dimanche 26 juillet 2026

ACÉTAMIPRIDE, LE GRAND MÉPRIS

Image illustrative de l’article Acétamipride

La loi d'urgence agricole, un texte validé par le sénat et l'assemblée nationale, permet d'envisager des dérogations pour l'utilisation de certains pesticides de la famille des néonicotinoïdes, dont l'acétamipride. Les néonicotinoïdes (NNI) sont utilisés pour lutter contre de nombreux insectes ravageurs des cultures en perturbant leur système nerveux. Or, cette utilisation est très controversée en raison des effets possibles ou avérés sur la santé humaine et sur l’environnement. Cela n’a cependant pas eu l’air d’affecter nos représentants outre mesure…

Côté science, il est pourtant clairement établi que les néonicotinoïdes présentent certains dangers. Le lecteur qui souhaite se faire une idée générale sur le sujet pourra consulter les pages Wikipédia dédiées aux NNI (1), particulièrement bien faites. Il existe par ailleurs des centaines de publications, donc de travaux, qui permettent de dégager de façon consensuelle le risque pour les pollinisateurs, notamment les abeilles. Même à faibles doses, en ciblant les récepteurs d'un neurotransmetteur central, l'acétylcholine, ces composés perturbent l’orientation de ces insectes, ainsi que leur capacité à se nourrir, leur reproduction et leur résistance aux maladies. L’exposition répétée à cette molécule, comme à d'autres néonicotinoïdes, peut donc contribuer à l’affaiblissement des colonies et au déclin des populations d’insectes pollinisateurs.

Ces pesticides ne touchent pas uniquement les abeilles et les insectes dits nuisibles qui constituent leur cible primaire. Ils peuvent également affecter d’autres organismes, comme les papillons, certains oiseaux et les organismes vivant dans les sols et les milieux aquatiques. Comme ils persistent dans l’environnement, ils risquent de contaminer les sols, les eaux souterraines et les rivières. Ils peuvent ainsi se diffuser dans les écosystèmes et perturber la biodiversité (2). Là aussi, même si je ne cite qu'une référence récente, il existe des dizaines et des dizaines de travaux qui vont tous dans le même sens en termes de dangerosité environnementale.

Les NNI peuvent aussi avoir des conséquences sur la santé humaine. L’exposition peut se produire lors de leur utilisation agricole, par l’alimentation ou par la contamination de l’eau. Les recherches scientifiques ont notamment étudié leurs effets potentiels sur le système nerveux, le développement et le système hormonal. Même s'il reste des zones d'ombre, plusieurs travaux ont indiqué un impact sur le système reproducteur des mammifères, avec une réduction de la spermatogenèse. Des analyses épidémiologiques montrent, chez l'Homme, l'émergence de lien entre exposition de fœtus aux NNI et dysfonctionnements métaboliques, perturbation endocrinienne, et de façon assez tranchée, retards de développement neurologique. Un lien est également suggéré, mais non avéré, entre l'apparition de certaines cancer (sein et foie en particulier) et exposition aux NNI.

Le texte de la loi d'urgence agricole révèle donc, de façon criante, le peu d'attention que nos politiques portent aux données scientifiques. Ce n'est pas la première fois que des données objectives font l'objet d'un « classement vertical » par nos représentants, au sein desquels on ne trouvera que peu de scientifiques. On trouvera en revanche, beaucoup de lobbyistes à proximité de ces représentants, et je ne crains que l'explication de nombre de nos problèmes se situe précisément là. Je rappelle ainsi le discours de certains députés, sénateurs ou ministres, comme M. Laurent Duplomb ou Mme. Aurore Bergé, indiquant sur le modèle du « TINA » cher à Mme. Margaret Thatcher « qu'il n'y avait pas d'alternative à l'usage des NNI ». C'est évidemment faux : on peut remplacer les NNI par autres produits, ou d'autres actions correctives. Je cite ici M. Hervé Jactel, ingénieur agronome, expert auprès de l’Anses, qui indiquait dès 2018 que sur plus de 152 usages agricoles des NNI en France, il existait dans 96 % des cas une solution alternative crédible. Le problème est que ces usages nécessitent des modifications de la conduite des cultures, des itinéraires techniques, plus d'investissement temps, et une plus grande complexité des moyens de lutte, ce qui est orthogonal au modèle agricole dominant, celui d'une agriculture à hauts rendements et hauts intrants, défendu par les syndicats agricoles majoritaires ou les plus virulents, très écoutés à l'assemblée et au sénat...

De même, et là possiblement davantage au niveau européen que français, des lobbyistes de tous bords remettent assez systématiquement en cause les études scientifiques. Ces lobbyistes représentent les industriels de l'agrochimie, et promeuvent une vision de l'agriculture conforme finalement à celle portée par les syndicats agricoles français majoritaires. Ainsi, après les premières alertes scientifiques et les évaluations de l’EFSA, l’industrie a soutenu auprès des instances européennes que certaines études de laboratoire ne reflétaient pas suffisamment les conditions réelles des champs et que les effets observés sur les abeilles restaient non démontrés. Un autre sujet de préoccupation concerne la transparence des données utilisées pour évaluer les pesticides. En 2023, des chercheurs ont rapporté que Bayer et Syngenta n’avaient pas transmis à certaines autorités européennes plusieurs études de toxicité neurologique qui avaient été communiquées aux autorités américaines.

Au-delà de ces éléments, et tout aussi perturbant que ce que je décris ci-dessus, il me semble que La loi d'urgence agricole est également un pied de nez majeur fait, in fine, à nos concitoyens par nos politiques. Ce grand mépris doit être confronté au fait que la ré-autorisation de l'acétamipride avait induit une pétition citoyenne s'y opposant, sur le site de l'Assemblée Nationale. En février dernier, celle-ci avait recueilli presque 500 000 signatures après qu'une première pétition, lancée en 2025 en ait recueilli plus de 2 millions. De tout cela, nos élites politiques dominantes se moquent...


Références :

1. Néonicotinoïde. Wikipédia.
Consultable en ligne :
https://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9onicotino%C3%AFde

2. D. Pietrzak et coll. 2020. Fate of selected neonicotinoid insecticides in soil-water systems: Current state of the art and knowledge gaps. Chemosphere Sep:255:126981.

 

Crédit illustration :

Acétamipride, formule chimique.

 


mercredi 22 juillet 2026

LES ARRÊTÉS PRÉFECTORAUX,
À FORGES, RIEN À CIRER…

Dans un billet récent publié sur ce blog (1), j’expliquais comment, en juin dernier, la municipalité avait sciemment fait l’impasse sur l’application d’un arrêté préfectoral, arrêté qui interdisait la vente et la consommation d’alcool sur la voie publique… Ce refus d’application d’une directive préfectorale me semblait d’autant plus grave que les élus en charge avaient été prévenus par les élus de la minorité de l’existence de cet arrêté, sans grand effet. Il ne s'agissait donc plus, à mon sens, d'une simple erreur d'appréciation, mais d'une défaillance grave du sens des responsabilités qu'exige l'exercice d'un mandat public.

Comme si cela ne suffisait pas, la commune a remis le couvert récemment, en prenant une nouvelle fois des libertés avec un autre arrêté préfectoral, répertorié 2026-DDT-DAEF, en date du 7 juillet 2026, « portant restrictions temporaires pour la prévention et protection des forêts contre l’incendie » (2). Parmi les mesures implémentées par la préfecture, l’accès aux bois et forêts de plus de 0,5 ha était interdit au public général, mais toujours autorisé aux propriétaires et services publics. Les parcelles, mais également routes forestières et sentiers, étaient concernés.

En ce sens, les accès de tous les chemins communaux donnant accès aux espaces forestiers, comme également l’accès au bois des Touaines, auraient dû faire l’objet d’un balisage en interdisant l’entrée. De même, la rue du ruisseau dans son prolongement, qui devient un chemin vicinal, pouvait être considérée comme route forestière et son accès aurait dû être interdit.

Or, que croyez-vous qu’il arriva ? Le 7 juillet, rien. Le 8, rien. Le 9, rien… Aucune restriction affichée, rien sur le site de la mairie à ces dates… Devant l’inaction municipale, les élus de la minorité ont de nouveau saisi Madame la maire par un courriel autour du 11 juillet. De nouveau, aucune réponse de la mairie ni le 12, ni le 13, ni le 14… Le 15, miracle, un barriérage a finalement été installé rue du ruisseau, mais rien n’a été fait dans les bois ou chemins communaux… Il se trouve que l’arrêté préfectoral expirait à l’origine le 15. La barrière a donc été posée une douzaine d’heures avant le terme, et une semaine complète après émission de l’arrêté par la préfecture ! Au moins, ce barriérage aura été utile puisqu’en raison de la sècheresse et des températures toujours hautes, l’arrêté a été prorogé jusqu’au 17…

J’avoue ne toujours pas comprendre ce qui se passe, ou plutôt ce qui ne se passe pas dans la tête de nos élus. D’autant que les communes alentours, Briis, Angervilliers et Limours pour ne pas les nommer, avaient installé dès le 8 juillet de la « Rubalise » interdisant l’accès aux chemins forestiers. A Forges, encore une fois, rien de cela. Pourtant l’incendie de Fontainebleau a montré, à ceux qui doutaient, que le risque feu est bien réel. Et même, plus près de chez nous, doit on rappeler que le champ de la vallée Maréchal a récemment brulé…

Pourquoi donc cette inaction forgeoise ? Je pense qu’elle résulte de plusieurs facteurs. En premier lieu, je me demande si les arrêtés préfectoraux sont lus et compris. Ensuite, il faut agir. Or, si nos élus sont très actifs en termes de communication, ils ne le sont pas prêts à l'action. J’en veux pour preuve ce regrettable non-respect sur le terrain de l’arrêté feu de forêt alors que le site de la mairie parle à plusieurs endroits de l’attention communale à la sécurité des personnes. Je me demande donc si dans notre commune la parole publique a encore un sens lorsqu’elle n’est pas suivie d’effets. En tardant à prendre les mesures qui s’imposaient, la municipalité a encore une fois donné l’image d’une administration dilettante. Il convient ici de rappeler que le non-respect d’un arrêté préfectoral peut engager la responsabilité de la commune et de ses représentants, notamment lorsque l’inaction contribue à exposer les citoyens à un risque qui aurait pu être prévenu, avec des conséquences potentiellement lourdes pour tous...



Références :

1. Une grave défaillance du sens des responsabilités ! Ce blog.
Consultable en ligne :
https://dessaux.blogspot.com/2026/07/une-grave-defaillance-du-sens-des.html

2. Arrêté préfectoral
https://www.ville-palaiseau.fr/fileadmin/medias/Actualites/Environnement/ARRETE_RESTRICTIONS_TEMPORAIRES_PROTECTION_DES_FORETS.pdf 

 

Crédit illustration

Le feu de la vallée Maréchal. Juillet 2026. 
Document issu d'un réseau social local.

vendredi 17 juillet 2026

UNE GRAVE DÉFAILLANCE
DU SENS DES RESPONSABILITÉS !


Certains lecteurs très copains avec l’actuelle équipe municipale vont encore pleurnicher, mais je me dois de dénoncer, encore une fois, la légèreté de l’actuelle équipe municipale majoritaire. Malheureusement, sur ce coup, on pourrait même parler d’irresponsabilité plus que de légèreté. Explications.

Samedi 27 juin, s’est tenu la traditionnelle fête des Thermes, au parc du même nom. Depuis une vingtaine d’année au moins, cette fête combine ambiance musicale, défilé aux lampions, feu d’artifice ou spectacle de drones, et restauration. Cette année, alors que nous étions en vigilance canicule renforcée, et pour limiter le risque d’incendie*, il a été décidé par Madame la Préfète de l’Essonne, en date du 23 juin, l’annulation de tous les feux d’artifice et feux festifs. Cet arrêté préfectoral a été parfaitement suivi à Forges.

De façon, très surprenante, la commune s’est en revanche affranchie d’un autre arrêté préfectoral, l’arrêté 2026-PREF-DCSIPC-SIPC-1123 du jeudi 25 juin 2026, qui, je cite, portait « interdiction temporaire de consommation et de vente à emporter de boissons alcoolisées sur la voie publique dans le département de l’Essonne pendant toute la période de maintien du niveau de vigilance rouge canicule ». Selon cet arrêté, qui je le rappelle ne concerne pas les cafés et restaurants servant de l’alcool à table ou au bar, la vente d’alcool, y compris bières et cidres, aurait dû être interdite à la fois à la fête des Thermes. Il n’en a rien été.

Le lecteur pourrait arguer du fait qu’il s’agit d’un simple oubli. Mon avis est que même si nous étions dans ce cas, cet oubli aurait pu avoir des conséquences grave pour l’équipe municipale dans l’hypothèse où une consommation d’alcool excessive par des participants aurait nécessité l’intervention des secours. Or cet arrêté trouve sa raison d’être dans la surcharge de notre système de santé, soumis à des tensions fortes en cette période de canicule. Il visait donc à ne pas aggraver une situation déjà dégradée. Il me semble donc surprenant de constater qu’un arrêté émanant d’une autorité supérieure, en l’occurrence la préfecture, ait pu être traité avec autant de légèreté.

La situation est malheureusement bien plus sérieuse que celle qui résulterait d’un oubli. En effet, constatant la vente d’alcool en cours, des citoyens informés ont contacté un élu de la liste minoritaire, qui a immédiatement contacté un élu de la liste majoritaire pour appeler son attention sur ce point préoccupant. Il n’a reçu pour toute réponse qu’un propos vague, indiquant il s’agissait d’une manifestation municipale et que Madame la maire avait sans doute obtenu l’autorisation de vente. Ceci est bien sur plus que douteux, et je ne pense pas m'avancer outre mesure en disant que je n'y crois pas une seconde ! D’ailleurs, les communes alentours, dont Briis et Fontenay, avaient signalé cette interdiction à leurs habitants et s’y étaient, elles, tenues. 

Mon avis est que l’on se trouve là dans une situation de « je-m’en-foutisme » crasse. Même prévenus, les élus de la majorité n’ont pas bougé le petit doigt pour arrêter la vente d’alcool. Pourtant, la mission première d’un élu sage est la protection des personnes et des biens, et l’exemplarité. Dans cette regrettable situation, l'arrogance a pris le pas sur la responsabilité. Ce sont les citoyens qui auraient pu en supporter les conséquences. D’une façon générale, lorsqu'une équipe municipale choisit d'ignorer un arrêté préfectoral, y compris après en avoir été alertée, il ne s'agit plus, à mon sens, d'une simple erreur d'appréciation, mais d'une défaillance grave du sens des responsabilités qu'exige l'exercice d'un mandat public…

* Dont on a vu hier la matérialité lors du feu de chaume de la Vallée Maréchal.