jeudi 5 mars 2026

LES PETITS ET GROS MENSONGES DU MANDAT 2020-2026 (2)


L'effort de décryptage des propos de l'équipe en place, relatifs à son bilan, se poursuit, avec sans doute la partie la plus croustillante du programme. En effet, le discours le plus décalé de la réalité - pour rester politiquement correct - et le plus caractéristique de l’autosatisfaction dont font preuve Mme Martin et ses co-listiers, reste celui qui concerne les associations. 

Pour aborder cette question , je procède ici comme précédemment : les propos de l'équipe en place apparaissent en italique, les miens en caractères droits.

Le premier chantier a été de mettre en place un traitement transparent, ouvert et équitable des demandes de subventions fondé sur un document commun renseigné par chaque association requérant une subvention.

Le traitement évoqué n’a malheureusement jamais été transparent. Pendant tout ce mandat, les demandes de nombreuses associations forgeoises se sont trouvées confrontées assez systématiquement à des non-réponses, ou à des refus d’explications. Un clientélisme certain, pour ne pas parler de ségrégation, existe aussi : ainsi selon le quartier de Forges où vous habitez, vous disposerez ou non de tables et de barnum municipaux pour une fête des voisins. Selon que vous appartenez à telle ou telle association, vous disposerez pour l’année des clefs pour accéder à la salle municipale ou non, et selon l'association à laquelle vous appartenez, vous aurez la possibilité ou non d’organiser des actions dans les fêtes locales susceptibles de vous fournir un soutien financier… La version actuelle de, je cite, « la transparence et l'équité » !

Le montant global affecté à ces subventions a été maintenu en dépit des contraintes budgétaires et que des subventions de projet ont été mises en place : elles permettent de financer une action exceptionnelle d’une association en direction des Forgeois. 

C’est faux, et c’est donc un mensonge. Le montant des subventions aux associations a été sensiblement réduit au cours de la mandature. L’analyse financière des données budgétaires publiques, montre que ces subventions sont passées de 64 000 euros environ en 2020 pour le dernier budget voté par la mandature précédente, à 15 900 euros en 2025 environ, auxquels s’ajoutent 8 700 euros environ au titre des subventions conditionnelles. Celles-ci sont liées aux soi-disant « actions exceptionnelles » en direction des Forgeois, alors que celles-ci relèvent le plus souvent de l’action normale de l’association. En rendant exceptionnel ce qui devrait être a priori la norme, la commune choisit donc délibérément de réduire encore plus les subventions versées.  Et même si je prend en compte les subventions anciennement attribuées à la MCL, on constate que les subventions aux associations ont été divisées par deux environ en 6 ans ! 

Un cadre de partenariat a été proposé avec un engagement réciproque municipalité – association : il décrit des règles générales et communes de fonctionnement, sans pour autant être rigide pour s’adapter aux spécificités.

De nouveau, des propos inaudibles ! Tout d'abord, ce cadre de partenariat a été rejeté massivement par les associations. Elles ne l’ont pas signé en raison de l’existence de clauses léonines, voire illégales, que l’actuelle municipalité a pourtant tenté d’imposer, même après que l'on en ait fait la remarque. Ces clauses introduisaient en effet un déséquilibre majeur entre les obligations des uns et des autres, et introduisait de facto un asservissement du monde associatif forgeois au bénéfice des actions de la municipalité. Par ailleurs, plus fondamentalement, ce cadre induisait un risque indirect majeur, celui de donner à la commune autorité pour s’immiscer dans les règles de fonctionnement des associations.

Au-delà des subventions dont nous avons déjà parlé, de nombreuses ressources communales sont mobilisées. Les salles bien entendu dont les heures d’ouverture ont sensiblement augmenté sur ce mandat, avec une optimisation des créneaux (y compris l’extension de leur ouverture sur des périodes de vacances quand cela est possible) pour répondre à la forte demande, ce qui implique le partage des salles plutôt que les espaces réservés à une seule activité.

Là on nage dans l’Orwellien, dans une réalité alternative, un autre monde. Dans les faits, la municipalité a fermé au cours de ce mandat 500 m2 environ d’espaces associatifs. Je les liste : salle polyvalente parties haute et basse, ancienne AMM, salle multi-usage de la maison des associations, et salle de réunion de la maison des associations. Emblématique de la considération de l'équipe de Mme Martin, la maison des associations a d'ailleurs débaptisée. Ces divers changements ont pour conséquence l'entassement de nombreuses associations dans les mêmes locaux, mais en proposant des horaires inadaptés. Ou plutôt, devrais-je dire, en imposant ces horaires ! Certaines associations ne disposent pas toujours des créneaux d'ouverture des salles pour leur année d'activité. De plus, cette municipalité n’a pas hésiter à donner des priorités d’usage à des associations extérieures à la commune, au détriment des associations forgeoises, et ce, encore une fois, dans l’opacité la plus totale !

La municipalité a également ouvert les événements communaux à un plus grand nombre d’associations (fête de la Châtaigne, de la musique, de la Saint Patrick, Olympiades, Journées du Patrimoine, Brocante, Forges Rose, Téléthon…), favorisé la mutualisation des moyens et de projets entre associations.

Le discours sur la facilitation de l’activité associative sera clairement mal perçu par les associations. Dois-je par exemple rappeler les propos méprisants tenus par des représentantes de la commune aux présidentes et présidents d’associations lors d’une réunion dédiée aux subventions ? Des élues actuelles les ont quasiment traités d’irresponsables. Dois-je parler de l’absence de formules de politesse sur des courriers municipaux, dont certains ont d’ailleurs été signés par une élue forgeoise alors même qu’elle été décédée ? Plus grave, dois-je évoquer ici les menaces écrites de Mme la maire sur la possibilité de décider du devenir de matériels associatifs, de la volonté d’évincer deux associations des locaux qu’elles occupaient en dépit de l’existence d’une convention d’occupation ? Dois-je aussi rappeler les propos quasiment insultant adressés par des élus de l’actuelle équipe municipale sur un réseau social, visant des responsables associatifs ? Tous ces documents et témoignages concernent des actes dont certains sont pénalement répréhensibles. Ils sont conservés bien entendu par les intéressés et ils constituent autant de preuves des mensonges de la municipalité dirigée par Mme Martin sur la façon dont l’activité associative est soi-disant « soutenue » à Forges.

Pour terminer ces deux articles sur le sujet du « bilan » de l'actuelle équipe, il convient de dire que l’incurie municipale et les contre-vérités qu'elle a propagées sont telles qu’il faudrait sans doute un livre entier pour tout démonter. Il convient aussi de rappeler ici les irrégularités commises par des élus municipaux, à plusieurs reprises. J’ai évoqué plus haut les clauses léonines du fameux contrat de partenariat (entendez, à mon sens, de mise sous tutelle) « proposé » aux associations, et les menaces de disposer de leur matériel au cas où elles n’obéiraient pas aux injonctions communales. Ce dernier point, si les menaces municipales avaient été mises en oeuvre, aurait fait l’objet d’une action en justice car la jurisprudence administrative - notamment celle du Conseil d'État - rappelle régulièrement que les collectivités doivent respecter la personnalité juridique et l’autonomie patrimoniale des associations.

Certaines autres infractions commises par l’équipe en place sont mineures, d’autres constituent des fautes lourdes. Je citerai ici le rajout à l’ordre du jour de conseil municipaux de points nécessitant un vote. C'est évidemment illégal, mais cela n'a pas empêché Madame la maire de le faire. Tout au plus peut-on rajouter un point n’ouvrant pas lieu à délibération, à titre d’information, sous réserve de l’acceptation des membres du conseil. Ma réaction a été d’informer le contrôle de légalité en Préfecture qui m’a donné raison. Conformément, là aussi, à la jurisprudence constante du Conseil d’État, le vote était irrégulier et la Préfecture a demandé une nouvelle délibération du Conseil municipal de Forges. Sans lien, mais plus grave, au moment des élections législatives, des membres et proches de l’actuelle municipalité et  ont tenté de refuser l’accès d’un délégué des candidats à certains bureaux de vote forgeois, sur le mode « t'as rien d'autre à faire qu'à nous emmerder ?». Ce routier de la politique ne s’est pas laissé faire, mais on a là frôlé l’incident qui aurait pu conduire, très éventuellement, à l'annulation du scrutin dans notre commune ! Ajoutons à la liste des hautes œuvres de l’actuelle équipe, Madame le maire en tête, le refus de prêter une salle à une association au motif que ses activités seraient politiques ! Cela aura pu aussi lui valoir une condamnation administrative, le motif politique ne pouvant constituer un argument valide de rejet de prêt de salle. La jurisprudence est constante à ce sujet, et conforme là aussi à l’avis du Conseil d’État.

Les deux plus gros couacs de la mandature doivent maintenant être exposés. Le premier a concerné le refus d’un des élus forgeois, président d’un syndicat intercommunal, de présenter le budget syndical, en entravant ainsi le fonctionnement. Il s’agit, bien sûr, d’une faute très lourde. Dans cas, il a incombé au Préfet de saisir la chambre régionale des comptes. La Préfecture a alors pris alors la main sur le fonctionnement financier du syndicat, qui s’est empressé de se débarrasser de l’inconvenant président forgeois. Madame la maire, qui était également membre des délégués, a tenté de renvoyer la faute sur une autre personne, en l’occurrence un des représentants forgeois, élu d’opposition… Inutile de dire qu’un niveau intercommunal, et suite à l’incurie de l’élu de Forges qui présidait, notre commune a été la risée de communes alentours. 

Enfin, « last but not least », le second gros couac qui traduit l’inconséquence de certains de nos élus communaux, a été la tentative de Madame la maire de refuser une date de mariage proposée par des Forgeois, au motif que celle-ci ne lui convenait pas. Ce refus est bien sur totalement illégal. De plus, les adjoints comme les conseillers municipaux, ces derniers sous conditions, peuvent procéder aux mariages. Il ne s'agit en aucun cas d'une prérogative du seul ou de la seule maire.  Il faut donc savoir qu'un élu ne peut en aucun cas refuser une date de mariage du moment que celle-ci n'est pas un jour férié ou un dimanche. Le choix de l'heure, lui doit a priori être décidé d'un commun accord. Les futurs époux ont indiqué à Madame la maire qu'ils pourraient donc saisir le procureur de la République, ce qui l'a conduit à céder. Cette dernière, mauvaise perdante, a tenté de « se venger ». Elle a tout d'abord imposé une heure de cérémonie très défavorable aux mariés, heure qui n'a donc pas été choisie de concert. Elle leur a aussi élégamment indiqué que leur mariage ne serait pas annoncé dans le journal local ! Quelle classe, et au delà, quel sens remarquable du service public ! En tout état de cause, ce refus, qui aurait constitué une voie de fait, aurait pu exposer la maire à une condamnation, et à des dommages et intérêts.

Je n’ai fait qu’un tour d’horizon restreint des errements municipaux, du dilettantisme de plusieurs élus, du « je-m’en-foutisme » de certains autres… Surtout, j’ai tenté, ici comme dans tous les articles de mon blog concernant Forges, de dénoncer, au plus près de la vérité, ce qui ne va pas dans notre commune, toutes les exagérations, toute l’autosatisfaction, tout le manque d’écoute et l’entre-soi des élus actuels. Il me semble que les élections municipales qui arrivent sont le bon moment pour que cela change. Or, pour que notre commune retrouve un fonctionnement plus harmonieux, plus équitable, plus transparent, plus ouvert, et tout simplement plus juste, il faut donc faire perdre la liste municipale actuelle. Sinon perdureront les passe-droits, les copinages, la com à outrance, les petits et gros arrangements avec les faits, et surtout le mépris érigé en mode de gouvernance ! Aujourd'hui, « ya basta ». 

 

Crédit illustration :

Montage à partir du dessin de Zdenek Sasek sur Dreamstime.com 

 

vendredi 27 février 2026

TECHNO-FASCISME ET
« GÉNÉTIQUE DU QI »




Je publie ici un résumé d'un billet transmis par mes collègues du collectif Rogue ESR qui examinent les dérives potentielles du « tout QI », et ses implications politiques et sociétales. Le texte que j'ai condensé critique l’usage politique et idéologique de la génétique du comportement, en particulier l’idée selon laquelle l’intelligence — mesurée par le quotient intellectuel (QI) — serait largement déterminée par les gènes et pourrait être optimisée par des technologies de sélection embryonnaire. Les auteurs soutiennent que cette vision est scientifiquement fragile, mais qu’elle sert aujourd’hui de support à une idéologie eugéniste renouvelée. Celle-ci est liée à certaines élites technologiques et à des courants politiques autoritaires, souvent très proches de l'extrême droite.

« Have your best baby » et « IQ is 50% genetic » ne sont pas des slogans de science-fiction : ce sont les arguments publicitaires de Nucleus Genomics, une startup de sélection embryonnaire américaine... Sur son site, on peut d'ailleurs lire ce qui suit : « Choisissez en toute connaissance de cause », « triez, comparez et choisissez vos embryons en fonction de ce qui compte le plus pour vous », ou « Nucleus propose plus de 900 analyses génétiques portant sur les cancers, les maladies chroniques, l’apparence, les capacités cognitives et la santé mentale »...

A partir d'ici, le texte est largement issu du site Rogue ESR mentionné plus haut. Mes annotations, compléments et reformulations apparaissant entre crochets.

L’idée que nos gènes seraient le « plan directeur » de notre intelligence, et qu’il serait possible d’améliorer ses enfants par la technologie, se répand dans la sphère publique sous diverses formes : retour du darwinisme social aux États-Unis [et dans plusieurs pays européens], projet de loi français sur la bioéthique et, à un autre niveau, proposition de référentiel de compétences des enseignants. Si nous consacrons ce billet analytique à ce sujet, c’est que l’émergence de cet eugénisme libertarien est un élément constitutif de l’alliance entre technophilie libérale et extrême-droite ethno-nationaliste [1].

Une extrême-droite hybride se constitue en effet à l’échelle globale sur le modèle de l’alliance trumpiste : milieux d’affaires libertariens de la Silicon Valley et paléo-conservateurs. Cette coalition unit l’électorat MAGA (fondamentaliste, suprémaciste, nativiste, climato-négationniste...) à des figures comme Musk et Thiel, associées au transhumanisme et au [contrôle technologique autoritaire]. L’obsession partagée pour le quotient intellectuel (QI) et la génétique du QI constitue l’un des ciments de cette alliance [2]. [Ainsi,] « low-IQ individual » est l’insulte favorite de Trump, avec une dimension suprémaciste quasi-systématique, lancée [par exemple contre le maire de New-York], contre Kamala Harris, les Somalis ou les athlètes afro-américains. Au contraire, Trump aime à faire l’éloge de ses alliés de la Tech en soulignant leur « high-IQ ». [Sans surprise, d'ailleurs], le fétichisme du QI s’est installé de longue date comme sous-culture à Stanford et dans la Silicon Valley [...]. Pour ne donner que deux exemples, William Shockley, pionnier de la Silicon Valley et inventeur du transistor, défendait au début des années 1980 l’idée de verser 1 000 dollars à celles et ceux dont le QI serait inférieur à 100, en échange de leur stérilisation. Jeffrey Epstein, mécène du Media Lab du MIT et promoteur de stars du monde techno-scientifique, avait le projet d’« ensemencer la race humaine avec son ADN » en fécondant vingt femmes dans sa ferme du Nouveau-Mexique.

Face à l’absorption de larges pans de l’ancien « cercle de la Raison » au sein d’une extrême-droite hybride [3], l’obsession de la génétique du QI mérite toute notre attention : elle fonctionne comme un signal de radicalisation, caractéristique du basculement [de certaines élites, y compris] de libéraux progressistes qui se revendiquent du scepticisme, voire du rationalisme, vers [les pires dérives que le totalitarisme ait porté par le passé].

[Il convient ici de définir quelques termes des sciences biologiques et des sciences sociales]. L’héritage, c’est ce que les générations se transmettent : la langue, les habitudes, le patrimoine, le réseau social, les livres sur les étagères. L’hérédité désigne la transmission biologique. « Avoir deux yeux » est une caractéristique héréditaire. L’héréditarisme est la théorie selon laquelle les caractéristiques physiques et sociales des individus, dans les sociétés humaines, sont principalement déterminées par leurs gènes. L’héritabilité, c’est autre chose : c'est une mesure statistique définie à l’échelle d’une population. L’héritabilité quantifie [au sein d'un population] le degré d’association entre les variations génétiques et les variations d'un [trait ou caractère donné]. L’héritabilité ne mesure ni la part causale des gènes par rapport à celle de l’environnement, ni une [éventuelle] contribution génétique, mais seulement une corrélation statistique dépendante d’un contexte donné que l’on appelle l’environnement. Il peut s’agir de l’environnement physique mais aussi, chez l’humain, de l’environnement social : la culture, les institutions, l’état de la société, les politiques publiques au moment où l’héritabilité est mesurée.

[Il ressort de ce qui précède que chez l'humain], les variations génétiques ne sont pas indépendantes des variations environnementales : elles sont biaisées par la structure sociale et la transmission parentale non génétique (typiquement, les parents transmettent leur langue). La stratification sociale organise [aussi] l’accès différentiel aux ressources (éducation, santé, nutrition, sécurité, capital culturel) selon la position sociale. Pour l’illustrer simplement, l’héritabilité mesurée pour la réussite scolaire dans un contexte donné, changera dès lors que l’on changera le système scolaire. Utiliser l’héritabilité pour guider une politique scolaire est donc un non-sens scientifique. Ce serait comme utiliser une balance dont l’étalonnage changerait à chaque fois qu’on modifie ce qu’elle pèse : la mesure ne peut pas guider l’action qui la rend caduque.

[Pour revenir à des éléments encore plus concrets], les traits humains comme l’intelligence ou la réussite éducative ne sont pas des entités bien délimitées comme « avoir deux yeux ». [La situation est donc complexe] pour l’intelligence, puisqu’il est douteux que le quotient intellectuel (QI) utilisé pour estimer l’héritabilité, mesure véritablement cette chose qu’on appelle intelligence, dont la définition ne fait consensus, ni en psychologie, ni en neurosciences. Le score du test de QI était au départ une mesure destinée à détecter des élèves en difficulté scolaire. Ce score dépend d’un grand nombre de facteurs, dont certains sont [directement] liés à des propriétés cognitives (comme la fluence verbale ou les représentations dans l’espace), et d’autres indirectement (comme la motivation à faire le test ou l’absence à l’école à cause d’une maladie).

[Alors, pourquoi voit-on au sein de l'extrême droite américaine ressurgir ces notions dévoyées d'héritabilité du QI ? Il semblerait que] l’effet recherché par les héréditariens avec ce type de bouillie pseudo-scientifique soit invariablement la suppression de politiques de solidarité avec les plus pauvres. [Pour certains], la génétique servait à nier qu’une différence entre groupes puisse être d’origine sociale afin de supprimer les programmes sociaux à destination des populations racisées. Les conservateurs s’en servent aujourd’hui pour promouvoir la déséducation et l’édu-scepticisme [4] sur le thème : « l’école ne fait pas de différence car la réussite scolaire est avant tout génétique. À quoi bon financer autre chose que des garderies ? ». [Certaines variantes ciblent] les individus plutôt que les groupes et prétendent les aider, mais l’argumentaire pseudo-scientifique - l’origine des inégalités est en grande partie naturelle - comme les conclusions - l’austérité pour les politiques publiques - sont identiques.

En définitive, l’alliance de blocs politiques en apparence opposés sur des questions techno-scientifiques comme la vaccination ou l’évolution n’a rien de surprenante. [Cette situation] qui voit des créationnistes (évangéliques, Tea Party, etc.) main dans la main avec des [pontes de la hi-tech dont certains sont des] partisans radicaux du darwinisme social, s’appuie en effet sur l’idée partagée de « hiérarchies naturelles ». En mobilisant la génétique du QI, adossée aux avancées de la génomique moderne, [ce que l'on pourrait appeler d'un terme un peu ronflant le techno-fascisme libertarien, personnalisé par M. Elon Musk, remet au goût du jour le] vieux racisme pseudo-scientifique. [Celui-ci est à même de] séduire les libéraux les plus dépourvus de colonne vertébrale intellectuelle et morale, qui ont troqué le progressisme contre le souverainisme technologique.

[Plus inquiétant, un tel laisser-faire au sein « d'élites » se réclamant pourtant] « de la science et de la raison » jusqu’à ce qu’elles soient elles-mêmes victimes des menées trumpistes, doit nous interroger sur la séduction qu’opère l’idée de hiérarchies sociales « naturellement » fondées sur l’intelligence chez les tenants de la méritocratie. [Derrière ce discours], se loge l’attraction durable qu’a exercé le fantasme eugéniste au cours de l’histoire, où il a traversé tout le spectre politique, de l’extrême-droite [à une certaine gauche]. [La chimère que constitue une] organisation politique et sociale visant à « optimiser » l’usage des individus pour faire fructifier l’économie alimente ainsi la glissade vers le darwinisme social 2.0 et la promotion de hiérarchies sociales « biologiquement » fondées sur la race et/ou l’intelligence. [Or, on sait ici où cela peut mener] ! 


Notes de l'auteur du blog :

1. Par ethno-nationaliste, entendre un nationalisme dans lequel la nation et la nationalité sont définies en termes d'ethnicité. Voir aussi la page Wikipédia dédiée :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nationalisme_ethnique

2. On pourra se référer à un de mes précédents billets de blog, intitulé « Qui se cache derrière l'inquiétant président américain » ?
https://dessaux.blogspot.com/2025/04/qui-se-cache-derriere-linquietant.html

3. L'extrême droite américaine peut être définie comme hybride, car elle agrège, comme je l'expliquais dans l'article de blog en référence 2 ci-dessus, des membres de la hi-tech, des capitalistes bon teint appartenant pourtant au cercle de la raison, des libertariens, et des chrétiens extrémistes, et des paléo-onservateurs. On désigne sous ce dernier vocable des partisans d'une ligne axée autour du protectionnisme, de l'anti-communisme, de l'isolationnisme, ayant comme caractéristique commune une haine de « l'État-providence ».

4. On peut définir l'édu-scepticisme comme une attitude critique envers certaines idées dominantes en matière d’éducation, de pédagogie ou de réformes scolaires. il s'agit d'une remise en question des modes pédagogiques à la mode, des innovations éducatives ou des discours institutionnels, en demandant des preuves de leur efficacité réelle.

 

Crédit illustration : 

Rogue ESR.
https://rogueesr.fr/wp-content/uploads/2026/02/EugenismeLibertarien.pdf

Comme indiqué en introduction, « have your best baby » et « IQ is 50% genetic » ne sont pas des slogans de science-fiction : ce sont les arguments publicitaires de Nucleus Genomics, une startup de sélection embryonnaire américaine...









samedi 21 février 2026

LES PETITS ET GROS MENSONGES
DU MANDAT 2020-2026 (1)



Des relations m’ont informé de l’ouverture du site de campagne de la liste portée par Mme Martin, l’actuelle maire de Forges, et ils m’ont conseillé de le consulter, tellement certains ont été choqués par la présentation des faits évoqués. Comme à son habitude, l’actuelle municipalité embellit son bilan, présente des données tronquées voire des informations fausses ou mensongères.

Je n’ai ni le temps, ni l’envie de détailler l’ensemble des propos de l’actuelle équipe municipale, que j’ai régulièrement analysés sur ce blog, mais leurs éléments de communication méritent d’être dénoncés tellement la réalité qu’ils décrivent est éloignée des faits.

Je cite donc ci-dessous en italique le texte des propos de l’équipe en place, recopié à partir de leur site de campagne. Mes commentaires paraissent en caractères droits, entre ces items. L’article sera divisé en deux sections, tellement la liste des « approximations » et des contre-vérités municipales est - effectivement - longue.

Commençons par l’urbanisme car cela vaut son poids de cacahouètes.

Sur [la période 2012-2020], près de 300 permis de construire ont été accordés, représentant environ 400 logements supplémentaires... 

Le site de référence SITADEL indique 249 permis délivrés entre 2013 et 2025. Si je retire les quelques 100/120 permis de construire accordés par l’équipe en place, on serait autour de 150 permis délivrés entre 2013 et 2020. En accord avec cet ordre de grandeur, un autre site de référence (France-cadastre), fait ressortir environ 170 permis sur la période 2012-2020. On est donc loin, très loin du chiffre de 300 permis délivrés pendant la mandature 2012-2020, mais l’équipe en place n’est pas à une exagération près.

Pour mémoire, à notre élection, nous avions trouvé 19 procès-verbaux concernant le seul lotissement du Pré aux Chevaux dressés par l’ancienne municipalité que nous avons réglé pour l’essentiel sans procédure (lourde pour les administrés comme pour la commune) : PV infondés, remise aux normes négociée... Sur le mandat actuel, 3 procès-verbaux ont été dressés, dont 2 motivés par des impacts environnementaux majeurs, le résultat du professionnalisme et du dialogue instauré avec les habitants.…

Premier point, les PV n’étaient pas infondés car ils concernaient pour beaucoup des infractions à la police de l’eau. Malgré les nombreuses réunions avec les propriétaires concernés, les propositions de règlement amiable, les infractions n’ont pas été traitées. D’où, d’ailleurs aujourd’hui, des problèmes de flux d’eau sur le site. Mais passons ! Deuxième point, plus général, il est très facile de « régler » ce type de problème en décidant de ne rien faire. Pour mémoire, la maire actuelle et son équipe en avaient fait un thème de campagne et elles s’étaient engagées à ne pas poursuivre les personnes qui n’avaient pas respecté leur permis de construire, si ces personnes votaient pour leur liste. Une lettre en ce sens leur a même été adressée. Il s’est donc agi d’une sorte d’achat de voix déguisé, basé sur un mécanisme simple mais redoutable : on sait que vous êtes en infraction, mais on passera l’éponge. Bref, pour la centaine d’autres personnes titulaires de permis de construire qui se sont cassé la tête pour respecter les normes, l’attitude de l’actuelle municipalité revient à les considérer finalement comme des neuneus qui ont bêtement suivi les règles. Bravo ! On reviendra d’ailleurs sur le respect des règles plus tard, dans un second volet.

Le suivi régulier du déploiement fait avec la Gendarmerie confirme l’impact très positif de la vidéo protection : recul drastique des dépôts sauvages et des incivilités, taux d'élucidation des affaires par la brigade de Limours en forte croissance...). Le travail de terrain permet également d'ajuster le dispositif (ajout ou repositionnement de quelques caméras).

Sur la vidéo protection, le discours est tellement baigné d’autosatisfaction qu’il en est ridicule. Comme attendu des données étudiées concernant différentes villes en France et en Europe, études menées par des spécialistes incluant des personnels de forces de l’ordre, les caméras à Forges n’ont pas permis de faire baisser la délinquance de façon spectaculaire. Voyons les chiffres. Pour les cambriolages, on est passé de 16 faits en 2020 à 21 en 2024, et pour la violence contre les personnes de 11 à 21 faits pendant la même période (source : obs. de la délinquance, l’internaute). De même, entre 2024 et 2025, le nombre de dégradations volontaires a progressé de 55%, et celui des coups et blessures volontaires de 37% (source : ville-data.com) ! Pour mémoire les caméras ont été installées en 2023. Un examen rapide des primes d'assurance payées par la commune, en hausse suite à des vols que la mairie évoque, corrobore l'analyse que je fait.

Passons au volet activité économique, car il n’est pas en reste…

Le marché du samedi matin s'est considérablement développé, accueillant un nombre croissant de commerçants fidélisés (primeur, traiteurs italien et cuisine du monde, pâtisserie, poissonnier...), une offre variée appréciée des Forgeois.

Le marché ne s’est pas si développé que cela. C’est, il est vrai, difficile à faire. Il convient cependant de rappeler que l’actuelle municipalité a fait fuir plusieurs commerçants, même si deux ou trois autres sont revenus. Par ailleurs, l’actuelle municipalité s’est aussi ingéniée à rendre la vie des commerçants du marché plus difficile, en éloignant sensiblement leurs stocks de leurs étals, via des interdictions de stationner. J’ajoute à cela que faire venir à Forges des commerces qui proposent les mêmes produits que ceux de commerçants forgeois est une absurdité. Un camion pizza sur la place du marché, à 50 m du commerce de « fast-food » et pizza local, c’est une concurrence stupide.

Cette énergie n'est visiblement pas communicative à notre boulanger dont nous attendons tous qu'il se décide à ouvrir, mais ce n'est en aucun cas une attente passive, nous travaillons à des alternatives !

On peut affirmer ici que la municipalité a mis les bâtons dans les roues de la boulangerie en contactant un ou des boulangers d’autres communes pour les inciter à s’installer à Forges, plutôt que de travailler à la venue de l’artisan qui a racheté la boulangerie. Mais c’est sans doute ce que la liste de Mme Martin appelle un soutien à l’activité commerciale.

Les marchés à thème (Saint-Valentin, Fête des mères…), les marchés de producteurs délocalisés au Parc des Thermes, ainsi que les événements communaux (offres Dîner-Spectacle, Fête de la Châtaigne, Marché de Noël) constituent autant d’opportunités pour les artisans et producteurs locaux de faire connaître et développer leur activité…

Comme au sujet d’autres questions, l’actuelle équipe municipale fait croire qu’elle a inventée la roue. Les fêtes de la Châtaigne, dont l’équipe en place a malheureusement tué l’esprit, existent depuis au moins 25 ans. L’offre diner-spectacle existe aussi à Forges depuis longtemps, au moins 10 ou 12 ans, et on ne peut pas affirmer qu’elle ait été fortement promue au cours des 6 années passées. Le soutien au commerce local est d’ailleurs fort discutable selon les dires mêmes de certains commerçants. En sus, la multiplication des marchés présente-t-elle un véritable intérêt, surtout à un moment où il convient de nous interroger sur notre frénésie de (sur)consommation ? Transformer les Forgeois en clients, en « cochons de payants » semble être la politique poursuivie par l’actuelle municipalité, sans que ne se pose la question des réemplois, du troc, des échanges participatifs…

Par ailleurs le site de la liste municipale actuelle oublie de mentionner qu’elle a, par son inaction, loupé l’implantation de 50 à 60 emplois sur la commune. Ceux-ci auraient sans aucun doute dynamisé l’activité locale. Je veux parler ici du superbe projet d’implantation du conservatoire national des véhicules anciens (CNVA) qu’elle a laissé tomber, et de la fermeture autoritaire de l’espace de coworking à un moment où il hébergeait une dizaine d’emplois partis aujourd’hui ailleurs. Le manque de soutien total du projet du CNVA est d’autant plus surprenant que celui-ci avait été validé par une assemblée de Forgeois, dont des élus actuels, lors d’un assez long travail participatif.

Glissons maintenant vers l’entretien de la commune ! Alors certes, l’actuelle municipalité a refait des voiries, mais souvent en se dispensant de réaliser l’enfouissement des réseaux. En sus de l’aspect esthétique intéressant, cet enfouissement rend la ville plus « résiliente » pour user d’un terme très à la mode. En effet, face aux changements climatiques que nous connaissons, les réseaux aériens deviennent de plus en plus fragiles. La contrepartie est que le coût des travaux est multiplié par 2 ou 3 si on enfouit les réseaux, mais s’agissant d’un investissement de très long terme, la « rentabilité » est là. Autre problème, il faut attendre les études et les retours des cabinets d’expert pour enfouir. Pour une équipe qui considère la com. comme primordiale, cette attente était sans doute insupportable.

La remise à niveau a également concerné les bâtiments : salles communales, écoles, tour d’embouteillage et mur du parc des Thermes, révision et remplacement du parc de chaudières frappé tout à la fois de vétusté ou de défaut d’entretien, un des leviers de bon sens qui nous a permis une réduction significative de notre consommation d’énergie.

On recherchera sans doute assez longtemps la remise à niveau des bâtiments communaux ! Rappelons que pendant le mandat de l’équipe actuelle de nombreuses salles ont été fermées. Certaines ont même été dégradées (polyvalente basse), d’autres ont même été rendues non utilisables (ancienne AMM), gymnase (où le chauffage et l’eau chaude ont été coupés pendant des mois suite à une panne), des chaudières récentes ont été qualifiées de vétustes pour être remplacées… Ce qui est remarquable dans ce bilan, sur ces points comme sur d’autres, c’est là encore l’incroyable poids de la communication, par rapport à l’impact réel des travaux effectués. On répare un mur, on bouche un trou, on remet, un peu de gazon ici, un radar pédagogique, là, et que ce passe-t-il ? Hop, l’actuelle équipe vous inaugure cela, vous sort deux pages dans le petit Forgeois comme si c’était exceptionnel, alors qu’ils agissent tout juste de l’entretien normal de la commune comme les autres l’ont fait avant eux, tout aussi souvent. Pas de quoi en faire des tonnes donc !

Quant à l’effort d’investissement, sans précédent, on est là dans le mensonge grossier. Profitant de la mémoire courte de certains, l’équipe en place se vante des travaux d’agrandissement faits à la maternelle. C'est vrai, ces travaux ont été faits ! Cependant, des travaux équivalents avaient déjà été menées par l’équipe précédente. Et pour le sans précédent, je vais juste comparer ce qu’a fait l’actuelle municipalité en 6 ans en termes d’éléments structurants : hors la maternelle, rien. Elle n’a pas été capable, dans cette période, de boucler les travaux de l’école élémentaire, essentiellement en raison de très mauvais choix de prestataires. Sur les deux mandats précédents, soit en 12 ans, les équipes en place auxquelles j’avais participé, ont réalisé : la construction du gymnase, celle des locaux sportifs semi-enterrés au stade, celle du centre technique municipal, la réfection complète ou presque de l’église, de lavoirs, l’agrandissement du cimetière, le remplacement d’une partie (20%) de l’éclairage de la commune, une salle de classe supplémentaire à la maternelle, un réfectoire neuf à l’élémentaire, une maison médicale (la première du secteur me semble-t-il), un city Park, la maison des associations… Avec le syndicat qui précédait Eau Ouest Essonne, nous avons mis en place la régie publique de l’eau, dont j’ai assuré la vice-présidence pendant 6 ans, et que j’ai installée à Forges. Nous assurons depuis 10 ans la fourniture, sans interruption, d’une eau de grande qualité. Avec le syndicat d’assainissement, nous avons fait sortir malgré les difficultés, la station d‘épuration de Briis qui prend en charge nos eaux usées et les rejettent avec une qualité eau de baignade, sauf rare incident. Avec la CCPL, nous avons créé le centre de PMI de Forges… Alors oui, ces équipes ont bien moins communiqué, mais elles finalement bien plus ont agi !

Un mot sur les écoles, pour évoquer les dysfonctionnements nombreux qui se sont fait jour au long de ce mandat, au niveau de sorties annulées au dernier moment par exemple, ou en lien avec le manque de personnel Atsem pour les siestes. Le fonctionnement de la cantine et la façon dont sont encadrés les enfants qui s’y rendent a aussi induit des remous chez les parents. Un signalement a également été fait, sans suite majeure. Un enfant a été oublié dans un car presque 6 heures… Bref, les marges d’amélioration sont très nombreuses, à condition que l’on veuille bien examiner les problèmes en face, et ne pas rejeter les fautes sur les autres, une spécialité de cette équipe municipale.

Enfin, en regard du dossier environnement, on ne peut que constater que le bilan de l’équipe en place est mauvais. Tout ce qui est annoncé dans leur prose relève des travaux, ou de réalisations faites en syndicats intercommunaux. Et une partie des problèmes rencontrés sur la commune n’a pas été anticipée. J’en veux pour preuve le fonctionnement de l’ouvrage de rétention de tête du bourg, dont un des merlons a cédé car aucun élu ne semblé s’être soucié de son remplissage anormal. Bien sûr, on peut toujours accuser les syndicats intercommunaux de n’avoir pas fait leur travail, mais celui-ci se conduit au niveau local en association et, s’il le faut, sur l’instigation des élus communaux, pour autant qu’ils aient une connaissance réelle de leur commune. Or, des évènements récents me montrent que même après 6 ans aux manettes, des élus Forgeois ne connaissent pas bien leur commune. En ce sens, le dilettantisme a frappé encore un fois, puisque la liste de Mme Martin n’a pas hésité à tracter dans une commune voisine, montant ainsi qu’elle ne connait finalement que peu ou pas la géographie locale ! 

Pour conclure ce premier chapitre, je rappellerai la devise latine : « falsus in uno, falsus in omnibus », signifiant « faux en une chose, faux en tout »... C'est un principe qui indique qu'un témoin qui fait un faux témoignage sur un point n'est pas crédible pour témoigner sur aucun autre. En d'autres termes, celui qui a menti une fois ne peut être crédible. Il me semble que cette devise s'applique parfaitement au cas de l'équipe en place !

 

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Montage à partir du dessin de Zdenek Sasek sur Dreamstime.com




 

jeudi 5 février 2026

DE LA PRÉSIDENCE À LA PRISON :
PARCOURS D’UN CAPO DI TUTTI CAPI

M. Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa, président de la République française de 2007 à 2012, figure sans doute parmi les personnalités politiques les plus médiatiques des deux dernières décennies. À la tête de l’État, il s’est voulu un acteur de « réformes » importantes, qu’il a accompagné à grand coups de postures martiales, et de messages de fermeté sur les thèmes de la délinquance et de la sécurité renforcée. Pourtant, après son départ de l’Élysée, c’est sa propre responsabilité pénale qui a placé l’ancien chef de l’État au centre de plusieurs procès historiques, le menant à des condamnations et, pour la première fois sous la Ve République, à son emprisonnement, la première d'un ancien président.

Ici, il convient de rappeler tout d'abord l’enchaînement des affaires judiciaires auxquelles a été mêlé l’ancien président. Dès la fin de son mandat, M. Nicolas Sarkozy est rapidement rattrapé par la justice, les juges multipliant les enquêtes autour de son action politique passée. Trois grandes affaires méritent d’être mentionnées.  

La première est l’affaire des écoutes, dite aussi « affaire Paul Bismuth », du nom d’emprunt qu’utilisait le président de la République. Dans ce dossier, il apparait que ce dernier avait tenté d’obtenir des informations confidentielles d’un magistrat de la cour de cassation, M. Gilbert Azibert, sur une enquête en cours en échange d’un poste prestigieux à Monaco. Le dossier repose en partie sur des conversations téléphoniques interceptées entre M. Nicolas Sarkozy et son avocat, Me. Thierry Herzog. En 2021, l'ex-président est condamné en première instance pour corruption et trafic d’influence. Lui, son avocat et le magistrat interjettent appel devant la Cour d’appel de Paris. Celui-ci est rejeté. Un pourvoi en cassation aura la même destinée. En décembre 2024, Nicolas Sarkozy est ainsi définitivement reconnu coupable de corruption et de trafic d’influence. Ce dernier est alors condamné à trois ans d’emprisonnement dont un an ferme sous bracelet électronique. Cette peine, devenue définitive, est assortie d’une peine complémentaire d’inéligibilité d’une durée de trois ans.

La seconde affaire dans laquelle paraît l’ancien président de la République est l’affaire dite Bygmalion, dans laquelle il est accusé d’avoir dépassé les plafonds légaux de dépenses pour sa campagne présidentielle de 2012, en masquant ces dépenses via une société de communication. Selon la page Wikipédia consacrée à ce dossier : l’enquête « révèle l'existence d'une double facturation au sein de la société Bygmalion et de sa filiale Event & Cie. Ces factures montrent que le coût des meetings de Nicolas Sarkozy s'élève à 19 millions d'euros dont 14 millions auraient été facturés à l'UMP pour des prestations fictives. Dans ce montage financier, le dépassement des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy s'élèverait à 11 millions ». Des investigations journalistiques complémentaires révèlent que le dépassement serait de 17 millions d'euros et non de 11, portant sur 58 fausses factures adressées à l'UMP par Event & C. ! La justice se saisit du dossier ; le procès a lieu en 2021. A l'issue, M. Nicolas Sarkozy est condamné à un an de prison ferme, décision qui fera l’objet d’un appel. La condamnation d’un an sera confirmée, mais six mois feront l’objet d’un sursis. Là aussi, l’ancien président se pourvoit en cassation, mais la cour de Cassation confirmera la peine prononcée en appel. M. Nicolas Sarkozy est donc alors définitivement condamné dans cette affaire.

Troisième volet de « l’œuvre » de l’ancien président : l’affaire du financement libyen présumé de la campagne de 2007. Il s’agit là sans doute la pièce maitresse du dossier Sarkozy. Cette affaire mêle vente d’armes, relations internationales entre la France, la Libye et le Moyen-Orient, et une intervention militaire dans ce même pays de la France, sous l’égide néanmoins des Nation-Unies. Très vite, le journal Mediapart publie plusieurs articles affirmant qu’un accord financier secret aurait été conclu entre Nicolas Sarkozy, ses proches et le régime de M. Mouammar Kadhafi. Parmi les pièces majeures figure une note libyenne évoquant un financement de 50 millions d’euros, dont l’authenticité est longuement débattue mais jugée crédible par les magistrats. Mediapart recoupe ces éléments avec des enquêtes de terrain, des témoignages d’anciens dignitaires libyens et des flux financiers suspects. Malgré de fortes pressions politiques, des poursuites judiciaires et des accusations de manipulation, le média maintient ses révélations. Une information judiciaire est alors ouverte en 2013.

Plusieurs années d’investigations débouchent sur un procès où figurent l'ancien président, mais aussi des caciques de la droite dite républicaine. En septembre 2025 le tribunal correctionnel de Paris rend une décision historique : M. Nicolas Sarkozy est reconnu coupable d’association de malfaiteurs, une qualification qui implique un projet concerté et organisé par plusieurs personnes, et visant à obtenir un financement étranger illégal. Selon la page Wikipédia dédiée, « le 27 mars 2025, le parquet national financier requiert à l'encontre de Nicolas Sarkozy une peine de sept ans de prison et de 300 000 euros d'amende, ainsi que cinq ans d'inéligibilité. Pour Claude Guéant et Brice Hortefeux, l'accusation demande des peines de respectivement six et trois ans de prison, assorties d'amendes. Le tribunal met le jugement en délibéré ». En septembre 2025, la décision du tribunal tombe : « Ms. Nicolas Sarkozy, Claude Guéant et Brice Hortefeux sont déclarés coupables d'association de malfaiteurs. M. Claude Guéant est également condamné pour usage de faux, blanchiment aggravé, trafic d’influence et corruption passive. […] Pour justifier la peine, le tribunal a souligné en introduction qu'il s'agit « de faits d'une gravité exceptionnelle, de nature à altérer la confiance des citoyens dans ceux qui les représentent et sont censés agir dans le sens de l'intérêt général, mais aussi dans les institutions même de la République ». Il est également condamné pour avoir « laissé ses plus proches » collaborateurs démarcher « en son nom » la Libye de M. Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne victorieuse de 2007 et « envisager des contreparties diplomatiques (…), économiques (…), et juridiques, [dont la] promesse de levée du mandat d’arrêt » [d’un terroriste connu]. M. Nicolas Sarkozy écope de cinq ans de prison avec mandat de dépôt différé, assortis d’une amende de 100 000 € et d’une inéligibilité de cinq ans. Même s’il conteste fermement ce verdict et annonce son intention d’en appeler, la Cour ordonne l’exécution immédiate de la peine, ce qui signifie que l’ancien président doit commencer à purger sa peine avant même que son appel soit examiné. La suite est connue : un passage très médiatisé à la Santé, une cure de yaourts, une extase divine et un bouquin vendu à des milliers d’exemplaires…

Au-delà des faits, l’emprisonnement et la libération du président constituent un évènement quasi  sans précédent. M. Nicolas Sarkozy est en effet le premier président français de la Ve République à aller en prison post-présidence. Cet événement appelle cependant le cas du maréchal Pétain après la Seconde Guerre mondiale, un rapprochement sans aucun doute délétère. Le séjour de M. Nicolas Sarkozy en prison sera néanmoins de courte durée. Un juge d’appel lui accorde en effet une libération conditionnelle, un placement sous contrôle judiciaire dans l’attente de l’examen l’appel qu’il a interjeté.

L’affaire prend un tour cocasse - le terme étant sans doute discutable - en raison de l’incohérence entre les propos tenus par l’ancien président et certains de ses proches sur le thème d’une justice permissive, et leurs plaintes constantes sur une justice trop sévère, en raison des la présence de « juges rouges » longtemps décrits comme trop laxistes. Bref, c’est le paradoxe de la condamnation et du discours sécuritaire récurrent. Avant et pendant sa présidence, M. Nicolas Sarkozy s’est fortement positionné en faveur d’un État fort, d’une politique de sécurité rigoureuse et d’une lutte accrue contre la délinquance. On se rappellera de son « Kärcher », caractéristique du style de ses discours durs et cassants, sur l’autorité, l’immigration et la souveraineté nationale. Ce positionnement dans lequel il a emprunté à l'extrême-droite certaines de ses outrances, a longtemps fait de lui une figure majeure de la droite française, capable de mobiliser autour de la sécurité et d’un ordre dit républicain. L’ensemble des condamnations rappelées ci-dessus ramène une contradiction politique majeure : comment un homme qui prêchait l’exemplarité et la fermeté peut-il être jugé, définitivement et à au moins deux reprises, coupable d’infractions mettant en cause l’intégrité de l’action publique ? La question est d’autant plus frappante que ces condamnations concernent des infractions liées précisément à l’exercice du pouvoir ou à l’utilisation du système politique pour obtenir des avantages personnels ou politiques.

Ce contraste alimente les critiques d’adversaires politiques et de citoyens sceptiques : pour certains, il illustre une forme d’immunité passée des élites, désormais confrontée à un État de droit indépendant qui peut juger sans distinction les puissants. Pour d’autres, ce scénario nourrit une perception de chasse aux sorcières politique, où des décisions judiciaires seraient détournées à des fins partisanes, remettant en question la neutralité du système judiciaire. Les amis de M. Nicolas Sarkozy s’en sont d’ailleurs donné à cœur joie sur ce registre, sans ce rendre compte qu'ils affaiblissaient ainsi la démocratie. Car la question qui reste en suspens est quelles sont les implications de ces affaires pour la démocratie française ? Je vois à titre personnel deux réponses possibles. La première est positive, c’est celle de la l'existence d'une vraie force de la démocratie liée l'indépendance de la justice. Ces derniers thèmes sont sans doute à modérer, mais il est rassurant de constater qu’en France, nous avons été capables de condamner à deux voire trois occasions un ancien président de la République pour des faits d’une extrême gravité. On peut aussi voir dans ces condamnations, même s’il aura fallu une quinzaine d’années pour y arriver, une victoire de l’État de droit. Elles montrent que la justice peut fonctionner de manière autonome, même si elle subit sans doute des pressions politiques qui la ralentissent. Autre point, ces condamnations montrent aussi  qu’il y a dans ce pays, en dépit d’un classement mondial encore fortement améliorable, une tolérance limitée pour la corruption et les abus de pouvoir. Dans ce schéma, le fait que l’ancien président Sarkozy soit jugé et condamné, puis mis en prison, constitue un signal fort envoyé à tous les citoyens sur le fait que personne n’est intouchable. Cela devrait renforcer la confiance dans les institutions, en soulignant que les pouvoirs politiques sont soumis à un contrôle judiciaire indépendant, un pilier fondamental dans toute démocratie mature.

À l’inverse, on peut voir dans ces condamnation un risque potentiel : celui de la polarisation accrue de la vie politique. Quand un ancien président est condamné de manière aussi spectaculaire, cela peut alimenter des théories de partisanerie judiciaire, créer des fractures encore plus profondes entre camps politiques, et donner à une partie de l’opinion le sentiment que le système judiciaire est utilisé comme un outil contre des adversaires, bref qu’il est instrumentalisé. Il faut alors se pencher sur le nombre de magistrats qui ont eu à travailler sur les « affaires Sarkozy », pour constater que l’instrumentalisation politique, comme l’argument des juges rouges évoqué plus haut, ne tiennent pas. Reste que le constat qui découle de ces affaires est plus que navrant : notre pays a été dirigé pendant 5 ans par un individu fort peu recommandable, multi-délinquant avéré, impliqué avec d’autres dans des affaires peu reluisantes, une sorte de capo di tutti capi… Bref, la honte !

Les condamnations de M. Nicolas Sarkozy, leur exécution et la manière dont elles s’inscrivent dans le débat public représentent cependant un moment charnière pour la démocratie française contemporaine. Elles posent frontalement la question de l’indépendance de la justice, de l’exemplarité des responsables publics, mais aussi de l’interprétation politique de décisions judiciaires. La tension qui en résulte - entre État de droit et risque de fracture institutionnelle - demeure au cœur du débat. Elle invite les Français, au nom desquels la justice est rendue, à réfléchir à ce que signifie réellement l’égalité devant la loi dans un pays qui se veut à la fois libre, juste et démocratique, mais qui reste aujourd’hui fragile face à la montée d'une extrême droite virulente et décomplexée. 

 

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Image générée par IA sur une requête personnelle.

mercredi 28 janvier 2026

BIENVENUE EN DYSTOPIE 2026

 
 

Comme les lecteurs du blog l’ont remarqué, et me l’ont signalé, celui-ci est resté silencieux depuis trois mois environ. Rien de grave, juste une activité personnelle très réorientée vers de l’associatif, avec une participation assez chronophage à la réserve préfectorale de défense et de protection civile…

L’actualité 2025 a été pourtant chargée, avec, en particulier, une présence massive d’évènements violents, que ce soit en Ukraine ou aux États-Unis. La guerre dans l’Est de l’Europe constitue la continuité d’une situation connue : suite à la révolution du Maïdan, le rapprochement entre l’Ukraine et l’Union Européenne, souhaité par les Ukrainiens, a fortement déplu à un pouvoir moscovite quasi-totalitaire, qui considère l’Ukraine comme une terre par essence russe. La situation mérite sans doute une analyse plus poussée, mais elle n’est pas le sujet de cet article de rentrée. En effet, à mon sens, 2025 a été caractérisée par des bouleversements majeurs dont l’origine se trouve essentiellement aux États-Unis. Je veux bien sur parler de l’élection de M. Donald Trump à la présidence de ce pays, de la montée en puissance de son administration, et des conséquences des politiques qu’elle met en place, conséquences qui s’exercent au niveau états-unien, mais aussi et surtout au niveau international. Et tout cela ressemble à une dystopie, c'est à dire à une fiction dépeignant une société organisée de telle façon qu'il soit impossible de lui échapper et dont les dirigeants peuvent exercer une autorité totale et sans contrainte de séparation des pouvoirs, sur des citoyens. Sauf que rien de ce qui suit n'est imaginaire ! 

Les évènements en cause sont tellement nombreux qu’il est difficile de savoir par où commencer. On retrouve d’ailleurs là une caractéristique de la politique de l’administration Trump, le « flood the zone », soit « inonder la zone » dans la langue de Molière, stratégie théorisée par le politicien d’extrême droite, très écouté à la Maison Blanche, M. Stephen Banon. Il s’agit de multiplier les annonces susceptibles d’être reprises par les médias, qu’elles soient excessives, vraies ou fausses n’ayant que peu d’importance. Le but est en effet de garder la maitrise de l’agenda de communication, et de distraire ces médias, mais aussi l’opposition politique et l’opinion publique de sujets importants possiblement défavorables au pouvoir en place. On est là dans une confusion entretenue entre communication et gouvernance. Ainsi, les annonces se succèdent à un rythme qui empêche toute hiérarchisation. Une déclaration en contredit une autre, parfois à quelques heures d’intervalle, sans que cela ne soit perçu comme un problème. L’incohérence n’est plus un dysfonctionnement mais elle devient une méthode. Dans l’univers dystopique de Trump, la politique ne résulte pas de décisions rationnelles. Elle est une scène où l’essentiel est d’occuper l’attention.

Cela ne suffirait cependant pas à assurer un pouvoir fort. Il faut également éliminer les contrepouvoirs. On peut tout d’abord penser aux contrepouvoirs politiques internes. Trump contourne ainsi systématiquement le Congrès, par son utilisation intensive des « executive orders ». Pourtant, dans le système américain, ces décrets ne doivent pas remplacer des lois votées par le Congrès. Leur usage permanent étend cependant le pouvoir présidentiel au-delà des limites prévues par la Constitution. On attend d’ailleurs l’avis de la Cour Suprême sur certains de ces décrets qui pourraient se voir annulés. Autres éléments attestant de la volonté hégémonique du président américain : M. Donald Trump a licencié un grand nombre d’inspecteurs généraux, chargés de surveiller et d’enquêter sur la gestion des agences, sans respecter les obligations légales de notification au Congrès. De plus, des tests de loyauté pour l’emploi dans l’administration ont été mis en place, notamment dans les services de renseignement ou les forces de l’ordre, avec pour effet de favoriser la fidélité politique plutôt que le mérite professionnel, un moyen de réduire la culture d’indépendance dans l’administration fédérale. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder qui a été nommé à la tête du FBI, de la CIA, ou des différents ministères. La plupart de ces personnes n’ont absolument pas les compétences nécessaires à leurs fonctions, mais ce sont tous des soutiens fidèles et inconditionnels de M. Donald Trump. Ces responsables agissent en disqualifiant les médias d’investigation, qualifiés d’ennemis. Au sein de leurs agences, les mécanismes de contrôle sont présentés comme des entraves illégitimes à la volonté populaire. On licencie les fonctionnaires intègres pour les remplacer par des agents moins qualifiés, mais loyaux au pouvoir en place, avec les conséquences que l’on a vues, par exemple au sein de la gestion du trafic aérien, ou, plus récemment au sein de la police de l’immigration (ICE). Celle-ci recrute des gens peu qualifiés, dont une trentaine sont des repris de justice (pour des infractions graves), les forme à la va-vite (22 semaines), ce qui a conduit en 6 mois à une vingtaine d’accidents armés, dont deux mortels, et à des interventions assez souvent illégales. Cette façon de procéder, assez généralisée, ne supprime pas immédiatement l’État de droit, mais elle l’érode. Elle installe l’idée que la légalité devient une opinion parmi d’autres, et que la loyauté personnelle vaut plus que la compétence ou l’indépendance.

Toujours à l’intérieur des Etats Unis, une des caractéristiques de la politique menée par M. Donald Trump a été le démantèlement voulu des capacités publiques. Porté par un Elon Musk « sous kétamine » pour reprendre les propos de M. Claude Malhuret, le DOGE (Department of Government Efficiency ou ministère de l’efficacité gouvernementale) s’est empressé de s’attaquer aux services publics. L’administration a ainsi proposé une réduction totale de 163 milliards de dollars du budget fédéral pour 2026 dans les dépenses non liées à la défense. Ces coupes visent surtout la santé, l’éducation, la recherche scientifique et l’environnement. Citons à titre d’exemple, le budget proposé pour les National Institutes of Health (NIH), financeurs de la recherche médicale, en baisse d’environ 40 % comparé à l’année 2025, soit près de 18 milliards de dollars de coupes, ou le budget de la National Science Foundation (NSF), qui finance une large partie des sciences universitaires et fondamentales, en baisse de plus de 55 %. La science est particulièrement visée, car elle constitue un des contrepouvoirs dont M. Donal Trump et ses sbires ont peur. Leur rapport à la science constitue d’ailleurs un marqueur central de la dérive en cours de « l’Empire américain ». Les agences sont soupçonnées, les chercheurs discrédités, les données relativisées dès lors qu’elles contredisent le récit politique. La vérité devient alors une variable d’ajustement. Ainsi, l’Environmental Protection Agency (EPA), un des principaux garants de la qualité de l’eau, de l’air et de la sécurité environnementale, a fait face à une réduction de budget d’environ 54 %, ce qui a induit la suppression de programme de recherches, mais aussi des baisses sensibles des subventions d’État pour des infrastructures d’eau potable et d’assainissement, jusqu’à 87 % dans certains fonds alloués aux agences de bassin. Citons aussi le budget de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), réduit de près de 25 à 28 %, menaçant ainsi la capacité nationale à gérer la météo, le climat et les océans. Au total, plus de 200 programmes fédéraux ont été arrêtés ou supprimés en 2025, notamment dans la recherche médicale, environnementale, la justice environnementale et le financement de projets de résilience climatique. Derrière la froide rigueur des chiffres, on constate donc que les coupes et restructurations budgétaires affectent des institutions centrales de la santé publique, de la recherche scientifique, de la protection de l’environnement. Dans tous ces domaines, l’expertise est perçue non comme un outil d’aide à la décision, mais comme une menace idéologique. Or, même lorsque le Congrès atténue certaines mesures, ou que des victoires judiciaires restituent une partie des budgets, l’effet cumulé reste une érosion significative de services publics essentiels. On induit ici un paradoxe, qui voit un pouvoir fort dans le discours, mais devenant faible dans l’expertise. Ceci produit un système vulnérable, dépendant de « consultants » idéologiques et d’improvisations stratégiques. La dystopie ici n’est pas seulement autoritaire ; elle est incompétente !

Il faut également éliminer les contrepouvoirs à l’extérieur des Etats-Unis. Plusieurs éléments caractérisent la politique états-unienne du jour. Ainsi, depuis le début de sa deuxième présidence (à partir de janvier 2025), les États-Unis ont proposé, ou se sont retirés de 66 organisations internationales, y compris des structures liées aux Nations Unies qu’ils jugeaient contraires à leurs intérêts. Les États-Unis se sont aussi retirés ou désengagés de plusieurs accords multilatéraux, par exemple de l’accord de Paris (alors que 77% des citoyens américains y sont favorables), du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, et plus récemment de l’Organisation Mondiale de la Santé. Le désengagement des Etats-Unis passe aussi par la suspension ou la réduction drastique de contributions financières à des fonds et mécanismes internationaux, notamment en matière de santé ou de climat, ce qui fragilise leur capacité d’action collective. Ils ont également saboté des mécanismes de régulation internationaux comme l’organe d’appel de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en refusant d’y confirmer des juges. On peut également mentionner le décret exécutif signé par M. Donald Trump qui impose sanctions financières et restrictions de visa à des responsables de la Cour pénale internationale (CPI), notamment ceux enquêtant sur des affaires liées aux actions américaines ou de ses alliés. Il en va de même pour des individus qui se sont opposés aux pouvoirs exorbitants des GAFAM, ou en dénonçant leurs abus. La méthode Trump, qui privilégie les pressions voire les menaces plutôt que la négociation, conduit à l’affaiblissement des cadres collectifs qui servaient précisément de contrepouvoirs internationaux. Ceci est dystopique parce que les structures censées protéger les entités que sont les États des abus d’une puissance extérieure sont vidées de leur fonction.

Comme si tout cela ne suffisait pas, les Etats-Unis s’attaquent plus particulièrement à leurs anciens alliés. Rappelons ici les volontés d’annexion émises par l’administration Trump : le Canada comme 51e état, la reprise du canal de Panama aux Panaméens, ou l’annexion du Groenland, territoire associé au Danemark. Pire que cela, l’administration Trump semble bien plus à l’écoute des attentes de M. Vladimir Putin au sujet de l’Europe et de l’Ukraine, qu’à celle des alliés historiques des États-Unis, à savoir les États européens. S’il fallait en douter encore, le lecteur repensera aux droits de douanes que le président des États-Unis a imposés aux pays de l’UE, sous des prétextes aussi fantaisistes que fallacieux. Nous sommes bien en présence d’un marqueur dystopique : le glissement de la coopération vers la désignation permanente d’ennemis, y compris parmi les proches. Les anciens alliés sont donc traités de façon autoritaire et/ou mensongère, soit comme de simples clients, soit comme des profiteurs, soit comme des rivaux économiques. Dans cette « logique » trumpienne, un pays n’est plus un partenaire mais un débiteur potentiel. La protection états-unienne devient donc conditionnelle et révocable. Dystopie à nouveau, donc, car on passe d’un monde structuré par des institutions à un monde gouverné uniquement par des rapports de force personnalisés. De plus, alors que les anciennes alliances étaient fondées sur la confiance et la stabilité des engagements, M. Donald Trump fait du chaos généré par son attitude globale, entre déclarations contradictoires, menaces publiques et humiliations diplomatiques, un outil. Or, un système international sans fiabilité, dans lequel les dirigeants (en particulier européens) ne savent plus si un traité signé aujourd’hui sera respecté demain, produit un climat de méfiance caractéristiques des dystopies politiques.

Dans ce schéma global, la ligne de fracture se situe donc entre aujourd’hui entre les régimes autoritaires (ou dictatoriaux), dans lequel on peut classer les Etats Unis de M. Donald Trump, et les démocraties, aussi imparfaites soient-elles, telles que la plupart des pays européens. Traditionnellement, l’alliance occidentale reposait sur une adhésion aux principes de l’État de droit et aux droits de l’Homme. Dans le monde merveilleux de M. Donald Trump, on substitue aux rapports entre nations régis par la diplomatie internationale, une diplomatie de l’affinité personnelle, du copinage, marquée par un éloge plus ou moins fort des dirigeants autoritaires. Les gouvernements européens ne sont plus jugés sur leurs institutions, mais sur leur degré d’alignement politique ou rhétorique. Ce remplacement du droit et des normes par le plus pur arbitraire relationnel est également un des marqueurs de dystopie.

Dans ce contexte malsain, les Etats-Unis en se retirant d’accords, se retirent de processus. Ils quittent les tables où se décident les normes, pour écrire les leurs qu’ils imposeront (ou tenteront d’imposer) ensuite aux autres. Dans « l’Amérique trumpienne », ce repli n’est pas seulement stratégique ; il est idéologique. Il repose sur l’idée que toute interdépendance est une perte de souveraineté et que toute règle commune est une contrainte injuste. Dans un monde pourtant traversé par des crises globales — climatiques, sanitaires, technologiques — cette posture produit une marginalisation progressive, devenue très perceptible au cours des 2 derniers mois.

Ce que je crains, ici, et de façon globale, c’est que nous ne soyons pas en présence d’une anomalie isolée. Je crains que ce que j’ai décrit ne s’inscrive dans d’une dynamique internationale plus profonde, caractérisée par l’affaiblissement de l’état de droit, le mépris des savoirs, la diplomatie du plus fort, et une gouvernance fondée sur le mensonge et l’émotion. Ce qui se joue aussi est la mise en place d‘une véritable concurrence entre réalité et narration, générant les fameux « faits alternatifs ». Ceci interpelle le chercheur que j’ai été pendant des années, tentant pas tous ses modestes moyens de faire émerger des consensus que l’on estimait proches de « vérités ». Aujourd’hui, lorsqu’un indicateur dérange, on attaque sa méthode. Lorsqu’un rapport alerte, on attaque ses auteurs. Lorsqu’une crise survient, on attaque ceux qui la décrivent. Bienvenue donc en dystopie 2026. À mon sens, il faut y voir un avertissement politique, surtout à la veille des échéances à venir dans notre pays. Ce moment montre qu’une démocratie peut basculer vers un régime autoritaire assez vite finalement, et pas forcément par la violence mais par un désordre organisé. En lien, 2026 ne s’est pas ouverte sur un coup d’État spectaculaire, ni sur un effondrement soudain des institutions. Elle s’est installée dans la continuité. Une continuité faite de glissements, de renoncements progressifs, de contradictions assumées et surtout, me semble-t-il, d’une fatigue démocratique devenue structurelle, en France comme en Europe. La dystopie contemporaine n’a pas la brutalité des fictions classiques, elle ne nécessite pas la présence de chars dans les rues. Elle avance néanmoins par chocs successifs et par saturation, que je vois comme une prédation des esprits. La question en suspens n’est plus de savoir ce qui a été détruit, car on le perçoit, mais ce qui peut encore être reconstruit… 

 

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Utopie ou dystopie. Image générée par IA. 2022. Auteur : Monsieur Vili - Wikimedia Commons.

jeudi 9 octobre 2025

« CHAT CONTROL », NOUVELLE MENACE SUR LES LIBERTÉS INDIVIDUELLES !

Très peu médiatisé, possiblement en raison des contextes nationaux et internationaux, le projet européen dit « Chat Control » pose pourtant de potentiels risques en matière de libertés publiques. Le lecteur trouvera ci-dessous quelques éléments qui permettent d’y voir plus clair. Par ailleurs, pour être totalement transparent, il convient de préciser que cet article a été écrit par l’auteur du blog, mais en s’appuyant - pour de larges extraits - sur une synthèse fournie par l’outil Chat GPT. L’authenticité des informations et références données par l’IA ont été néanmoins été vérifiées par l’auteur.

La proposition de règlement européen surnommée « Chat Control » a été lancée par la Commission Européenne le 11 mai 2022, sous l’impulsion de la commissaire Ylva Johansson, membre du parti social-démocrate suédois des travailleurs. Son intitulé officiel est « règlement établissant des règles pour prévenir et combattre les abus sexuels sur les enfants ». L’objectif affiché, fort louable au demeurant, est de lutter plus efficacement contre la diffusion en ligne de matériels pédopornographiques (aussi appelés CSAM, Child Sexual Abuse Material, 1). Le texte suit la procédure législative ordinaire de l’UE. La Commission a formulé la proposition initiale, puis le Parlement européen et le Conseil de l’UE (États membres) doivent conjointement l’adopter, ce qui a donné lieu à de vives négociations. Fin 2023, le Parlement – notamment sa commission LIBE (LiBertés civiles) – a exprimé de fortes réserves. Au même moment, les eurodéputés ont largement vidé de sa substance le projet initial : ils ont voté l’interdiction d’une surveillance indiscriminée des chats privés et affirmé la protection du chiffrement (2). Cette version amendée n’obligerait les contrôles qu’à l’encontre de cibles spécifiques et suspectées, contrairement au projet de départ qui imposait un scan généralisé de tous les messages sur toutes les plateformes. Depuis, les gouvernements européens restent divisés sur cette question. C’est finalement la présidence danoise du Conseil (débutée en juillet 2025) qui a remis le dossier sur la table comme priorité absolue. La Première ministre danoise, Mme. Mette Frederiksen, partisane de l’initiative, a relancé des négociations intensives en s’appuyant sur des éléments des compromis belge et hongrois de 2024 (3). Le texte danois réintroduit notamment l’idée d’un scannage obligatoire y compris avant chiffrement (en anglais, clientside scanning) et d’une classification des services en fonction du risque.

La proposition « Chat Control » suscite de vives inquiétudes en matière de vie privée, de protection des données et de libertés publiques. Ses détracteurs estiment qu’elle instaurerait une forme de surveillance de masse des communications privées sans précédent, en contradiction avec les droits fondamentaux garantis par l’UE (4). En effet, le règlement obligerait le scan automatique du contenu de tous les messages, images et vidéos échangés en ligne, y compris sur les messageries chiffrées de bout en bout ! Une telle intrusion généralisée violerait directement le secret des correspondances (articles 7 et 8 de la Charte des droits fondamentaux de l’UE protégeant la vie privée et les données personnelles ; 5) . Aucune suspicion préalable ne serait requise pour fouiller ainsi les échanges de 450 millions d’Européens, ce qui pose un grave problème de proportionnalité aux yeux de nombreux juristes et défenseurs des droits.

En lien avec ce qui précède, le service juridique du Conseil de l’UE a estimé que le fait de filtrer les communications interpersonnelles de l’ensemble des citoyens serait incompatible avec le droit au respect de la vie privée et la jurisprudence européenne, qui proscrit les systèmes de surveillance généralisée non ciblée (4). De même, les autorités européennes de protection des données (EDPS et EDPB) ont, dans un avis conjoint de 2022, averti que le texte pourrait aboutir à un « scannage généralisé et indiscriminé du contenu de pratiquement toutes les communications électroniques », avec un effet dissuasif majeur sur l’exercice de la liberté d’expression en ligne (6). En clair, si les internautes savent que tous leurs messages sont passés au peigne fin, ils pourraient s’autocensurer et renoncer à communiquer librement par crainte d’être signalés aux autorités. Plus inquiétant, sans doute, le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU a lui aussi mis en garde contre ces conséquences et souligné qu’une telle surveillance sans discrimination serait difficile à justifier au regard du droit international des droits de l’Homme (7).

D’une façon générale, le diable se cache dans les détails. Si l’on ne peut contester la pertinence de la lutte contre la pédocriminalité, et sans nier l’importance du problème, le projet tel que présenté revient à essayer d’éliminer un moustique avec un bazooka. Il existe de plus des raisons techniques d’inquiétude. Une d’entre elles est le signalement de « faux positifs ». Les algorithmes de filtrage d’images et de textes ne sont, en effet, pas infaillibles : ils peuvent identifier à tort des contenus anodins comme potentiellement pédopornographiques (4). Des chiffres montrent que la grande majorité des signalements automatisés actuels sont infondés. Par exemple, en Irlande, seulement 20% des rapports transmis à la police sur la base de détections se révèlent concerner réellement du matériel d’abus d’enfants – 80% s’avèrent donc être des faux positifs ou du contenu non condamnable. De même, la police fédérale suisse a indiqué que 86% des signalements issus des scanners privés (comme sur Gmail ou Outlook) impliquaient en réalité des citoyens innocents, mis en cause à tort par la technologie. Deux conséquences graves à cela. Premièrement, des individus innocents seront montrés du doigt et possiblement soumis à la haine qui se déversera alors sur les réseaux dits sociaux. Deuxièmement, les autorités de police et de justice se verront ralenties par des de multiples enquêtes relatives aux signalements infondés.

Enfin, les défenseurs des droits craignent un glissement délétère. Une fois l’infrastructure technique en place pour scanner tous les messages à la recherche de CSAM, qu’est-ce qui empêcherait à l’avenir de l’étendre à d’autres contenus (5, 7) ? Et par voie de conséquence, quid des entraves potentielles à la liberté d’expression et au travail des journalistes, avocats ou défenseurs des droits qui verraient leur nécessaire confidentialité disparaître ? Plusieurs observateurs font le parallèle avec des régimes autoritaires : une telle censure automatisée pourrait demain servir à traquer la dissidence politique, ou tout autre contenu indésirable, si le périmètre du scan venait à s’élargir (5, 7). A l’heure où certains milieux sont plus prompts à dénoncer un pseudo « écoterrorisme » que les malfaiteurs qui peuplent leurs rangs, ou d’autres traquent leurs opposants politiques en qualifiant leurs opinions « d’extrémistes », et à un moment où la montée de ce qui ressemble fortement à un certain fascisme dans plusieurs pays européens est avérée, il y a là, me semble-t-il, de justes raisons de s’inquiéter…



Références :

1. Anonyme. Prévention des abus sexuels sur enfants en ligne. Conseil de l'Union européenne.
Consultable en ligne :
https://www.consilium.europa.eu/en/policies/prevent-child-sexual-abuse-online/#:~:text=Voluntary%20detection%20and%20reporting%20by,mean%20abuse%20can%20continue%20undetected

2. Jade Emy. Victoire de la vie privée : Le contrôle du Chat a été reporté pour la deuxième fois ! Octobre 2023.
Consultable en ligne :
https://securite.developpez.com/actu/349872/Victoire-de-la-vie-privee-Le-controle-du-Chat-a-ete-reporte-pour-la-deuxieme-fois-Voici-pourquoi-les-plans-de-balayage-CSAM-de-l-UE-doivent-echouer-d-apres-Tutanota/

3. Yaël Ossowski. Opinion Euroviews. Return of chat control: Something is rotten in the state of Denmark. Euronews. Août 2025.
Consultable en ligne :
https://www.euronews.com/next/2025/08/08/return-of-chat-control-something-is-rotten-in-the-state-of-denmark

4.Anonyme. Règlement établissant des règles en vue de prévenir et de combattre les abus sexuels sur enfants. Wikipédia.
Consultable en ligne :
https://en.wikipedia.org/wiki/Regulation_to_Prevent_and_Combat_Child_Sexual_Abuse

5. Rafael Pinto Borges. EU Chat Control law is a step towards mass surveillance. Brussels signal. Août 2025.
Consultable en ligne :
https://brusselssignal.eu/2025/08/eu-chat-control-law-is-a-step-towards-mass-surveillance/#:~:text=The%20law%E2%80%99s%20implications%20are%20profoundly,By

6. Anonyme. Avis conjoint 4/2022 de l’EDPB et du CEPD sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant des règles en vue de prévenir et de combattre les abus sexuels sur enfants. European data protection board. Juillet 2022.
Consultable en ligne :
https://www.edpb.europa.eu/system/files/2023-02/edpb_edps_jointopinion_202204_csam_fr.pdf

7. Anonyme. UN Human Rights Commissioner warns against chat control. Patrick Breyer website. Juillet 2022.
Consultable en ligne :
https://www.patrick-breyer.de/en/un-human-rights-commissioner-warns-against-chat-control/#:~:text=,censorship.%E2%80%9D

 

Crédit illustration :

Andy Yen. C’est au tour de l’Union européenne d’admettre que le « Chat Control » ne fonctionnera pas. Proton Blog.
https://proton.me/blog/fr/eu-chat-control

 

Remerciements :

Merci à M. Delgado pour avoir attirée mon attention sur ce sujet et pour les références de lecture.. 

 

 



dimanche 7 septembre 2025

RENTRÉE À FORGES : LES BONS ET MAUVAIS POINTS !



Voilà un week-end chargé, avec deux évènements majeurs derrière nous : le forum des associations et la brocante. Des occasions d'échanger entre Forgeois, et pour moi de pointer du doigt quelques bons et mauvais points.

Au chapitre des satisfactions, et il est important de reconnaitre ce qu'une municipalité pourtant souvent défaillante peut - quand elle le veut - faire de bien. Je citerai ici quelques travaux d'été qui amélioreront sans doute la vie de nos concitoyens. Le plus marquant est à mon sens la création de trottoirs dans le secteur de l'Alouetterie et la pose de ralentisseurs dans une section de route départementale où nous avions vu quelques excès de vitesse significatifs (de mémoire plus de 150 km/h à Bajolet), d'où la pose d'un ralentisseur qu'une des équipes municipales à laquelle j'appartenais avait réalisée. De même pour le ralentisseur à l'entrée de de l'Alouetterie, installé là il y a au moins 10 ans, et complété en août de cette année par deux ou trois autres et une longue section à 30 km/h. Je n'ai pas vérifié si les côtes de ces ouvrages sont conformes aux recommandations, mais elles le semblent. Dans mes documents, j'avais conservé ceci, sans que je puisse m'assurer que ce texte soit toujours valable : pour les ralentisseurs trapézoïdaux, hauteur égale à « celle du trottoir moins deux centimètres, sans toutefois dépasser 15 cm. Les deux centimètres de garde sont destinés à bien marquer visuellement le trottoir en particulier pour les enfants, et à permettre aux personnes aveugles et malvoyantes de le détecter; pente des rampes d'accès au minimum 5% sans dépasser 10% ». Il y a aussi eu des coups de peinture à droite et à gauche dans la commune et un peu de fauche réalisés cet été mais pas de quoi faire les gros titre du journal local. Quoi qu'avec cette équipe, tout est bon pour se faire mousser. Quand je pense que Madame la maire a organisé une inauguration du parc des Thermes après quelques petits travaux d'entretien, au motif que les Forgeois ne connaissaient pas l'endroit, je me dis que l'équipe a dû se rendre compte que le bilan global des 5 dernières années était plus que médiocre et qu'il fallait mettre le paquet en vue des élections. C'est vrai que quand tu ne fais pas grand chose et que tu touches des indemnités en parallèle, certains ou certaines doivent avoir envie d'y repiquer...

Au sujet des élections, j'ai reçu comme beaucoup sans doute un tract d'une liste citoyenne en vue des municipales. Soyons clair, si le titre de « liste citoyenne » est raccord avec le nom de mon blog, je ne fais pas partie de cette liste et je n'en serai pas. En revanche, les orientations décrites dans le tract sont très prometteuses, et, disons-le, assez orthogonales à ce que l'actuelle municipalité a fait (ou n'a pas fait) depuis 5 ans et demi ! À titre personnel, je soutiendrai donc ce projet sans réserve. Il semblent donc y avoir trois projets de liste dans notre commune, l'équipe actuelle se représentant sans aucun doute, au côté d'une liste estampillée LFI, et d'une liste citoyenne... Alentours, j'ai cru comprendre qu'il y aurait 4 listes à Fontenay, et probablement 2 à Angervilliers.

Au chapitre des satisfactions, on peut également citer la tenue du forum des associations hier samedi 6 septembre, dans un endroit spacieux, où les associatifs ont pu se retrouver et présenter leurs activités. L'organisation était tout à fait correcte, ce qui a contribué au bon déroulement de la journée. Certains élus actuels étaient présents, et j'espère qu'ils ont pris conscience du rôle bénéfique d'un monde associatif qu'ils n'ont considéré pendant 5 ans que comme un « centre de dépenses », et fournisseur de bénévoles et d'auxiliaires potentiels au seul profit de la mairie...

Le week-end a été en revanche quelque peu gâché par une organisation déficiente de la brocante. Certains exposants ont été bloqués presque une heure dans Forges, en raison de l'impossibilité d'accéder aux rues réservées. Explication : des véhicules stationnaient à divers endroits et il a fallu attendre l'arrivée de plateaux pour les enlever. Je ne comprends pas que les places prévues pour les brocanteux n'aient pas été délimitées par des barrières, le stationnement clairement interdit, et je suis aussi très surpris que personne ne semble être passé la veille et/ou le matin très tôt pour vérifier le dégagement des places. Surtout qu'adeptes du « moins j'en fais, mieux je me porte », la municipalité a décidé d'ouvrir la brocante aux visiteurs qu'à 8H30. De mémoire, lorsque les équipes auxquelles j'ai appartenu organisaient cette brocante, tout le monde était sur le pont dès 5H00 du matin, les accès aux places vérifiés et sécurisés, l'accès des exposants se faisant parfois dès 05H45... C'était une autre époque, où les élus avaient sans doute une notion plus prégnante et plus exigeante de l'engagement personnel. Ce dysfonctionnement matutinal a fait du bruit, car passé ce jour à la boulangerie de Bris, certains se plaignaient d'avoir été longtemps bloqués dans Forges. De mon côté, j'ajouterai l'absence de contrôle des circulations, comme nous le faisons aux abords, avec des usagers de la route empruntant à contre-sens la rue de l'église le long de la mairie, ou se garant devant des sorties de type « bateaux ». Là aussi, l'engagement des élus auraient pu permettre d'éviter ces problèmes. Mais autre temps, autres mœurs...


Crédit illustration :

D'après un dessin de PL. 
https://www.bonnesimages.com/bientot-le-week-end

 



mercredi 27 août 2025

C’EST LA RENTRÉE ET C’EST DÉJÀ LE BAZAR !


Il n’aura échappé à personne que le mois d’août touche à sa fin et qu’il flotte d’ores et déjà dans l’air une odeur de rentrée. Celle-ci s’annonce mouvementée aux plans social et politique, et pour cause…

Plusieurs informations ont été distillées depuis juin par le gouvernement, et nommément par le premier ministre, M. François Bayrou, en regard du budget de l'État et de la dette qui s’accroit lentement mais sûrement. Il a été ainsi évoqué la nécessité de réaliser 40 milliards de réduction budgétaire. Si on ne peut nier que la dette du pays s’accroit depuis des années, et en particulier depuis le « quoi qu’il en coûte » de la période CoViD et post-CoViD, les analyses diffèrent sensiblement sur les causes profondes et les éventuels remèdes à apporter. Du coté de l’extrême-droite et des « Républicains » qui les ont rejoints, le discours pointe du doigt l’immigration qui couterait trop cher à la France, la plupart des immigrés venant chercher ici des aides sociales et médicales dont ils ne disposent pas dans leur pays d’origine. On retrouve également dans les causes des déficits budgétaires proposées par ces clans politiques, l’effroyable « assistanat » qui gangrènerait le pays. Celui-ci mêle sous ce vocable, les bénéficiaires du RSA (que l’on doit faire travailler gratuitement), les personnes touchant les allocations de rentrée (tout cela pour acheter des écrans plats ou des TV) et bien sur ces fainéants de chômeurs qui profitent des allocations pour ne pas travailler (je cite de tête « l'argumentaire »). Comme le pensent aussi les macronistes, on ajoutera une couche sur la « fraude massive » aux aides sociales des bénéficiaires, qui coûte « un pognon de dingue », que l’on se gardera bien de mettre en perspective. À gauche, l’analyse de la situation est plus limitée, même si l’on pointe du doigt – et en partie avec raison – l’existence des niches fiscales et la limitation volontaire des recettes dans le budget de l’Etat.

Ce dernier point est bien évidemment critique, car on ne peut passer sous silence les milliards auxquels les gouvernements Sarkozy, Hollande et Macron ont renoncé. Citons parmi ceux-ci, les aides aux entreprises à hauteur de plus de 200 milliards annuellement, sans contrepartie sur l’emploi. Ajoutons la faible motivation de la recherche des fraudes fiscales à hauteur de 60 à 80 milliards annuellement selon les sources syndicales, et la même faible motivation à traquer les fraudes sociales du côté des employeurs et des professions dites libérales, estimées à 15 milliards d’euros. Si le lecteur n’est pas persuadé de cette absence de volonté, rappelons que depuis sa création en 2008, la DGFiP a perdu plus de 33 000 ETP (équivalent temps plein) soit près de 30 % du total de ses effectifs en 17 ans ! En 2025, 550 emplois supplémentaires y seront supprimés, soit 25 % du total des suppressions dans la fonction publique d’État ! Trois éléments peuvent être ajoutés à cette liste. En premier lieu, la suppression emblématique de l’ISF, qui prive l’Etat de 5 à 7 milliards de recettes annuelles, montant sensiblement équivalent à, deuxième item, celui du crédit impôt-recherche. Cette aide a été jugée sévèrement par la Cour des Comptes, qui indique dans un langage très diplomatique, qu’elle n’a pas démontré d’utilité dans sa forme actuelle. Elle bénéficie en effet majoritairement aux grandes entreprises et aux cabinets d’études qui les aident dans la préparation de leurs dossiers ! Enfin, troisième élément, l’absence de volonté de taxation des « ultra riches », qui a trouvé son apogée dans le rejet par le Sénat de la « taxe Zucman » (du nom de l’économiste fondateur de l’observatoire européen de la fiscalité) sur les plus hauts patrimoines et revenus. Selon des sources syndicales non contestées, en taxant de 1% le patrimoine des 1% des Français les plus riches, on obtiendrait 30 milliards de recettes. Ajoutons à cela que selon l’Institut des politiques publiques, les ultra-riches français subissent 27% de prélèvements (tous impôts confondus) sur leurs revenus, contre 50% en moyenne pour le reste de la population française. Si on élargit à l’ensemble de leur patrimoine, et pas seulement aux revenus, ces prélèvements ne représentent plus que 0,2% de leur richesse. Ainsi, si on se limite aux 1 800 foyers fiscaux qui disposent de 100 millions d’euros ou plus de patrimoine, une imposition à 1% pourrait rapporter entre 10 et 20 milliards d’euros par an…

Face à ces chiffres qui commencent à percoler dans l’opinion publique, il se trouve que le gouvernement de M. François Bayrou a demandé des efforts majoritairement aux classes moyennes et moyennes supérieures, ainsi qu’aux classes défavorisées. Sont également ciblés les actifs du monde du travail qui devront travailler deux jours gratuitement, ainsi que les retraités, mis à contribution par la non revalorisation des pensions, et par une imposition plus élevée dès lors que leur pension dépassera 1700 euros mensuellement. De façon fort compréhensible, cela a entraîné des réactions virulentes, dont la plus visible à ce jour s’incarne dans le mouvement « bloquons tout », qui propose, dès le 10 septembre, des blocages de routes, un boycott de supermarchés et des banques, et des menaces de grève dans différents secteurs-clefs… La situation s’est complexifiée avec la volonté affichée par le premier ministre de proposer un vote de confiance à l’Assemblée le 8 du même mois. De nombreux partis, et des analystes politiques prédisent que ce vote de confiance se traduira par la chute du gouvernement, et certains espèrent même que ce départ entrainera une démission – aujourd’hui très hypothétique – du Président de la République. On se trouverait alors dans une situation compliquée avec une absence de budget visant un redressement financier et une situation sociale tendue. Bref, nous sommes dans un beau bazar !

Une porte de sortie – pour le moment rejetée par M. Emmanuel Macron, serait une nouvelle dissolution de l’Assemblée, avec l’espoir de changer la majorité actuellement détenue par les partis agrégés au sein du NFP, nouveau front populaire. Leur succès électoral vient en effet - en très grande partie - de leur volonté de ne présenter que des candidats uniques dans les circonscriptions, et cela a payé. Malheureusement pour « la gauche », il est fort probable qu’une telle unité ne soit plus d’actualité. Entre le refus d’une partie du PS de voter pour un candidat LFI, la position jusqu’au-boutiste de ce même parti, la méfiance des écologistes et des communistes vis-à-vis de partenaires possibles, il semblerait qu’un laminage du nombre de députés de gauche soit une hypothèse envisageable en cas d’élections législatives. Comme le dit Mme. Marine Tondelier, responsable des écologistes : « je veux bien que quand on est que dix, on se divise en deux groupes de cinq, puis en trois groupes de deux, mais on va finir nulle part avec l’extrême droite au pouvoir et l’histoire nous jugera ». C’est le pari que le Président de la République pourrait néanmoins faire, jouant une nouvelle fois sur le réflexe dit républicain qui fera préférer un macroniste à un représentant de l’extrême droite, pour se construire une nouvelle majorité entre centristes et Républicains à l’Assemblée, une fois l'actuelle majorité de gauche disparue. Ce pari reste très risqué pour lui et, au-delà et surtout, pour le pays…



Crédit illustration :

Dessin de Dave Whamond - Andrew McMeel for UFS.