dimanche 9 juin 2024

LA TRÈS LOURDE RESPONSABILITÉ PRÉSIDENTIELLE DANS L’AVANCÉE DE L’EXTRÊME DROITE EN FRANCE

Les premiers résultats et estimations des élections européennes sont tombés. Le Rassemblement National (RN) est largement en tête en France, comme attendu. Dans la foulée, M. Macron annonce la dissolution de l’Assemblée Nationale dans ce qui ressemble à la fois à un déni de réalité et à une tentative de sauver les meubles. Le problème, en l’espèce n’est pas tant le RN que M. Macron lui-même. Et les dangers s’accumulent. Explications.

En 2017, et davantage en 2022, l’élection présidentielle a porté M. Emmanuel Macron à la tête de la République française. En 2017, et davantage en 2022, ce dernier a axé sa campagne de second tour sur le rejet de l’extrême droite, ne mollissant pas sur les appels du pieds au centre gauche, voire à la gauche pour s‘inscrire dans une stratégie de réflexe républicain. M. Emmanuel Macron indiquait d’ailleurs que ce vote républicain « l’obligeait », et qu’« il fera tout pour faire barrage à l’extrême droite ». Or qu’avons-nous vu depuis 7 ans ? Une succession de contres réformes, foncièrement antisociales. Révision des lois travail, contre-réforme des retraites, contre-réforme des indemnités chômage, attaques systématiques contre les services publics, avec dans le même temps, une protection accrue pour les très riches, des aides massives au secteur privé, sans contrepartie, etc. On trouvera la liste de ces « efforts » dans plusieurs billets (1-4) que j’ai rédigés à l’occasion des dernières présidentielles et qui démontrent, finalement, que M. Emmanuel Macron est bien « le président des riches » (5). Dans le même temps, tentant de grignoter des voies à l’extrême droite, des prises de positions de ministres, par exemple sur l’immigration, sur « l’assistanat », etc., et le vote de lois antisociales avec les voix du RN, ont de facto validé les thèses nauséabondes de l'extrême droite sur ces sujets. Enfin, quid de la mise au pas du Parlement, avec un recours fréquent à une gouvernance par décret, et à l’absence de débats en lien avec l’utilisation systématique du 49.3… Depuis 7 ans, en dépit de la com. présidentielle, tout a été fait pour favoriser la montée de l’extrême droite et la diffusion des thèses racistes et xénophobes.

Or, la droite extrême n’a pas besoin de ce coup de pouce. Elle maitrise déjà largement les réseaux sociaux, et plusieurs médias sont plus ou moins à ses ordres, à commencer par les médias de la galaxie Bolloré, tels CNews, Europe1, ou Le Journal du Dimanche. On peut y ajouter Sud-Radio ou France-Soir, ce grand journal devenu « un torchon », ne ratant pas une occasion de propager les pires rumeurs conspirationnistes. Également, et dans une moindre mesure, des magazines comme le Point, pourtant sérieux il y a encore une quinzaine d’années, n’hésitent plus à diffuser des articles qui reprennent des thèses Qanon dégradantes.

Le résultat des courses est la situation que nous connaissons ce soir. Elle est tout d’abord attristante parce que seuls ceux qui ne savent pas ce qu’est l’extrême-droite peuvent croire les bobards qu’elle nous sert. Derrière les vidéos de petits chats de Mme Marine Le Pen, on trouve, hier comme aujourd’hui, un parti qui n’a jamais été en faveur du progrès social, bien au contraire (voir par exemple : 6,7). Il suffit de regarder les discours de ses représentants les plus emblématiques, Ms. Donald Trump, Viktor Orban, voire M. Vladimir Putin, ou Mme Giorgia Meloni, Margaret Thatcher, Sarah Palin, pour voir où sont relégués dans leur discours les inégalités, les droits sociaux, ceux des femmes, ceux des minorités quelles qu’elles soient, pour s’en convaincre. Comme le disait un militant d’Ordre Nouveau, fréquent pourvoyeur de membres du service d’ordre du RN, « on ne discute pas avec le peuple, on l’écrase » … Les malheureux qui ont voté pour la liste de M. Jordan Bardella s’en mordront les doigts, assez rapidement à mon sens.

La situation de ce soir est également très inquiétante en termes de changement global. Ce sujet est hyper prioritaire, et on a vu combien il a été oublié dans la campagne des européennes. Pire, lorsqu’il n’a pas été oublié, c’était pour entendre globalement un discours du type « l’écologie cela suffit ». À moins d’être profondément dans le déni, on est pourtant dans une situation totalement inverse, avec une urgence climatique mais également une urgence en termes de biodiversité, de préservation des ressources, de développement d’une économie de recyclage, etc. Or, ni la droite, ni l’extrême-droite ne considèrent ce sujet comme largement prioritaire...

L’autre inquiétude réside dans le fait que la décision de dissoudre l’Assemblée est une sorte de pari présidentiel, probablement lié, là aussi, à un déni des réalités… Tout se passe comme si M. le Président pensait qu’une majorité de Français n’éliront pas une majorité d’extrême droite à l’Assemblée. Or rien n’est moins sûr. Après 7 ans de gouvernement Macron, les Français ont été laminés par une politique néolibérale, qui se traduit dans leur « quotidien sensible » par la disparition des services publics, particulièrement en zones rurales. De plus, beaucoup des électeurs de gauche disent vouloir oublier « le réflexe républicain ». J’ai expliqué pourquoi plus tôt. Dans le cadre des législatives à venir, le lecteur se rapportera aux projections faites dans ces deux intéressantes références (8,9). On se rappellera aussi que le système électoral français en matière d’élection de députés fait que tout se jouera circonscription par circonscription, dans des oppositions de type triangulaire. Pour éviter un naufrage politique, il faut remplir deux conditions.  La première est que les partis de gauche s’unissent pour présenter un candidat unique ; la seconde est que ce qui reste de la Macronie s’engage à soutenir ces candidats contre le RN, s’ils arrivent devant leur candidat. Or, cela ne s’est pas produit lors des dernières législatives. Reste à évaluer le rôle des Républicains, de plus en plus « ectoplasmiques », mais qui pèsent encore quelques 5 à 7 % des suffrages. Bref, ce soir, rien n’est perdu mais rien n’est sauvé, tant une majorité d’extrême droite à l’Assemblée constituerait un risque majeur pour la stabilité et la prospérité du pays, mais également pour les droits humains, et pour la démocratie au sens large.



Références


1. Bilan de cinq années en Macronie. I. Le droit du travail.
Ce blog. Novembre 2021.
Consultable en ligne :
https://dessaux.blogspot.com/2021/11/bilan-de-cinq-annees-en-macronie-i-le.html

2. Bilan de cinq années en Macronie. II. Les chômeurs et les retraités.
Ce blog. Novembre 2021.
Consultable en ligne :
https://dessaux.blogspot.com/2021/11/bilan-de-cinq-annees-en-macronie-ii-les.html

3. Bilan de cinq années en Macronie. III. Les injustices sociales et fiscales.
Ce blog. Décembre 2021.
Consultable en ligne
https://dessaux.blogspot.com/2021/12/bilan-de-cinq-annees-en-macronie-iii.html

4. Bilan de cinq années en Macronie. IV. Les services publics.
Ce blog. Décembre 2021.
Consultable en ligne
https://dessaux.blogspot.com/2021/12/bilan-de-cinq-annees-en-macronie-iv-les.html

5. Christian Chavagneux. Emmanuel Macron, président des riches : les experts sont formels !
Alternatives Economiques. Octobre 2023

6. Michel Winock. Histoire de l'extrême droite en France.
Editions Points. Septembre 2015. EAN 9782757855317.

7. Florent Le Du. Un an après son arrivée en masse à l’Assemblée : le RN en actes.
L’Humanité. Juin 2023.
Consultable en ligne :
https://www.humanite.fr/politique/marine-le-pen/un-an-apres-son-arrivee-en-masse-a-lassemblee-le-rn-en-actes-798905

8. Anonyme. Crise politique en France : quelle nouvelle Assemblée en cas de dissolution ?
Le Grand Continent. Mars 2023.
Consultable en ligne :
https://legrandcontinent.eu/fr/2023/03/26/crise-politique-en-france-quelle-nouvelle-assemblee-en-cas-de-dissolution/

9. Martin Lagrave. En cas de dissolution, le RN pourrait obtenir la majorité à l’Assemblée nationale selon un sondage.
Le Figaro. Mars 2024.
Consultable en ligne :
https://www.lefigaro.fr/politique/en-cas-de-dissolution-le-rn-pourrait-obtenir-la-majorite-a-l-assemblee-nationale-selon-un-sondage-20240315



Crédit illustration :

Capture d’écran LCP/public Senat.
https://lcp.fr/actualites/dissolution-emmanuel-macron-annonce-la-dissolution-de-l-assemblee-nationale-287650



1 commentaire:

Anonyme a dit…

Tout cela donne envie de pleurer, et à Forges je suppose que les voix ont été beaucoup vers l’extrême-droite, ça aussi c'est affligeant...Comme d’habitude, la situation est bien résumée, merci Yves !
Fanny b