activité associative sera clairement mal perçu par les associations. Dois-je par exemple rappeler les propos méprisants tenus par des représentantes de la commune aux présidentes et présidents d’associations lors d’une réunion dédiée aux subventions ? Des élues actuelles les ont quasiment traités d’irresponsables. Dois-je parler de l’absence de formules de politesse sur des courriers municipaux, dont certains ont d’ailleurs été signés par une élue forgeoise alors même qu’elle été décédée ? Plus grave, dois-je évoquer ici les menaces écrites de Mme la maire sur la possibilité de décider du devenir de matériels associatifs, de la volonté d’évincer deux associations des locaux qu’elles occupaient en dépit de l’existence d’une convention d’occupation ? Dois-je aussi rappeler les propos quasiment insultant adressés par des élus de l’actuelle équipe municipale sur un réseau social, visant des responsables associatifs ? Tous ces documents et témoignages concernent des actes dont certains sont pénalement répréhensibles. Ils sont conservés bien entendu par les intéressés et ils constituent autant de preuves des mensonges de la municipalité dirigée par Mme Martin sur la façon dont l’activité associative est soi-disant « soutenue » à Forges.

Pour terminer ces deux articles sur le sujet du « bilan » de l'actuelle équipe, il convient de dire que l’incurie municipale et les contre-vérités qu'elle a propagées sont telles qu’il faudrait sans doute un livre entier pour tout démonter. Il convient aussi de rappeler ici les irrégularités commises par des élus municipaux, à plusieurs reprises. J’ai évoqué plus haut les clauses léonines du fameux contrat de partenariat (entendez, à mon sens, de mise sous tutelle) « proposé » aux associations, et les menaces de disposer de leur matériel au cas où elles n’obéiraient pas aux injonctions communales. Ce dernier point, si les menaces municipales avaient été mises en oeuvre, aurait fait l’objet d’une action en justice car la jurisprudence administrative - notamment celle du Conseil d'État - rappelle régulièrement que les collectivités doivent respecter la personnalité juridique et l’autonomie patrimoniale des associations.

Certaines autres infractions commises par l’équipe en place sont mineures, d’autres constituent des fautes lourdes. Je citerai ici le rajout à l’ordre du jour de conseil municipaux de points nécessitant un vote. C'est évidemment illégal, mais cela n'a pas empêché Madame la maire de le faire. Tout au plus peut-on rajouter un point n’ouvrant pas lieu à délibération, à titre d’information, sous réserve de l’acceptation des membres du conseil. Ma réaction a été d’informer le contrôle de légalité en Préfecture qui m’a donné raison. Conformément, là aussi, à la jurisprudence constante du Conseil d’État, le vote était irrégulier et la Préfecture a demandé une nouvelle délibération du Conseil municipal de Forges. Sans lien, mais plus grave, au moment des élections législatives, des membres et proches de l’actuelle municipalité et  ont tenté de refuser l’accès d’un délégué des candidats à certains bureaux de vote forgeois, sur le mode « t'as rien d'autre à faire qu'à nous emmerder ?». Ce routier de la politique ne s’est pas laissé faire, mais on a là frôlé l’incident qui aurait pu conduire, très éventuellement, à l'annulation du scrutin dans notre commune ! Ajoutons à la liste des hautes œuvres de l’actuelle équipe, Madame le maire en tête, le refus de prêter une salle à une association au motif que ses activités seraient politiques ! Cela aura pu aussi lui valoir une condamnation administrative, le motif politique ne pouvant constituer un argument valide de rejet de prêt de salle. La jurisprudence est constante à ce sujet, et conforme là aussi à l’avis du Conseil d’État.

Les deux plus gros couacs de la mandature doivent maintenant être exposés. Le premier a concerné le refus d’un des élus forgeois, président d’un syndicat intercommunal, de présenter le budget syndical, en entravant ainsi le fonctionnement. Il s’agit, bien sûr, d’une faute très lourde. Dans cas, il a incombé au Préfet de saisir la chambre régionale des comptes. La Préfecture a alors pris alors la main sur le fonctionnement financier du syndicat, qui s’est empressé de se débarrasser de l’inconvenant président forgeois. Madame la maire, qui était également membre des délégués, a tenté de renvoyer la faute sur une autre personne, en l’occurrence un des représentants forgeois, élu d’opposition… Inutile de dire qu’un niveau intercommunal, et suite à l’incurie de l’élu de Forges qui présidait, notre commune a été la risée de communes alentours. 

Enfin, « last but not least », le second gros couac qui traduit l’inconséquence de certains de nos élus communaux, a été la tentative de Madame la maire de refuser une date de mariage proposée par des Forgeois, au motif que celle-ci ne lui convenait pas. Ce refus est bien sur totalement illégal. De plus, les adjoints comme les conseillers municipaux, ces derniers sous conditions, peuvent procéder aux mariages. Il ne s'agit en aucun cas d'une prérogative du seul ou de la seule maire.  Il faut donc savoir qu'un élu ne peut en aucun cas refuser une date de mariage du moment que celle-ci n'est pas un jour férié ou un dimanche. Le choix de l'heure, lui doit a priori être décidé d'un commun accord. Les futurs époux ont indiqué à Madame la maire qu'ils pourraient donc saisir le procureur de la République, ce qui l'a conduit à céder. Cette dernière, mauvaise perdante, a tenté de « se venger ». Elle a tout d'abord imposé une heure de cérémonie très défavorable aux mariés, heure qui n'a donc pas été choisie de concert. Elle leur a aussi élégamment indiqué que leur mariage ne serait pas annoncé dans le journal local ! Quelle classe, et au delà, quel sens remarquable du service public ! En tout état de cause, ce refus, qui aurait constitué une voie de fait, aurait pu exposer la maire à une condamnation, et à des dommages et intérêts.

Je n’ai fait qu’un tour d’horizon restreint des errements municipaux, du dilettantisme de plusieurs élus, du « je-m’en-foutisme » de certains autres… Surtout, j’ai tenté, ici comme dans tous les articles de mon blog concernant Forges, de dénoncer, au plus près de la vérité, ce qui ne va pas dans notre commune, toutes les exagérations, toute l’autosatisfaction, tout le manque d’écoute et l’entre-soi des élus actuels. Il me semble que les élections municipales qui arrivent sont le bon moment pour que cela change. Or, pour que notre commune retrouve un fonctionnement plus harmonieux, plus équitable, plus transparent, plus ouvert, et tout simplement plus juste, il faut donc faire perdre la liste municipale actuelle. Sinon perdureront les passe-droits, les copinages, la com à outrance, les petits et gros arrangements avec les faits, et surtout le mépris érigé en mode de gouvernance ! Aujourd'hui, « ya basta ». 

 

Crédit illustration :

Montage à partir du dessin de Zdenek Sasek sur Dreamstime.com 

 

vendredi 27 février 2026

TECHNO-FASCISME ET
« GÉNÉTIQUE DU QI »




Je publie ici un résumé d'un billet transmis par mes collègues du collectif Rogue ESR qui examinent les dérives potentielles du « tout QI », et ses implications politiques et sociétales. Le texte que j'ai condensé critique l’usage politique et idéologique de la génétique du comportement, en particulier l’idée selon laquelle l’intelligence — mesurée par le quotient intellectuel (QI) — serait largement déterminée par les gènes et pourrait être optimisée par des technologies de sélection embryonnaire. Les auteurs soutiennent que cette vision est scientifiquement fragile, mais qu’elle sert aujourd’hui de support à une idéologie eugéniste renouvelée. Celle-ci est liée à certaines élites technologiques et à des courants politiques autoritaires, souvent très proches de l'extrême droite.

« Have your best baby » et « IQ is 50% genetic » ne sont pas des slogans de science-fiction : ce sont les arguments publicitaires de Nucleus Genomics, une startup de sélection embryonnaire américaine... Sur son site, on peut d'ailleurs lire ce qui suit : « Choisissez en toute connaissance de cause », « triez, comparez et choisissez vos embryons en fonction de ce qui compte le plus pour vous », ou « Nucleus propose plus de 900 analyses génétiques portant sur les cancers, les maladies chroniques, l’apparence, les capacités cognitives et la santé mentale »...

A partir d'ici, le texte est largement issu du site Rogue ESR mentionné plus haut. Mes annotations, compléments et reformulations apparaissant entre crochets.

L’idée que nos gènes seraient le « plan directeur » de notre intelligence, et qu’il serait possible d’améliorer ses enfants par la technologie, se répand dans la sphère publique sous diverses formes : retour du darwinisme social aux États-Unis [et dans plusieurs pays européens], projet de loi français sur la bioéthique et, à un autre niveau, proposition de référentiel de compétences des enseignants. Si nous consacrons ce billet analytique à ce sujet, c’est que l’émergence de cet eugénisme libertarien est un élément constitutif de l’alliance entre technophilie libérale et extrême-droite ethno-nationaliste [1].

Une extrême-droite hybride se constitue en effet à l’échelle globale sur le modèle de l’alliance trumpiste : milieux d’affaires libertariens de la Silicon Valley et paléo-conservateurs. Cette coalition unit l’électorat MAGA (fondamentaliste, suprémaciste, nativiste, climato-négationniste...) à des figures comme Musk et Thiel, associées au transhumanisme et au [contrôle technologique autoritaire]. L’obsession partagée pour le quotient intellectuel (QI) et la génétique du QI constitue l’un des ciments de cette alliance [2]. [Ainsi,] « low-IQ individual » est l’insulte favorite de Trump, avec une dimension suprémaciste quasi-systématique, lancée [par exemple contre le maire de New-York], contre Kamala Harris, les Somalis ou les athlètes afro-américains. Au contraire, Trump aime à faire l’éloge de ses alliés de la Tech en soulignant leur « high-IQ ». [Sans surprise, d'ailleurs], le fétichisme du QI s’est installé de longue date comme sous-culture à Stanford et dans la Silicon Valley [...]. Pour ne donner que deux exemples, William Shockley, pionnier de la Silicon Valley et inventeur du transistor, défendait au début des années 1980 l’idée de verser 1 000 dollars à celles et ceux dont le QI serait inférieur à 100, en échange de leur stérilisation. Jeffrey Epstein, mécène du Media Lab du MIT et promoteur de stars du monde techno-scientifique, avait le projet d’« ensemencer la race humaine avec son ADN » en fécondant vingt femmes dans sa ferme du Nouveau-Mexique.

Face à l’absorption de larges pans de l’ancien « cercle de la Raison » au sein d’une extrême-droite hybride [3], l’obsession de la génétique du QI mérite toute notre attention : elle fonctionne comme un signal de radicalisation, caractéristique du basculement [de certaines élites, y compris] de libéraux progressistes qui se revendiquent du scepticisme, voire du rationalisme, vers [les pires dérives que le totalitarisme ait porté par le passé].

[Il convient ici de définir quelques termes des sciences biologiques et des sciences sociales]. L’héritage, c’est ce que les générations se transmettent : la langue, les habitudes, le patrimoine, le réseau social, les livres sur les étagères. L’hérédité désigne la transmission biologique. « Avoir deux yeux » est une caractéristique héréditaire. L’héréditarisme est la théorie selon laquelle les caractéristiques physiques et sociales des individus, dans les sociétés humaines, sont principalement déterminées par leurs gènes. L’héritabilité, c’est autre chose : c'est une mesure statistique définie à l’échelle d’une population. L’héritabilité quantifie [au sein d'un population] le degré d’association entre les variations génétiques et les variations d'un [trait ou caractère donné]. L’héritabilité ne mesure ni la part causale des gènes par rapport à celle de l’environnement, ni une [éventuelle] contribution génétique, mais seulement une corrélation statistique dépendante d’un contexte donné que l’on appelle l’environnement. Il peut s’agir de l’environnement physique mais aussi, chez l’humain, de l’environnement social : la culture, les institutions, l’état de la société, les politiques publiques au moment où l’héritabilité est mesurée.

[Il ressort de ce qui précède que chez l'humain], les variations génétiques ne sont pas indépendantes des variations environnementales : elles sont biaisées par la structure sociale et la transmission parentale non génétique (typiquement, les parents transmettent leur langue). La stratification sociale organise [aussi] l’accès différentiel aux ressources (éducation, santé, nutrition, sécurité, capital culturel) selon la position sociale. Pour l’illustrer simplement, l’héritabilité mesurée pour la réussite scolaire dans un contexte donné, changera dès lors que l’on changera le système scolaire. Utiliser l’héritabilité pour guider une politique scolaire est donc un non-sens scientifique. Ce serait comme utiliser une balance dont l’étalonnage changerait à chaque fois qu’on modifie ce qu’elle pèse : la mesure ne peut pas guider l’action qui la rend caduque.

[Pour revenir à des éléments encore plus concrets], les traits humains comme l’intelligence ou la réussite éducative ne sont pas des entités bien délimitées comme « avoir deux yeux ». [La situation est donc complexe] pour l’intelligence, puisqu’il est douteux que le quotient intellectuel (QI) utilisé pour estimer l’héritabilité, mesure véritablement cette chose qu’on appelle intelligence, dont la définition ne fait consensus, ni en psychologie, ni en neurosciences. Le score du test de QI était au départ une mesure destinée à détecter des élèves en difficulté scolaire. Ce score dépend d’un grand nombre de facteurs, dont certains sont [directement] liés à des propriétés cognitives (comme la fluence verbale ou les représentations dans l’espace), et d’autres indirectement (comme la motivation à faire le test ou l’absence à l’école à cause d’une maladie).

[Alors, pourquoi voit-on au sein de l'extrême droite américaine ressurgir ces notions dévoyées d'héritabilité du QI ? Il semblerait que] l’effet recherché par les héréditariens avec ce type de bouillie pseudo-scientifique soit invariablement la suppression de politiques de solidarité avec les plus pauvres. [Pour certains], la génétique servait à nier qu’une différence entre groupes puisse être d’origine sociale afin de supprimer les programmes sociaux à destination des populations racisées. Les conservateurs s’en servent aujourd’hui pour promouvoir la déséducation et l’édu-scepticisme [4] sur le thème : « l’école ne fait pas de différence car la réussite scolaire est avant tout génétique. À quoi bon financer autre chose que des garderies ? ». [Certaines variantes ciblent] les individus plutôt que les groupes et prétendent les aider, mais l’argumentaire pseudo-scientifique - l’origine des inégalités est en grande partie naturelle - comme les conclusions - l’austérité pour les politiques publiques - sont identiques.

En définitive, l’alliance de blocs politiques en apparence opposés sur des questions techno-scientifiques comme la vaccination ou l’évolution n’a rien de surprenante. [Cette situation] qui voit des créationnistes (évangéliques, Tea Party, etc.) main dans la main avec des [pontes de la hi-tech dont certains sont des] partisans radicaux du darwinisme social, s’appuie en effet sur l’idée partagée de « hiérarchies naturelles ». En mobilisant la génétique du QI, adossée aux avancées de la génomique moderne, [ce que l'on pourrait appeler d'un terme un peu ronflant le techno-fascisme libertarien, personnalisé par M. Elon Musk, remet au goût du jour le] vieux racisme pseudo-scientifique. [Celui-ci est à même de] séduire les libéraux les plus dépourvus de colonne vertébrale intellectuelle et morale, qui ont troqué le progressisme contre le souverainisme technologique.

[Plus inquiétant, un tel laisser-faire au sein « d'élites » se réclamant pourtant] « de la science et de la raison » jusqu’à ce qu’elles soient elles-mêmes victimes des menées trumpistes, doit nous interroger sur la séduction qu’opère l’idée de hiérarchies sociales « naturellement » fondées sur l’intelligence chez les tenants de la méritocratie. [Derrière ce discours], se loge l’attraction durable qu’a exercé le fantasme eugéniste au cours de l’histoire, où il a traversé tout le spectre politique, de l’extrême-droite [à une certaine gauche]. [La chimère que constitue une] organisation politique et sociale visant à « optimiser » l’usage des individus pour faire fructifier l’économie alimente ainsi la glissade vers le darwinisme social 2.0 et la promotion de hiérarchies sociales « biologiquement » fondées sur la race et/ou l’intelligence. [Or, on sait ici où cela peut mener] ! 


Notes de l'auteur du blog :

1. Par ethno-nationaliste, entendre un nationalisme dans lequel la nation et la nationalité sont définies en termes d'ethnicité. Voir aussi la page Wikipédia dédiée :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nationalisme_ethnique

2. On pourra se référer à un de mes précédents billets de blog, intitulé « Qui se cache derrière l'inquiétant président américain » ?
https://dessaux.blogspot.com/2025/04/qui-se-cache-derriere-linquietant.html

3. L'extrême droite américaine peut être définie comme hybride, car elle agrège, comme je l'expliquais dans l'article de blog en référence 2 ci-dessus, des membres de la hi-tech, des capitalistes bon teint appartenant pourtant au cercle de la raison, des libertariens, et des chrétiens extrémistes, et des paléo-onservateurs. On désigne sous ce dernier vocable des partisans d'une ligne axée autour du protectionnisme, de l'anti-communisme, de l'isolationnisme, ayant comme caractéristique commune une haine de « l'État-providence ».

4. On peut définir l'édu-scepticisme comme une attitude critique envers certaines idées dominantes en matière d’éducation, de pédagogie ou de réformes scolaires. il s'agit d'une remise en question des modes pédagogiques à la mode, des innovations éducatives ou des discours institutionnels, en demandant des preuves de leur efficacité réelle.

 

Crédit illustration : 

Rogue ESR.
https://rogueesr.fr/wp-content/uploads/2026/02/EugenismeLibertarien.pdf

Comme indiqué en introduction, « have your best baby » et « IQ is 50% genetic » ne sont pas des slogans de science-fiction : ce sont les arguments publicitaires de Nucleus Genomics, une startup de sélection embryonnaire américaine...