mardi 19 mai 2026

UNE HISTOIRE DE FASCINES


 Dans un article récent, je parlais du baratin auquel la réélection de l’équipe municipale allait nous exposer. Il n’aura pas fallu attendre trop longtemps pour en constater les premiers éléments. Ceux-ci portent sur la pose de fascines en bout de champ, rue du ruisseau et rue d’Adélaïau…


Les fascines sont des structures en général composées de branchages enchevêtrés, maintenus en position par des piquets enfoncés dans les sols. Elles ont pour objectif de réduire la vitesse de ruissellement de l’eau, permettant ainsi de limiter les ravinements sur les sols agricoles, et la disparition de ces sols. Elles sont également, dans les endroits sensibles à ce phénomène, en capacité de limiter l’érosion éolienne, dans les cas où les sols sont particulièrement légers. Elles sont donc primairement des dispositifs de lutte contre l’érosion, et non pas des dispositifs de lutte contre les inondations.

A Forges, la pose de ces fascines a été effectuée voilà peu. Après 6 ans sans action, et en lien avec des questions évoquées lors des réunions publiques pré-électorales, la question des coulées de boues d’origine agricole avait « réémergé », si je peux me permettre ce qualificatif en la matière. Coïncidence ou non, en février, la municipalité avait fait poser deux fascines aux endroits mentionnés plus haut, le tout comme à son habitude à grand renfort de communication. Or, puisque la commune vantait la concertation avec les habitants, je suis rapproché de certains d’entre eux qui m’ont indiqué ne jamais avoir été contactés… Ce ne serait pas la première fois que la mairie nous baratine à ce sujet. Je rappellerai ici la soi-disant concertation sur l’éclairage public, ou une soi-disant commission ouverte, ou plutôt entrebâillée, réservée finalement à quelques amis et proches soigneusement choisis.

Passons sur ce qui précède, car le véritable problème est que ces deux fascines n’auront sans aucun doute - et en l’état - qu’une efficacité limitée. Cet avis est motivé par plusieurs observations. Tout d’abord, la menace constatée sur ces deux sites n’est pas la seule arrivée de boue, c’est également une arrivée d’eau massive en provenance du bassin versant. Or, si la fascine peut dans certain cas limiter la vitesse d’écoulement des eaux, elle ne peut en limiter le volume qu'à la marge telle qu’elles sont posées à Forges. L’eau provient en effet, comme je l’écris ci-dessus, de tout le bassin versant, et elle se déverse par un linéaire bien plus important que celui de la fascine. À Adélaïau, par exemple, l’eau arrive en quantité par le chemin rural, mais aussi par le champ situé au-dessus de la ferme, et également par des ruissellements dans la rue de Launay, en direction du hameau de Launay-Maréchaux. La longueur active de la fascine est de 15 m environ, la verse de l’eau s’effectue, elle, par un linaire de 220m environ. On peut faire un constat similaire pour la fascine posée rue du ruisseau. 

Deuxième problème, pour que les fascines soient efficaces, il faut en poser de multiples, à différents endroits des bassins versants, comme illustré de façon schématique dans le document ci-dessus. L’idée est de limiter l’arrivée de l’eau en plusieurs endroits, à plusieurs niveaux, et éventuellement de la détourner des secteurs de la commune à protéger. Ce point illustre toute la difficulté qu’il y a à se protéger des ruissellements d’origine agricole, dans un « paysage » (au sens écologique du terme) où les structures qui permettaient de limiter fortement ces écoulements ont disparu. J’entends par là qu’une lutte efficace contre les ruissellements d’origine agricole inclurait la pose de novo de haies sur la totalité du bassin versant, ainsi que la recréation des noues et des fossés. Tous ces aménagements sont orthogonaux avec l’agriculture intensive qui repose en grande partie sur le machinisme agricole et l’ouverture des surfaces cultivées. En disant cela, il me faut être clair. Je ne jette pas la pierre aux agriculteurs qui sont, pour nombre d’entre eux, les victimes bien avant d‘être les acteurs d’un système de culture à haute intensité. Le problème est que ce mode de production induit des impacts environnementaux forts, dont les ruissèlements que nous observons dans notre commune ne constituent que la partie émergée de l’iceberg…

 

Crédit illustration :

Photo personnelle et https://www.grandsitesaintevictoire.com/actualites/des-fascines-en-pins-dalep/

jeudi 7 mai 2026

À FORGES, C’EST REPARTI POUR QUELQUES ANNÉES DE BARATIN !



Les élections municipales ont vu de nombreuses équipes réélues dans la communauté de communes du pays de Limours. Forges n’échappe pas à la règle, puisque l’équipe en place a été reconduite, malgré un bilan factuellement négatif et une très forte abstention. Analyse.

L’équipe municipale de Forges sur le mandat 2020-2026 s’est illustrée par un dilettantisme certain, un mépris constant vis-à-vis de certains Forgeois, et un nombre assez incroyable de bêtises en tous genres, voire d’irrégularités possiblement répréhensibles. J’ai listé certains de ces évènements dont dans deux articles récents (1,2). Cela n’a pas empêché sa réélection, face à une liste concurrente. Une des raisons que l’on peut mettre en avant est le fait que ces errements multiples ont été efficacement masqués aux yeux des Forgeois par une communication outrancière, parfois mensongère, mais finalement payante. En s’appropriant des réalisations qui ne sont pas les leurs, en organisant un battage médiatique autour d’autres réalisations qui ne relèvent que de l’activité normale d’une municipalité, l’équipe en place a mis en place la stratégie « trumpienne » du « flood the zone ». Comme je l'écrivais plus tôt, dans un autre billet, le but poursuivi ici est de « garder la maitrise de l’agenda de communication, et de distraire ... l’opposition politique et l’opinion publique de sujets importants possiblement défavorables au pouvoir en place. On est là dans une confusion entretenue entre communication et gouvernance ». Au niveau communal, la municipalité en multipliant les communications, a donné l’impression qu’elle agissait, distordant ainsi la réalité. Je rapproche cet élément de l’analyse faire par M. Paul Watzlawick qui écrivait dans un de ses ouvrages que l’on peut considérer  « qu’il existe différentes versions de la réalité, dont certaines peuvent être contradictoires, et qui sont toutes des effets de la communication, non le reflet de vérités objectives et éternelles » (3).

Le deuxième élément assez paradoxal, en regard des résultats électoraux, est la différence flagrante entre programmes des listes en présence. Du côté de la liste réélue, le programme minimaliste, consistait surtout à dire « on continue ». On continue à quoi, mystère ? La liste d’opposition, elle, présentait un programme très structuré, novateur et par certains aspects ambitieux. Les résultats montrent que celui-ci n’a pas suffisamment retenu l’attention d’une majorité d’électeurs. Une des explications est que les programmes proposés ne semblent pas être décisifs dans le choix des électeurs, au niveau municipal au moins. Il me semble, et n’y voir là qu’une impression, que cela traduit deux éléments à prendre en compte. Le premier est probablement l’inquiétude vis-à-vis du changement, que l’on peut traduire sous le vocable connu de « prime au sortant », autrement dit « on sait ce que l’on a, et pas ce que l’on pourrait avoir ». Le second est que du moment que les trottoirs sont balayés, et qu’il ne s’est rien passé de grave dans la commune, une majorité de Forgeois se contente finalement de la situation. En ce sens, malgré les constats faits, l’absence d’une véritable opposition lors de la mandature précédente a pesé sans doute très lourd, en renforçant l’impression - fausse - que tout se passait normalement dans cette commune, loin de la « réalité objective » mentionnée plus haut.

Cette analyse quelque peu désolante doit cependant être pondérée par deux autres éléments. Le premier se trouve dans les résultats somme toute encourageants obtenus par la liste d’opposition, constituée en partie de Forgeois de fraîche date, très insatisfaits du fonctionnement municipal, rejoints en cela par plus de 600 électeurs. Le second, plus significatif à mon sens, est le volume de l’abstention, puisqu’un peu plus d’un inscrit sur 2 seulement s’est donné la peine de voter. Il s’agit d’une tendance globale au niveau national, sans doute significative d’un désintérêt de la politique, certains de nos concitoyens ayant d’autres priorités, voire d’autres urgences telles que des fins de mois à boucler. Il peut aussi s’agir non plus d’un désintérêt, mais d’une méfiance, d'une défiance, sur le mode connu du « tous pourris », ou « cela ne changera rien pour moi ». 

La vision décrite ci-dessus est erronée car c’est au niveau local que beaucoup de choses se jouent. Je pense en particulier au soutien aux plus fragiles, aux plus faibles, ceux que l’actuelle municipalité ne semble pas considérer comme des vrais Forgeois… Une éventuelle réduction du budget social de la commune pourrait très fortement les affecter. De même, l’absence de concertation avec les habitants, tout en faisant croire l’inverse, qui a été un des marqueurs communaux des années passées, pourrait bien perdurer. Il reste, si l’on veut faire bouger les curseurs, à comprendre comment mobiliser ceux que j'appellerai « les découragés de la politique ». L’enjeu est important, surtout à l'approche d’échéances électorales critiques, où l’on pourrait voir arriver aux affaires des extrémistes droitiers, à « coloration » raciste, xénophobe, et antisociale. En ce sens, la réélection à Forges d’une équipe qui s’est construite contre l’accueil de migrants et en défilant aux côtés du FN de l’époque, est un signal localement particulièrement inquiétant (4).



Références :

1. Les petits et gros mensonges du mandat 2020-2023 (1). Ce blog. Consultable en ligne.
https://dessaux.blogspot.com/2026/02/les-petits-et-gros-mensonges-du-mandat.html

2. Les petits et gros mensonges du mandat 2020-2023 (2). Ce blog. Consultable en ligne.
https://dessaux.blogspot.com/2026/03/les-petits-et-gros-mensonges-du-mandat.html

3. Paul Watzlawick. La réalité de la réalité. Le Seuil, éditeur. 1976.

4. Le Parisien revient sur l' épisode des migrants hébergés à Forges. Ce blog. Consultable en ligne.
https://dessaux.blogspot.com/2024/03/le-parisien-revient-sur-le-penible.html



Crédit illustration :

Dessin original de Deligne :
https://www.urtikan.net/dessin-du-jour/presidentielles-2012-vers-un-record-d-abstentionnistes/
Publié à l'origine via Urtikan.net, et ici avec l'aimable autorisation de l'auteur, que je remercie vivement.